La fin du monde en 2012, une apocalypse now ?

Rares sont les non-événements à avoir été aussi médiatisés. L’annonce d’une extinction de l’humanité, prévue le 21 décembre 2012, a déclenché une pseudo-peur en France et dans le monde basée sur l’interprétation fallacieuse d’un calendrier maya. Du Mexique aux États-Unis, en passant par le petit village de Bugarach dans l’Aude, récit d’un emballement sans commune mesure sur fond d’héritage culturel et religieux.

par Armelle Desmaison
8 min
Une représentation stylisée de l'apocalypse.
La fin du monde, vraiment ? (Illustration CC BY Din Muhammad Sumon)

cta_article_articleouvert

Les 400 gendarmes mobilisés n’ont pas pu protéger les 230 habitants de Bugarach du déferlement médiatique. Grand de tout juste 27 kilomètres carrés, le petit village situé dans le département de l’Aude est devenu durant trois ans le centre du monde. Aucun événement majeur ne s’y est produit, mais une rumeur a rapidement fait le tour de la Toile : Bugarach devait être l’unique village épargné par l’apocalypse, annoncée le 21 décembre 2012 au soir.

Je me suis inquiété quand j’ai vu les rumeurs sur le Net

Pour en avoir le cœur net, quelque 300 journalistes venus du monde entier accourent à l’orée des fêtes de Noël. Mais pour voir quoi ? Rien. Alors qu’ils étaient à la recherche d’illuminés, les reporters ont été obligés de « se filmer entre eux », se souvient Jean-Pierre Delord, maire du village. Celui-ci avait pris en amont toutes les décisions nécessaires pour éviter un afflux de badauds, redouté depuis déjà trois ans. « Je me suis inquiété quand j’ai vu les rumeurs sur le Net, c’était l’époque des apéros géants. »

Ne pas prendre le phénomène au sérieux aurait été risqué : le village pouvait tout à fait « se retrouver envahi par des milliers de personnes », avertit l’édile. « Avec nos 200 habitants, nous aurions été submergés ! »

Prophétie fumeuse

Cette curieuse crainte de l’Apocalypse se base sur une mauvaise interprétation d’un calendrier maya. En 1987, un certain José Argüelles, adepte des mouvements New Age, lance la rumeur d’une fin du monde prévue pour le 12 décembre 2012. Ses arguments ? Un calendrier de l’ancienne civilisation mésoaméricaine se terminait à cette date précise.

Cependant, comme le précise Marie-Charlotte Arnauld, directrice de recherche émérite au CNRS et membre du GERM, « les Mayas ont simplement écrit qu’en 2012 ce serait la fin d’un cycle calendaire très long, comme nous avons dit qu’en 2000, ce serait le début du troisième millénaire ».

Un descendant des Mayas dans une tenue traditionnelle.
Les spécialistes des Mayas assurent que leur calendrier ne prévoyait pas une fin du monde. (Illustration CC BY-SA-Jimmy-Baikovicius)

Pour résister au flux d’actu, rejoignez L’imprévu !

— Journaliste

Découvrir. C’est sûrement mon maître mot. J’aime aller à la rencontre des individus et de leur société, comprendre leur fonctionnement, décortiquer jusqu’à trouver le pourquoi du comment pour pouvoir par la suite le partager. Que pouvais-je faire d’autre que du journalisme ?

La Fabrique de l'info

Très jeune, j’ai commencé à m’intéresser à l’Amérique latine et ses différents peuples. J’étais fascinée par la civilisation maya, très avancée dans certains domaines par rapport aux scientifiques contemporains. J’estimais que nous avions beaucoup à apprendre de ce peuple, notamment en matière d’astronomie. Mais le jour où le monde entier s’est mis à accorder de l’importance à cette culture, je me suis sentie déboussolée. L’image que l’on reflétait d’eux me semblait très éloignée de la réalité : jamais les Mayas n’avaient prédit la fin du monde. J’ai donc voulu remonter aux origines de cette rumeur, comprendre l’intérêt soudain pour une culture longtemps restée dans l’ombre.

Parcourez les sujets oubliés des médias, promenez-vous sur L'Imprévu !