Crise du lait : d’année en année, les éleveurs trinquent

Les récent États généraux de l’alimentation permettront-t-ils enfin aux éleveurs laitiers de vivre décemment de leur travail ? En crise depuis de très longues années, le secteur (sur)vit au rythme des variations de prix et des évolutions législatives. Entre fin des quotas laitiers et bras-de-fer déséquilibré avec les industriels, bienvenue dans un univers impitoyable. Pour en dessiner les contours, L’imprévu s’est rendu en Mayenne, berceau de Lactalis.

par Elena Scappaticci
11 min
Une salle de traite vide.
Dans les salles de traite, l'ambiance est depuis de longues années morose. (Illustration CC BY-NC-SA Elena Scappaticci)

Le 18 septembre 2009, une marée blanche submerge la baie du Mont Saint-Michel. Avec « plus de 300 tracteurs », des agriculteurs venus de toute la France répondent à l’appel de l’Association des producteurs de lait indépendants (APLI) et déversent quelque 3,5 millions de litres de lait sur les plages de la Manche. Pendant les treize jours que dure cette première grève européenne du lait, des épandages synchronisés de milliers de litres de lait sont organisés en France, en Allemagne et en Belgique. Une colère qui trouve son origine dans une mesure validée, un an plus tôt, par les États membres de l’Union européenne : la fin des quotas laitiers pour 2015. Florent Renaudier, éleveur en Mayenne, s’en souvient comme si c’était hier : « De mémoire d’agriculteur, on n’avait jamais connu ça ».

C’est justement à Laval, capitale du département, que l’agriculteur m’accueille, au volant de son Peugeot Partner. « Si vous voulez comprendre comment fonctionne la Mayenne, il faut revenir à la source », glisse ce fils et petit-fils d’agriculteurs. Il me fait alors découvrir une ancienne manufacture, reconvertie en musée à la gloire de Lactalis. Impossible pour le visiteur de passage en ville de manquer ce « Lactopôle », immense fabrique du début du siècle qui retrace la saga Besnier. L’insolente réussite de cette firme familiale lui a permis de s’étendre bien au-delà des limites du département. Numéro un français du lait, Lactalis a réalisé 17,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier.

Un couple d'agriculteurs devant leur ferme.
Lorsque Florent Renaudier et son épouse ont débuté, les prix du lait étaient stables et l'avenir de leur ferme assuré. Mais depuis 2009, tout a changé. (Illustration CC BY-NC-SA Elena Scappaticci)

Modèle en perdition

Le long de la route départementale qui relie Laval à la ferme de Florent Renaudier, défilent les mêmes paysages de petites exploitations, symboles d’une « France laitière » à taille humaine, au mode de gestion majoritairement familial. Sa compagne Isabelle, qui s’est reconvertie après une carrière dans la vente, fait figure d’exception : « Dans la région, on a longtemps été éleveur de père en fils ». Mais la crise qui touche la profession depuis avril 2009 ébranle ce « modèle français » pourtant rodé par la tradition. Les producteurs de lait ont progressivement perdu toute vision claire de leur avenir. Depuis huit ans, les prix fixés par l’industrie laitière ont régulièrement cessé d’être rémunérateurs pour les éleveurs, les faillites et reconversions se multiplient et, pour la première fois, les aînés détournent les nouvelles générations d’une profession dont les perspectives semblent irrémédiablement bouchées.

Il ne s’agit plus d’une crise économique, mais d’une véritable crise sociale

« Il faut bien comprendre que la crise laitière que nous traversons maintenant dure depuis des années. Il ne s’agit plus d’une crise économique, mais d’une véritable crise sociale », lâche Benoît Faucon. Comme Florent, Benoît est producteur laitier en Mayenne. Associé à son frère depuis 2006, il possède une centaine de vaches laitières. Après trois années de disette, il assure avoir récemment « remonté la pente ». Comprendre : travailler environ soixante heures par semaine pour espérer dégager un salaire brut d’environ 1 100 euros par mois… Et pourtant, Benoît ne songe pas à se plaindre. Une attitude qui lui paraîtrait presque indécente au regard de la situation de beaucoup d’autres producteurs de lait français. Selon les chiffres de la Mutuelle sociale agricole (MSA), 30% des exploitants laitiers auraient aujourd’hui un revenu inférieur à 350 euros par mois. Et 20% seraient en déficit en 2015.

