Claire Berthelemy

Journaliste

Petite, je voulais devenir journaliste. Adulte je le suis devenue. Entre temps, je me suis nourrie de lectures, d’écriture et de rencontres. Avec pour résultat, une affinité toute particulière pour les sujets sur le monde du travail et les injustices sociales au sens large.

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Luttes

Taxis contre VTC, bienvenue en pleine guerre de tranchées

Après avoir réussi l’examen du certificat de capacité professionnelle et obtenu la carte professionnelle, le chauffeur de taxi doit, pour pouvoir exercer son activité, être titulaire d’une autorisation de stationnement (ADS) sur les places réservées aux taxis, communément appelée « licence de taxi » ou « plaque », soit exercer comme locataire ou salarié pour le compte d’un exploitant titulaire d’une ADS.

Le contrôle par les pouvoirs publics du nombre de taxis remonte au Front populaire : à la suite des accords signés en 1936 avec la profession mécontente de l’accroissement de la concurrence (déjà !), le gouvernement légifère et le numerus clausus est instauré par décret préfectoral faisant passer les taxis parisiens de 32 000 à 14 000. En 2006, soit soixante-dix ans plus tard, la capitale en comptait 15 300…

Introduit en France en 2014, UberPop était un service de mise en relation avec des chauffeurs non professionnels utilisant leur voiture personnelle. Alors qu’Uber avait été poursuivi devant plusieurs tribunaux français, la justice européenne avait estimé que la France et les autres pays de l’UE étaient parfaitement en droit de l’interdire.

La loi Thévenoud rend incessibles les licences acquises à partir de 2014. Désormais, les licences distribuées gratuitement par l’État sont valables cinq ans renouvelables. Seules les licences attribuées avant cette date peuvent être revendues.

Lire à ce propos l’excellente enquête de Dominique Nora publiée dans L’Obs le 29 mai 2016, Derrière la grogne des taxis, le système Rousselet.

« Comme les céréaliers de la Beauce mettent en avant les agriculteurs de montagne pour optimiser leurs profits, la famille Rousselet avance masquée derrière les petits artisans taxis. »

Manque de taxi en circulation dans les grandes villes, difficultés des chauffeurs à joindre les deux bouts, les reproches faits au système actuel ne tarissent pas. Avec, en ligne de mire, le faible nombre de licences en circulation et la concurrence accrue des VTC. Deux facteurs que tentent de réguler les pouvoirs publics, sans succès, depuis 2008.

Depuis huit ans, Milan roule nuit et jour dans Paris, à la recherche de clients qui ont besoin d’un taxi. « C’est un très beau métier, chaque course est une aventure différente et vous rencontrez des gens de toutes couleurs, de toute éducation », le fringant chauffeur ne manque pas d’éloge sur son quotidien. Pourtant, même s’il est libre dans la gestion de ses horaires et « jamais fauché parce que vous pouvez toujours faire un client pour vous acheter une baguette de pain », il ne décolère pas.

Contrairement aux artisans taxi, propriétaires de leur véhicule et de leur licence de circulation, Milan est chauffeur-locataire et verse, tous les mois, une coquette somme à l’entreprise qui lui loue plaque et véhicule. « Vous partez, vous mettez la clef dans le contact et vous êtes déjà déficitaire de 120 euros. Vous devez les faire tous les jours pour être à 0 avant même de penser au gasoil, aux charges sociales puis à votre famille, c’est très difficile d’y arriver. » Mais la société de location, qui possède un ensemble de licences, n’est pas le seul objet de son ire.

Les petites gouttes

Vincent, de l’indépendance à la SCOP : un gain de sérénité

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Vincent, sixième petite goutte du documentaire de Pauline Antipot a quitté son statut précaire de développeur freelance pour monter une SCOP avec deux autres associés. Résultat, un gain de sérénité.

Il y a quelque chose de différent chez Vincent par rapport aux autres Petites gouttes ?

Vincent est celui, parmi les petites gouttes, qui a le plus redéfini son rapport au travail : il n’a pas changé de métier, mais a réfléchi sur les normes et s’en est affranchi. Il a quitté cette pression sociale et familiale et les conditionnements qui vont avec. C’est celui qui répond le mieux à la problématique du documentaire : qu’ont fait ces trentenaires pour changer le travail ?

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Les petites gouttes

Adèle, de la précarité de l’auto-entrepreneuriat à la sécurité de la fonction publique

Après Amandine, Luc, Axelle et Grégor, la série documentaire dont nous sommes partenaires, Les Petites gouttes, nous embarque à la rencontre d’Adèle, hier écrivaine et éditrice, aujourd’hui cheffe de projet à mi-temps dans la fonction publique. Pauline Antipot, la réalisatrice, raconte comment et pourquoi, un jour, Adèle a quitté sa vie de freelance pour retrouver un travail salarié.

Adèle semble avoir fait le chemin inverse des précédentes Petites gouttes. Elle apparaît sûre de son choix, non ?

