Cabines téléphoniques : fallait-il les débrancher ?

Tout le monde ou presque se souvient des cabines téléphoniques. Moins de leurs 125 ans de bons et loyaux services. À l’heure où l’immense majorité des Français possède un téléphone mobile, Orange a, petit à petit, démantelé ces parallélépipèdes grisonnants que l’on trouvait au coin des rues. Le tout soutenu par la loi Macron. Si certains pensent que cette disparition ne manquera à personne, d’autres y voient la perte d’un élément essentiel à la sécurité.

par Armelle Desmaison
8 min
Une cabine couverte d'un épais manteau neigeux.
Pour les cabines, la disparition est en cours. (Illustration CC BY-SA Poncetdespontets)

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« On a toujours un pincement au coeur quand des choses disparaissent », glisse Laatifa. Comme tant d’autres Français pour communiquer, cette habitante d’Issy-les-Moulineaux utilisait, « il y a 20 ans de cela », les cabines téléphoniques. Les années passant, elle a fini par acheter « un téléphone portable, un Nokia de 20 kilos ! », se souvient en souriant cette enthousiaste trentenaire originaire du Maroc.

Dans sa poche, Laatifa range son outil de communication, désormais bien plus léger. Un geste quotidien pour elle et pour les 89% de Français qui possèdent un téléphone portable. En 2017, l’apogée des cabines téléphoniques paraît bien loin. Depuis 1997, leur nombre n’a cessé de diminuer, tout comme leur usage. Un responsable d’Orange expliquait ainsi que « le trafic moyen était en juillet 2013 de 90 minutes par mois, ce qui fait 3 minutes par jour et par cabine d’appels sortants et entrants. Ce même trafic était de près de 30 minutes en 2009 ».

Attention, ça va couper !

Déjà, en 2014, l’Arcep conseillait au gouvernement de remettre en question l’utilité de la publiphonie — dénomination officielle des cabines téléphoniques. Contactée, l’autorité affirme qu’« entretenir un réseau de cabines a un coût. Il faut que ça rapporte quelque chose et pour le coup, les cabines ne rapportaient plus rien. Cet argent serait mieux utilisé à couvrir des zones non couvertes en téléphonie mobile. » En début d’année, les 10 000 cabines encore en place servaient « à 0,1 appel par jour, avec une moyenne de 10 secondes de communication », avance Orange.

Il aurait fallu investir encore plus pour les maintenir

Fabrice Verdier et Pierre Camani, respectivement député du Gard et sénateur du Lot-et-Garonne en 2014, préconisaient eux aussi l’abandon progressif de ces grands cubes de verre dans un rapport. Le coût de leur maintien s’élevait, en 2012, à 13,6 millions d’euros. Une somme d’autant plus importante « qu’il aurait fallu investir encore plus pour les maintenir en voulant répondre à la loi sur l’accessibilité des personnes à mobilité réduite », explique aujourd’hui Fabrice Verdier. L’ancien parlementaire poursuit : « Nous avons préconisé un retrait des cabines téléphoniques dès lors que l’argent économisé par les opérateurs devait permettre d’assurer une couverture mobile sur l’ensemble du territoire. Ce qui s’est traduit par la loi Macron, qui elle-même n’a jamais été mise en oeuvre [dans sa totalité, NDLR]. »

Une cabine téléphonique dans la jungle.
La cabine téléphonique, relique d'un ancien temps. (Illustration CC BY Preston)

Cette loi Macron, dédiée à « la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques », a notamment levé l’obligation du service universel en vigueur pour la publiphonie. Jusque-là, France Télécom (puis Orange) se devait de maintenir une cabine dans chaque commune et deux dans celles comptant plus de 1 000 habitants. « Alors qu’il n’existe pas d’obligation de garantir un service universel publiphonie, nous nous sommes engagés à ne démonter ces cabines que dès lors où la couverture mobile 2G est satisfaisante en leur point d’implantation », explique la société de télécommunications.

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— Journaliste

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« Je ne peux pas vivre sans mon téléphone ! » C’est une phrase que j’ai si souvent entendue et à laquelle je n’ai jamais voulu croire, même si comme beaucoup, je me suis munie de ce petit appareil électronique. Cependant, il semble qu’il est de plus en plus compliqué de nos jours de se passer de cet engin. Comment faisaient-ils à l’époque pour s’appeler ? Ah oui, ils utilisaient les cabines téléphoniques ! Mais où sont-elles passées ? Pourquoi les avoir enlevées ? Ne manquent-elles pas à quelqu’un ? Certes, elles ne sont pas aussi emblématiques que celles que l’on trouve en Angleterre, mais elles restent le symbole d’une époque qui semble révolue.

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