Même chose pour Florent : lui aussi a vu ses finances s’améliorer ces derniers mois. Pour autant, il vit au jour le jour, dans la crainte qu’une nouvelle variation des prix ne le prive de ce confort précaire. Ce climat d’incertitude permanente est nouveau pour les éleveurs français. Sans véritablement connaître la prospérité, la plupart d’entre eux voyaient venir la nouvelle décennie avec une relative sérénité.

Trois génisses.
Depuis la fin des quotas laitiers décidée par la Commission européenne, la production de lait explose dans toute l'Europe. (Illustration CC BY-NC-SA Elena Scappaticci)

La machine se grippe

Le quotidien des producteurs a basculé en 2009. Au mois d’avril, le prix du lait chute brusquement pour atteindre son niveau le plus bas depuis 1984, date du début de la Politique agricole commune (PAC) et de la régulation du secteur.

La volatilité des prix n’était pas comparable à celle d’aujourd’hui

À cette époque, Lactalis décide de fixer unilatéralement le prix du lait à 226 euros les 1 000 litres. Problème, ce montant s’avère bien éloigné du prix rémunérateur, fixé par l’APLI à 400 euros. Il est aussi largement en dessous des coûts de production qui, au printemps de la même année, atteignent en moyenne 320 euros les 1 000 litres. En l’espace d’un an, la baisse du prix d’achat est radicale : 30%. « Avant 2009, nous avions connu des hauts et des bas, bien sûr, mais rien de comparable avec les montagnes russes qui ont débuté pendant cette période », commente Benoît Faucon. « Et puis, les bas finissaient toujours par être compensés par une reprise. La volatilité des prix n’était pas comparable à celle d’aujourd’hui. » Capable de faire la pluie et le beau temps dans tout un secteur, Lactalis plonge alors des milliers de producteurs dans l’incertitude.

Comment une telle situation a-t-elle été rendue possible ? Notamment par la suppression progressive des quotas laitiers (engagée dès 2003). Ces quotas permettaient jusqu’à présent de contrôler l’évolution de l’offre en limitant les stocks de lait produits dans les États membres. En décidant de les abroger, l’Union européenne a aligné son mode de fonctionnement sur la doctrine libérale que martèlent depuis trente ans des organismes tels que le FMI ou l’OMC. La France a décidé en parallèle de mettre fin à l’administration des prix, laissant alors aux 75 000 producteurs et 400 industriels français le soin de les fixer conjointement. Résultat, le rapport de force entre éleveurs, transformateurs et distributeurs va très vite évoluer au détriment des agriculteurs. Sortis renforcés de ces évolutions législatives, les géants du lait tels que Lactalis ont vu, quant à eux, leur pouvoir décuplé.

Espoirs vite contrariés

Le tableau n’a pas toujours été aussi sombre pour Florent et ses confrères. « Entre 2007 et 2008, c’était l’euphorie », se souvient-il. Juste avant le début de la crise financière, les éleveurs français traversent une véritable période de grâce. « Les prix sont hauts, confirme Benoît, et le gouvernement comme les syndicats nous encouragent à réaliser des investissements considérables pour nous agrandir et nous moderniser. À l’époque, on nous dit que la demande des pays émergents est en train d’exploser et qu’il y aura d’énormes besoins dans les années qui viennent. » L’optimisme est de rigueur alors que les prix atteignent jusqu’à 380 euros les 1 000 litres de lait.

Deux agriculteurs.
Yoann et son père faisaient partie des agriculteurs qui ont manifesté devant le siège de Lactalis en août 2016 à Laval. (Illustration CC BY-NC-SA Elena Scappaticci)

Les producteurs se retrouvent coupés dans leur élan en 2008, quand les institutions financières américaines s’effondrent. En quelques mois, la crise se répand et créé un important trou d’air au niveau de la demande mondiale. L’effet sur les prix du lait s’avère immédiat : ils descendent très en deçà de 300 euros. Du jour au lendemain, des milliers d’agriculteurs allemands, belges et français se retrouvent en défaut de paiement.