Quand je l’ai rencontrée, ce qui m’a marquée, c’est sa sérénité : elle était sûre de ses choix, et elle savait où elle allait. De toutes les Petites gouttes rencontrées, c’était la plus posée. Elle sait pourquoi elle est là. Avant, Adèle était auto-entrepreneure et associée avec des amis dans une maison d’édition. Avec son compagnon, ils attendaient leur premier enfant. Elle a dû prendre une décision et se mettre à mi-temps. Mais dire “j’arrête à temps plein” n’était pas évident.

HADOPI

Hadopi, GAFAM, « mêmes joueurs jouent encore » ?

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Dans une dépêche AFP publiée le 8 mars 2009, l’on pouvait lire que le cabinet de la ministre de la Culture, Christine Albanel, estimait que les militants de la Quadrature du net n’étaient qu’une poignée tout juste bonne à faire partir des salves de mails automatiques aux parlementaires.

Pour pouvoir correctement restranscrire les débats et attribuer aux bons parlementaires les bonnes citations, il était nécessaire d’avoir en main un trombinoscope. Jusqu’à ce que la possession en soit interdite. Un rappel au règlement par la député Front de gauche Martine Billard leur permettra de disposer de nouveau de leurs trombinoscopes.

Alors que l’association de défense des libertés numériques La Quadrature du Net lance une action de groupe contre les GAFAM, retour sur la bataille contre la loi Hadopi.

Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, cinq entreprises que l’on range à présent derrière l’acronyme GAFAM. Cinq entreprises dont la gestion des données utilisateurs ou l’optimisation fiscale agressive défraient régulièrement la chronique. Si la semaine dernière, Mark Zuckerberg était auditionné par le Congrès américain suite à l’affaire Cambridge Analytica, Google, Apple, Amazon et Microsoft ne sont pas en reste en terme de scandales.

Trop c’est trop pour une poignée d’irréductibles de l’Internet français. Dont La Quadrature du Net : l’association, créée en 2008 par Philippe Aigrain, Christophe Espern, Gérald Sédrati-Dinet, Benjamin Sonntag et Jérémie Zimmermann, à l’occasion d’une bataille géante livrée contre la loi Hadopi, passe la vitesse supérieure et lance une action de groupe contre les GAFAM le 25 mai. En attendant la date butoir, elle propose aux internautes de rejoindre, une nouvelle fois, son combat.

Gardons le contact

Les petites gouttes

D’une agence de com’ à un atelier de poterie, le grand écart d’Amandine, « enfin libre »

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Dans son essai, Éloge du carburateur, Matthew Crawford raconte comment après avoir travaillé dans un think-tank il a opéré un changement radical dans sa vie professionnelle. « La génération actuelle de révolutionnaires du management s’emploie à inculquer de force la flexibilité aux salariés et considère l’éthos [la manière d’être, NDLR] artisanal comme un obstacle à éliminer. On lui préfère de loin l’exemple du consultant en gestion, vibrionnant d’une tâche à l’autre et fier de ne posséder aucune expertise spécifique. Tout comme le consommateur idéal, le consultant en gestion projette une image de liberté triomphante au regard de laquelle les métiers manuels passent volontiers pour misérables et étriqués. Imaginez à côté le plombier accroupi sous l’évier, la raie des fesses à l’air. »

Dans une interview publiée sur L’imprévu en août 2017, Daniele Linhart revenait sur le scandale France Telecom et sur la manière dont on avait dépossédé petit à petit les salariés les plus techniquement qualifiés de leurs spécificités. Elle expliquait également comment l’idée « que chacun doit être entrepreneur de son employabilité et savoir perdre son travail pour pouvoir en retrouver un ailleurs » est à présent bien ancrée dans le monde du travail.

Les créateurs ou repreneurs d’entreprise peuvent bénéficier d’une série d’aides de la part de Pôle emploi : exonération des cotisations, récupération de la moitié des indemnités restantes pour les verser au capital de son entreprise, etc.

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Un jour, une petite goutte a fait déborder leur vase. Grégor, Amandine, Axelle, Luc et les autres, trentenaires, ont tout plaqué pour changer de travail et de vie. Pauline Antipot, réalisatrice du documentaire Les Petites Gouttes, duquel nous sommes partenaires, nous embarque cette semaine avec Amandine, ancienne graphiste aujourd’hui artisane céramiste à Toulon.

Pour présenter Amandine, tu dis qu’elle se définit comme une « apprenante » qui n’a plus peur. C’est ce qui t’a marquée dans son (nouveau) rapport au travail ?

Amandine me ressemble beaucoup dans son parcours professionnel : elle a fait des études, est ensuite entrée dans une agence de communication web à Toulon et a connu le monde de l’open space, de la cool attitude. Ce qui m’a frappée, c’est qu’elle est déterminée : à partir du moment où elle a décidé qu’elle voulait tout changer, elle a tout mis en œuvre pour que ça puisse arriver. Elle a d’abord fait un stage de céramiste, puis une demande de congé individuel de formation qui lui a été refusé. Elle a alors insisté et a obtenu de passer un CAP. Ce n’est pas du tout la même chose qu’obtenir un bac +6, c’est vraiment faire autre chose que de faire des études derrière un ordinateur !