Quand le handicap disqualifie de l’emploi

Travail et handicap ne sont pas inconciliables. Pourtant, les entreprises de 20 salariés et plus peinent à remplir leur obligation d’emploi de 6% de travailleurs handicapés. En cause : un accès à la formation initiale et professionnelle ardu pour les personnes en situation de handicap. Leur sous-qualification les éloigne de fait du marché de l’emploi. Les gouvernements semblent bien désarmés face à la situation.

par Zoé Baillet
7 min
Une personne assise sur un banc regarde dans le vide
Peu formés, mal accompagnés, les travailleurs handicapés se retrouvent souvent désarmés dans leur quête d'un emploi (Illustration CC BY Pierre Guinoiseau)

« Oui, je vis aux crochets de l’État, mais il ne me donne pas vraiment les moyens de faire autrement. » Même si elle le raconte en riant, le constat de Jennifer Pérault, aveugle depuis l’âge de 5 ans, est amer. À 31 ans, la jeune femme affiche seulement huit mois de travail salarié à son compteur. « Je cherche, je cherche, mais je ne trouve pas. »

Jennifer Pérault fait partie des 2,5 millions de Français à disposer d’une reconnaissance administrative de son handicap. À ce titre, elle est censée bénéficier de la loi sur l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés (OETH). Datant de 1987, le texte indique que pour les entreprises de 20 salariés ou plus, les travailleurs handicapés doivent représenter au moins 6% de l’effectif total. Dans les faits, les chiffres demeurent bien plus faibles : 3,3% dans le secteur privé en 2013 et 4,9% dans le public en 2014. Conséquence : avec 486 546 demandeurs d’emploi, le taux de chômage des travailleurs handicapés atteint les 18% en 2015. Presque le double de la moyenne nationale.

Avant l'emploi, l'obstacle de la formation

Pour rester dans les clous, les entreprises disposent de deux options : le respect de la loi ou l’amende. Dans le premier cas, elles peuvent avoir recours à l’emploi direct de travailleurs handicapés, mais aussi à la sous-traitance auprès d’entreprises adaptées, d’établissements et services d’aide par le travail (Esat), à l’accueil de stagiaires handicapés, ou encore à la mise en œuvre d’un accord agréé de branche, de groupe, d’entreprise concernant l’emploi des personnes en situation de handicap (seulement dans le secteur privé). Dans le second cas, l’amende prend la forme d’une contribution financière auprès d’organismes agissant en faveur de l’emploi des personnes en situation de handicap. Son montant annuel ? Entre 400 et 600 fois le Smic horaire, soit 3 860 euros au bas mot, pour chaque travailleur handicapé que l’entreprise aurait dû employer.

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— Journaliste

On me reproche souvent d’être trop curieuse, alors j’ai fait en sorte que mon métier soit de poser des questions. Depuis, j’en profite au quotidien pour apprendre de l’autre et tenter de mieux cerner notre société et ses enjeux.

La Fabrique de l'info

Il y a quelques semaines, je découvrais l’existence du Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP) au détour d’un article expliquant que les universités étaient autorisées, cette année, à ne pas verser l’intégralité de leur contribution à ce fonds afin de financer la sécurisation des campus. Déjà marquée par le retard dans la mise en accessibilité des lieux accueillant du public, formalisée dans la loi Handicap de 2005, j’ai eu envie de m’intéresser de plus près à la question de l’emploi des travailleurs handicapés. De chiffres en témoignages, j’ai mis le nez sur une réalité que j’étais loin d’imaginer si noire…

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