La grogne monte

Du côté des agriculteurs français, la crise financière a fait du mal. Mais la coupable toute désignée de leur précarité reste avant tout l’Union européenne. C’est contre elle que s’organise le mouvement de grogne qui naît durant l’été 2009 et mobilise des éleveurs à travers toute l’Europe.

Nous voulions montrer que nous étions capables de nous mobiliser ensemble

Producteur dans l’Ain, Boris Gondouin explique qu’il a décidé de rejoindre l’Association des producteurs de lait indépendants (APLI), filiale française de l’European Milk Board, parce qu’elle prônait le retour immédiat à une régulation européenne du marché. Avec ses camarades agriculteurs, il a choisi de se mobiliser : « Nous voulions montrer aux politiques et à l’opinion publique que nous étions capables de nous mobiliser ensemble, dans toute l’Europe, pour assécher la production de lait », explique-t-il. Et pour atteindre leur objectif, la forme compte autant que le fond. Boris se rappelle avoir multiplié les opérations d’épandage dans sa commune, à Tenay. Mais la plus spectaculaire à laquelle il participe se déroule le 18 septembre 2009, fameuse date où des centaines d’agriculteurs déversent leurs 3,5 millions de litres de lait sur les plages du Mont Saint-Michel.

Une bonne élève parmi les cancres

Benoît Faucon, lui, n’a pas souhaité se joindre au mouvement de septembre. Comme son confrère mayennais Florent Renaudier, il est convaincu, dès 2009, que la réponse à la crise laitière ne viendra pas de l’Europe. « Certains États membres n’attendaient qu’une chose : la fin des quotas laitiers [définitive en 2015, NDLR], afin d’augmenter leur production et de pouvoir conquérir de nouveaux marchés », explique-t-il. « La France a décidé de rester sage et de maîtriser sa production, mais personne, à quelques rares exceptions, ne l’a suivie dans cette voie », confirme Florent. Et de fait, sur la campagne 2015-2016 — la première depuis la fin effective des quotas —, la production européenne de lait a bondi de 4,3%, allant de +1,3% pour la France à +18,5% pour l’Irlande. « L’histoire m’a donné raison », constate Benoît avec amertume. « Depuis la fin des quotas, on assiste à une explosion de la production laitière en Europe, malgré les risques que fait peser une surproduction sur les prix du lait. C’est comme si certains pays n’avaient rien retenu de la crise de 2009. »

Un veau.
La pression qui s’exerce sur le prix et la quantité de lait produit par les agriculteurs français n'a jamais été aussi forte. (Illustration CC BY-NC-SA Elena Scappaticci)

« L’Irlande, le Danemark ou les Pays-Bas misent tout sur l’explosion de la demande chinoise et investissent massivement dans la filière laitière », commente Benoît Royer, économiste au Centre national interprofessionnel du lait (CNIEL). « Et comme en 2009, cette demande est très largement surestimée ». Un défaut de jugement qui continue encore aujourd’hui de coûter cher à l’Union européenne et à ses producteurs : la baisse de la demande mondiale, couplée à l’embargo alimentaire russe, qui débute en 2014, font plonger le marché du lait dans une crise qui, de par sa durée comme son intensité, dépasse toutes les précédentes.

