Dans le Vercors, on ne prépare pas l’après pétrole, mais l’après neige

En mars 2007, l’OCDE s’alarme : les changements climatiques pourraient bien avoir un impact négatif sur les stations de ski. Tout particulièrement celles des Alpes. Les premières concernées, les petites stations de moyenne montagne, n’ont pas attendu l’étude de l’organisation pour agir. Direction le Vercors, qui a amorcé sa transition il y a une dizaine d’années.

par Angela Bolis
9 min
Une piste de luge quatre saisons, avec un tout petit peu de neige dans les montagnes du Vercors.
À Autrans, dans le Vercors, les autorités locales ont investi dans une luge quatre saisons qui permet de faire de cette activité, même quand il n'y a pas de neige. (CC BY-NC-SA Angela Bolis)

Dans le Vercors, après trois Noëls sans neige, la saison des sports d’hiver a cette fois bien commencé. En ce matin de janvier, brouillards et éclaircies laissent entrevoir par intermittence un paysage moucheté de neige, et franchement blanc sur les hauteurs. La dizaine de stations de ski du massif est ouverte. Sur la route d’Autrans, au nord du plateau, on aperçoit des attelages de chiens de traîneaux qui s’élancent sur le domaine nordique, et plus haut, quelques skieurs dévalant les pistes. Mais le maire d’Autrans, Thierry Gamot, n’est pas dupe. « Depuis trente-deux ans que je suis ici, j’ai tout vu en terme d’hivers, avec ou sans neige. Mais je ne confonds pas météo et climat. Les effets du changement climatique sont déjà bien visibles ici, en moyenne montagne. Tout le monde est conscient que l’avenir sera compliqué. »

Je ne confonds pas météo et climat. On est conscient que l’avenir est compliqué

À l’orée des Alpes, le massif du Vercors ne dépasse guère 2 300 mètres d’altitude, et ses stations s’étendent entre 1 200 et 2 000 mètres. En cinquante ans, le massif a déjà perdu un quart de hauteur de neige, selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Et la fonte se poursuit : « Suivant le scénario climatique le plus réaliste, d’une hausse de 4°C d’ici 2100, l’enneigement devrait diminuer de 30% dans le Vercors d’ici la fin du siècle, et la saison d’enneigement passer d’environ quatre mois à un mois », résume Delphine Piazza-Morel, de l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea). La chercheuse a piloté AdaMont, un projet scientifique qui s’est penché sur les impacts et l’adaptation au changement climatique dans le Vercors de 2015 à 2017. Ce massif de moyenne montagne apparaît comme particulièrement affecté par la hausse des températures, de 1,3°C en cinquante ans, selon des observations faites dans la Chartreuse voisine, au Col de la Porte.

Une vue sur les vallées pleines de nuages du Diois, depuis le col du Rousset, dans le Vercors.
Les montagnes du Vercors culminent à 1 500 mètres d'altitude et sont bien exposées au réchauffement climatique. (CC By nc sa Angelas Bolis)

Le spectre des hivers sans neige n’est pas nouveau dans les stations alpines : à la fin des années 1980, trois hivers doux avaient marqué, déjà, un tournant dans l’industrie des sports d’hiver. Déjà, les journaux de l’époque montraient leur inquiétude : « Grisaille sur l’or blanc ? », titrait Le Monde dans une tribune du 5 février 1988. Le Nouvel Observateur, quant à lui, prévoyait, en février 1989, que « la période du ski roi [était] sur le point de s’achever ».

« C’est à partir de ce moment-là que va fleurir le discours sur “la fin du tout ski” », estime le géographe Christophe Gauchon dans un article datant de 2009. La vulnérabilité des stations et leur « trop grande spécialisation » dans le ski alpin apparaît au grand jour. Depuis, d’autres hivers doux ont suivi : en 2006, puis en 2014, 2015 et 2016… De plus en plus, ils seront perçus non plus « comme une anomalie climatique somme toute classique, mais comme le signe d’un dérèglement tangible du climat et comme celui avant-coureur de nombreux autres qui reviendront de plus en plus souvent », poursuit le chercheur.

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— Journaliste indépendante

Après cinq années au Monde, j’ai atterri dans la Drôme où je continue d’écrire des articles, en indépendante, sur l’environnement ou tout autre sujet qui me passionne.

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Chaque année, à la saison des sports d’hiver, on parle beaucoup de ski, d’enneigement, et de plus en plus, des canons à neige. La neige artificielle interroge, elle dévoile les difficultés d’une industrie des sports d’hiver frappée par le changement climatique, qui continue malgré tout à rêver à l’or blanc et cherche des réponses dans un déluge d’équipements et de technologie. Elle lève le voile, aussi, sur l’artificialisation croissante des montagnes qu’implique ce loisir, pourtant de moins en moins pratiqué. Mais elle n’est pas tout : beaucoup de choses se passent dans les montagnes en dehors du ski et de la neige. Dans ce reportage, j’ai voulu montrer une autre facette de l’adaptation des stations au réchauffement climatique. Plus diffuse, moins tapageuse, la diversification est pourtant déjà dans tous les esprits. J’ai découvert, dans le Vercors, que les réflexions et les initiatives à ce sujet sont déjà très avancées, et très variées. Elles révèlent l’ingéniosité de ce territoire pour qui le réchauffement est déjà, depuis plusieurs années, une évidence, une réalité avec laquelle il faut désormais compter.

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