Un simple carton d’archives, oublié dans les entrailles de la Bibliothèque nationale de France.

À l’intérieur, un carnet de quarante-quatre pages, couvert de portées, de ratures, de corrections nerveuses, de signatures, d’idées griffonnées avec l’urgence du génie. Un manuscrit autographe de Mozart.

Découvert début 2026 après plus de deux siècles d’oubli, ce document bouleverse autant les spécialistes que les musiciens.

Rarement une bibliothèque déterre un tel trésor.

L’émotion traverse le monde musical, de Paris à Salzbourg, jusqu’aux studios de Radio France où la musique retrouve enfin sa voix.

Un carnet de Paris, 1778 : Mozart, professeur et compositeur

Printemps 1778, Paris. Wolfgang Amadeus Mozart, vingt-deux ans, séjourne dans la capitale française. C’est un moment charnière : loin de Salzbourg, le jeune musicien s’efforce d’étendre sa renommée. Il donne des cours privés, notamment à une élève brillante : Marie-Louise-Philippine de Bonnières de Guînes, harpiste accomplie, fille du duc de Guînes, flûtiste amateur mais mécène influent. Entre mai et juillet 1778, Mozart consigne dans un cahier des exercices d’harmonie, des fragments de compositions, des idées partagées, des essais, parfois aboutis, parfois hésitants. Ce carnet, rédigé à quatre mains avec son élève, dormira près de 250 ans dans les réserves de la BnF.

Un manuscrit exhumé par la curiosité et la méthode

François-Pierre Goy, musicologue et conservateur au département musique de la BnF, approche la retraite. Il se penche, méthodique, sur les fonds anonymes. Un carnet attire son attention, son intuition fait le reste : l’écriture, le papier, les clés de sol et les accolades caractéristiques. Les indices s’accumulent. La confirmation viendra aussi vite qu’un allegro – experts français, Autrichiens du Mozarteum de Salzbourg, tous valident l’authenticité. Le carnet n’est pas un simple exercice d’école : sept pièces pour flûte et harpe, dont la dernière inachevée, des leçons de composition, un instantané rare d’un Mozart pédagogue et inventif.

Le contenu du carnet : sept pièces et une pédagogie en acte

Les quarante-quatre pages du manuscrit révèlent un dialogue entre maître et élève. Mozart pose une idée, la développe, parfois laisse la place à Marie-Louise-Philippine pour compléter, varier, oser. Certaines pages portent la marque évidente du maître, d’autres laissent deviner une main moins assurée, probablement celle de la jeune duchesse. L’ensemble forme un cycle cohérent : sept pièces pour flûte et harpe, totalisant environ vingt minutes de musique. La dernière, inachevée, s’arrête net, suspendue dans le temps, comme un point d’interrogation sur l’histoire.

  • Des exercices d’harmonie, certains très courts, d’autres plus développés
  • Sept pièces dont la structure laisse deviner une progression pédagogique
  • Des corrections, reprises, ajouts, témoignage vivant du processus de création
  • Une écriture à deux mains, rare pour l’époque, documentant l’apprentissage musical de la fin du XVIIIe siècle

Authentification : expertise et regards croisés

Reconnaître Mozart, ce n’est pas seulement une question de style. Ici, la comparaison s’est faite sur plusieurs plans : graphie, type de papier, filigranes, modèles de clés, accentuation, notation des ornements. Les musicologues autrichiens, ceux du Mozarteum de Salzbourg, valident rapidement. Le papier, fabriqué en France, porte la marque de la même papeterie que celle utilisée pour le fameux Concerto pour flûte et harpe commandé par le duc de Guînes à Mozart en 1778. La convergence des preuves historiques et matérielles ôte tout doute sérieux sur l’attribution.

Le carnet a été saisi, avec d’autres archives musicales, lors des confiscations révolutionnaires en 1794, puis intégré aux collections de la BnF. Oublié, il n’avait jamais été catalogué sous le nom du compositeur autrichien, un oubli réparé deux siècles plus tard.

Un événement musical et scientifique

La présentation publique du manuscrit s’est faite en deux temps. D’abord, le 21 juin 2026, lors de la Fête de la musique à la BnF, devant un public restreint de connaisseurs, les pièces inédites sont interprétées pour la première fois par Mathilde Calderini (flûte) et Nicolas Tulliez (harpe), tous deux membres de l’Orchestre philharmonique de Radio France. L’émotion, palpable. Le manuscrit original, exposé pour l’occasion, attire l’œil autant que l’oreille. Le lendemain, France Musique diffuse l’enregistrement réalisé quelques jours plus tôt, permettant au public d’entendre ces pages muettes depuis des générations.