Le pire était à venir

« En 2009, on a vécu une chute très brutale des prix, mais comme la crise n’a pas duré très longtemps, au final, on a réussi à couvrir nos coûts de production », explique Florent, le producteur installé en Mayenne. Sur le trajet qui nous conduit vers l’exploitation de ses amis, il me résume la situation : « Si travailler à perte est envisageable sur quelques semaines ou quelques mois, que peut-on faire lorsque les semaines se transforment en mois, puis en années ? »

Dans notre secteur, la détresse, c’est quelque chose qui ne se dit pas

Beaucoup a déjà été dit sur le désespoir des agriculteurs. Hausse des suicides, divorces, faillites ou reconversions forcées… « Oui, autour de moi, j’ai vu beaucoup de douleur et de désarroi », confie Benoît Faucon, sans vouloir rentrer dans le détail. « Dans notre secteur, la détresse c’est quelque chose qui ne se dit pas, ou peu. C’est un sujet tabou », ajoute Florent Renaudier, sans chercher, lui non plus, à commenter les nouvelles morbides qui se succèdent dans la presse. Tandis que nous arpentons à nouveau de petites routes départementales, l’éleveur mentionne toutefois les nombreuses solutions solidaires imaginées par le département : accompagnement dans la formation, cellule d’aide psychologique mise en place par la Chambre d’agriculture… Un premier pas, encore timide au regard de la situation.

Un exploitant laitier devant sa ferme
Yoann ne réclame qu'une chose, pouvoir enfin vivre de sa passion. (Illustration CC BY-NC-SA Elena Scappaticci)

Une lutte qui a caché le problème

De retour à Laval, l’omniprésence de Lactalis dans le paysage urbain me saute à nouveau aux yeux. Et si les agriculteurs s’étaient trompés de cible en désignant Bruxelles comme seule responsable de la crise en 2009 ? « Tout se serait très bien passé si la fin des prix administrés avait été mieux gérée. Rien n’a été mis en place pour contrer les effets pervers du système, hormis un ersatz de contractualisations », analyse Florent. « Un véritable désastre », confirme Benoît. « Avec le recul, on peut dire qu’il y a eu un abandon délibéré des agriculteurs par les pouvoirs publics. »

Des pansements sur des plaies béantes

Son collègue Philippe Jehan, président de la FDSEA de Mayenne, n’a pas de mots assez durs pour dénoncer l’inaction des pouvoirs publics. Aux politiques, de droite comme de gauche, il reproche d’avoir multiplié pendant des années des mesures cosmétiques sans jamais oser s’attaquer au fond du problème : l’impuissance des producteurs, livrés à eux-mêmes face à la guerre des prix que se livrent les acteurs de la grande distribution. « Pendant toutes ces années, les gouvernements successifs n’ont fait que mettre des pansements sur des plaies béantes » regrette-t-il. « Ils ont tenté de mettre en place diverses aides publiques qui ne représentaient au final qu’entre 10 et 20% de l’endettement des exploitants agricoles. Mais ils ne sont jamais intervenus sur l’essentiel : une juste répartition des bénéfices entre producteurs, industriels et grande distribution. »

De fait, la pression qui s’exerce sur le prix et la quantité du lait produit par les agriculteurs français n’a guère évolué en leur faveur. Instauré en 2012, le « Paquet lait » de la Commission européenne a tenté de pallier les inégalités structurelles des rapports entre l’industrie et ses fournisseurs en rendant obligatoire l’introduction d’organisations de producteurs (OP) dans le processus de négociation des prix. « Cela partait d’une bonne intention, tempère Florent, mais avant même de parler de contrats entre l’industrie et les producteurs, il aurait fallu que Bruno Le Maire [Ministre de l’Agriculture au moment de leur mise en place, NDLR] s’assure que les producteurs avaient les moyens de s’organiser, ce qui n’a pas été le cas ».

Résultat ? Dispersés au sein d’une multitude d’organisations de producteurs aux intérêts souvent divergents, ils n’ont pas pu peser face à l’industrie. « À l’heure actuelle, nous sommes obligés de nous battre contre nous-mêmes », résume Boris Gondoin, l’agriculteur de l’Ain, avec amertume. De plus, nombre d’entre eux ont tout simplement refusé de rejoindre ces OP. En Mayenne notamment, seuls 50% des producteurs sont aujourd’hui rattachés à une de ces organisations selon Florent Renaudier. Une paille face à Lactalis et consorts.

