Les tours géantes, des luttes de pouvoir et d’influence

Au sein d’un monde ultra-connecté, où les flux humains et de capitaux circulent à grande échelle, des pays tentent de se frayer un chemin sur le devant de la scène. Construire d’immenses tours modernes et rutilantes est l’un des moyens qu’utilisent certaines métropoles mondialisées, de Singapour aux Émirats. Entre elles, la concurrence s’avère féroce. Ces tours de tous les excès, une fois sorties de terre, illustrent l’une des nombreuses facettes d’un marché unique global.

par Thomas Deszpot
3 min
La tour Burj Khalifa de Dubaï
800 mètres de hauteur, de quoi donner le vertige. (Illustration CC BY Travelbusy.com)Burj Khalifa, 800 mètres de hauteur, de quoi donner le vertige. (Illustration CC BY Travelbusy.com)

Au cœur du golfe persique, dans une ville de Dubaï en pleine expansion, l’immense tour Burj Khalifa a été inaugurée en 2010. Culminant à 829 mètres de hauteur, cet édifice de la démesure est devenu le plus haut bâtiment jamais construit sur Terre. Un record qui fait naître des convoitises puisque les projets de gratte-ciels dépassant le kilomètre de hauteur sont déjà évoqués. Derrière les prouesses technologiques qui permettent ces réalisations, à quoi rime cette course au sommet ? Professeure de géographie à l’université Jean Moulin Lyon 3, Lise Bourdeau-Lepage y voit une manifestation singulière de la mondialisation, tout aussi urbanistique que métaphysique.

La Burj Khalifa de Dubaï incarne une course à la hauteur à travers le globe. Pourquoi chercher sans cesse à repousser les limites ?

Dans l’imaginaire, la hauteur serait synonyme de grandeur. Il faut rappeler ce que signifiait la tour de Babel, bâtie selon la légende par les hommes pour qu’ils se fassent un nom.. Toucher les cieux, toucher les dieux… D’une certaine manière, tout cela renvoie aux récits bibliques.

Aujourd’hui, cette hauteur symbolise les prouesses architecturales, une manifestation de l’innovation. Il s’agit peut-être d’une illusion, mais cela permet aux villes qui se lancent dans de tels chantiers de se faire connaître à travers le monde. Elles vont utiliser ces édifices pour faire du marketing urbain et en profitent pour présenter leur savoir-faire. Qu’y a-t-il au fond dans les tours ? Le pouvoir économique : souvenez-vous du World Trade Center à New-York, par exemple. Ces bâtiments prouvent la réussite d’une levée de fond, la capacité à mobiliser des acteurs, des architectes. On a eu l’impression qu’à l’échelle du monde, il s’est passé la même chose qu’en France avec les tramways quelques années plus tôt : tout le monde voulait le sien.

Pourtant, ces projets de tours géantes se concentrent en majorité dans les pays du Golfe et d’Asie. Les « vieilles puissances » n’y voient pas d’intérêt ?

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— Journaliste

J’ai commencé à lire sur des boîtes de céréales, à écrire sur les pages à gros carreaux d’un cahier mal tenu. Une fois les mots apprivoisés, j’ai voulu les partager : quelques années plus tard, ils sont devenus mon métier.

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La notion de progrès nourrit une certains fascination chez moi, en interrogeant les limites auxquelles se confronte l’homme dans son existence. Jusqu’à quel point peut-on s’extraire des carcans dans lesquels la nature nous a placé ? Ne risque-t-on pas de nous brûler les ailes en jouant avec le feu ? Construire une tour de près d’un kilomètre de hauteur semble irréel alors qu’il s’agit désormais d’une réalité. Impossible d’observer un tel édifice sans se demander si de telles prouesses architecturales ont un sens. J’ai le sentiment qu’explorer les excès humains nous en dit beaucoup sur le monde dans lequel nous évoluons. Quoi de mieux qu’une tour géante pour s’y frotter ?

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