En coulisses, une équipe technique et artistique s’est mobilisée pour produire l’enregistrement : prise de son soignée, choix des micros, acoustique de la salle, montage minutieux. La BnF et Radio France, partenaires depuis plusieurs années, orchestrent la médiatisation de la découverte, décidés à faire vivre ce patrimoine retrouvé.

Un éclairage nouveau sur le répertoire et l’histoire de la musique

Pour les spécialistes, la découverte va bien au-delà de l’addition d’un nouvel opus à la liste des œuvres de Mozart. Le répertoire pour flûte et harpe, relativement rare, s’enrichit de sept pièces inédites, immédiatement adoptées par les musiciens. Surtout, le carnet documente la pédagogie de Mozart, son dialogue avec une élève, la place d’une musicienne oubliée, Marie-Louise-Philippine de Bonnières de Guînes. Son nom, éclipsé par les siècles et par le machisme du temps, sort de l’ombre. Le carnet permet de ressaisir la réalité d’un enseignement musical au XVIIIe siècle, sa méthode, ses exigences, sa souplesse aussi.

Le document éclaire aussi le contexte du séjour parisien de Mozart, ses réseaux, ses appuis, ses ambitions. Le dialogue entre le compositeur et la duchesse de Guînes, musicienne exigeante, révèle la richesse des échanges artistiques à Paris en 1778, loin des mythes ou des simplifications. L’histoire de la musique européenne, soudain, gagne en épaisseur.

Des fonds inépuisables, des perspectives ouvertes

Ce carnet n’est qu’une pièce parmi des millions d’autres conservées par la BnF. Le département de la musique possède l’un des plus vastes fonds mondiaux : partitions manuscrites, imprimés, documents personnels, certains anonymes, d’autres attribués à tort ou à raison. La découverte rappelle l’importance de ce patrimoine, la nécessité de le revisiter, de le questionner, de le rendre accessible.

La collaboration entre la BnF et Radio France, renforcée par cet événement, vise justement à faire entendre ces œuvres oubliées, à organiser des concerts, des expositions, à inviter le public non seulement à écouter mais à voir, à toucher parfois l’histoire musicale. Les archives dorment rarement pour l’éternité. Parfois, elles se réveillent, apportant leur lot de surprises et d’émotions.

Questions pratiques sur le manuscrit inédit de Mozart

Où peut-on voir le manuscrit ?

Le carnet original est conservé au département de la musique de la BnF, site François-Mitterrand à Paris. Il est présenté lors d’expositions temporaires ou sur demande pour les chercheurs accrédités.

Peut-on écouter les pièces retrouvées ?

L’enregistrement réalisé par Mathilde Calderini et Nicolas Tulliez a été diffusé sur France Musique. Il est disponible en replay sur les plateformes de Radio France et, à terme, devrait rejoindre les archives en ligne de la BnF.

Le carnet sera-t-il publié ou édité ?

Une édition critique du manuscrit, accompagnée d’une analyse musicologique, est en préparation sous l’égide de la BnF et du Mozarteum de Salzbourg. La publication aidera musiciens et chercheurs à explorer ce répertoire inédit.

Ce type de découverte est-il fréquent ?

Découvrir un manuscrit autographe majeur d’un compositeur comme Mozart demeure exceptionnel. Mais les fonds de la BnF, en grande partie inexplorés, recèlent d’autres documents susceptibles de bouleverser l’histoire musicale.

L’impact d’une découverte rare

Le carnet redéfinit la relation entre Mozart et ses élèves, mais aussi entre la mémoire collective et le patrimoine musical. Il rappelle la fragilité des œuvres, la nécessité de leur transmission, la beauté des rencontres improbables entre passé et présent. Un manuscrit, une élève, un professeur, un conservateur attentif, des musiciens d’aujourd’hui : le fil se tend, la musique renaît.

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2 commentaires

  1. Je reste un peu sceptique sur l’authenticité malgré les expertises croisées, surtout quand on sait combien le marché des manuscrits anciens est sujet à des faux. Mais si c’est vraiment vérifié, c’est un coup de maître pour la BnF et une belle énigme historique qui donne envie d’en savoir plus.

  2. C’est fascinant de voir à quel point un simple carnet oublié peut bouleverser notre compréhension de Mozart et de son processus d’apprentissage. Le fait qu’il ait collaboré si étroitement avec une élève montre une facette humaine et pédagogique souvent méconnue du compositeur. Une découverte précieuse pour la musique classique et son histoire.

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