Des vaches dans leur étable.
En 2015, un agriculteur sur trois gagnait moins de 350 euros par mois. (Illustration CC BY-NC-SA Elena Scappaticci)

Le « rond-point de la honte »

L’inquiétude et l’amertume semblent n’avoir jamais quitté le regard de Yoann, 28 ans. Lorsqu’il nous reçoit dans son exploitation mayennaise, ce fils d’exploitants laitiers peine à masquer sa révolte. Il me raconte son histoire : celle d’un jeune homme passionné depuis l’enfance par le métier de son père. À 23 ans, il s’est installé à son compte en novembre 2014, soit quelques mois à peine avant le déclenchement de la nouvelle crise. Très vite, il a dû renoncer à l’indépendance et rejoindre le GAEC de son père et de ses cinq associés. Même dans ces conditions, le jeune homme continue de ne pas pouvoir se verser de salaire. Sa compagne, comptable, subvient à leurs besoins. Une situation encore inenvisageable il y a quelques années et qui plonge toute la famille dans le désarroi. « Je ne sais pas si je l’encouragerais encore aujourd’hui à se lancer dans ce métier », me confie son père, assis à ses côtés. « Je ne peux plus lui garantir qu’il pourra en vivre. »

Un prix rémunérateur, c’est tout ce que nous exigeons

« Nous ne réclamons pas grand-chose », s’exclame Yoann. « Un prix rémunérateur, c’est tout ce que nous exigeons. » L’été dernier, avec son père, ils ont manifesté pendant plusieurs jours devant le siège de Lactalis, à Laval. Sur le rond-point qui fait face à l’industriel mayennais, ils ont décidé de renommer l’endroit « rond-point de la honte ». « Honte », comme la manière dont ils estiment que le géant laitier, mais aussi la grande distribution et les coopératives, traitent les agriculteurs français. « Hier comme aujourd’hui, transformateurs et distributeurs se renvoient la balle, mais la responsabilité est partagée », complète Florent Renaudier. « C’est une véritable partie de poker menteur dont les producteurs laitiers sont les spectateurs impuissants. »

Au terme du premier round des négociations des États généraux de l’alimentation, le chef de l’État s’est engagé à modifier la loi de manière à ce que la construction des prix soit désormais basée sur les coûts de production des éleveurs, et non sur les desiderata de leurs acheteurs. « Cela va vraiment dans le bon sens », estime Florent Renaudier, « mais j’attends de voir si ces belles paroles se traduiront par des actes. Si réforme il y a, sa mise en oeuvre peut être très longue. Et pendant ce temps, les faillites continuent. »

— Journaliste

J’ai commencé par lire de belles histoires, avant de vouloir les comparer avec la réalité. Lorsque j’ai découvert que le réel rattrapait souvent la fiction, j’ai voulu le fixer sur le papier. Depuis, j’essaye de mettre ma plume au service des causes qui m’importent : la justice sociale, le féminisme et l’avenir du travail.

La Fabrique de l'info

Pendant tout le mois de septembre 2009, des agriculteurs de Mayenne épandent quotidiennement des milliers de litres de lait pour protester contre la baisse des prix imposée par Lactalis. Dans les villes, dans les champs, au pied des institutions européennes ou du Mont Saint-Michel, un peu partout en Europe, d’autres exploitants laitiers décident également de jeter leur production. Lorsqu’on les interroge, ils disent détruire leur travail pour « exister », provoquer pour « se faire entendre ».

Je n’imaginais pas, à l’époque, que le désespoir d’une profession puisse la pousser à de telles extrémités. Et puis, je me suis renseignée sur la situation des éleveurs laitiers et je me suis rendue compte que ce coup d’éclat n’était que la manifestation la plus spectaculaire d’une crise morale et sociale profonde. J’ai découvert les suicides cachés, les faillites en chaîne et les reconversions forcées. Depuis, rien n’a changé. Tout a même empiré. Alors j’ai voulu revenir là où la « colère blanche » avait débuté. Je me suis rendue en Mayenne, terre historique de cette France laitière dont nos politiques se disent si fiers, et dont ils se soucient si peu. J’ai rencontré des exploitants laitiers et tenté de comprendre avec eux pourquoi leur situation se maintenait depuis des années dans cet insupportable statu quo.

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