La Dacia Logan, épopée à bas coût et quatre roues

Le low-cost est-il adapté au monde de l’automobile ? Renault y a cru en rachetant la marque Dacia à la fin des années 1990. De leur collaboration est née la Logan, vendue neuve à moins de 8 000 euros. Pour tirer les prix vers le bas, les deux constructeurs n’ont pas seulement cherché les économies, mais repensé de A à Z leurs méthodes de productions.

par Thomas Deszpot
4 min
Un modèle de Dacia Logan dans un salon automobile.
Renault a souhaité s'adosser à la marque Dacia pour lancer sa Logan. (Illustration CC BY-SA Axel Schwenke)

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Grâce à Dacia, entreprise roumaine rachetée quelques années auparavant, Renault s’est lancé avec succès sur le marché des voitures à très bas coût en 2005 en France. Plébiscitée par les conducteurs français, la Logan a introduit le concept de voiture low-cost. Affichée neuve à seulement 7 500 euros en entrée de gamme, cette voiture d’un nouveau genre bousculait violemment la concurrence. La quête du véhicule le moins cher peut-elle s’accentuer ? Les ouvriers risquent-ils d’en payer de prix ? Autant de questions que L’imprévu a posé à Vincent Frigant, enseignant-chercheur en économie à l’Université de Bordeaux et membre du Groupe d’étude et de recherche permanent sur l’industrie et les salariés de l’automobile (Gerpisa).

La Dacia Logan a marqué les esprits en 2005, lors de sa commercialisation en France. Comment expliquer son impact ?

Il s’agissait d’un objet un peu bizarre

Son lancement a perturbé pas mal d’acteurs car cette voiture était surtout prévue pour les marchés émergents. En France, les syndicalistes se sont montrés très méfiants : en ouvrant la porte à un véhicule produit en Europe de l’Est, ils craignaient pour leurs emplois. La Logan a connu un important relais médiatique, autour de l’idée qu’il s’agissait d’un objet un peu bizarre. Renault donnait l’impression de baisser en qualité, avec en toile de fond l’image des délocalisations causées par cette grande usine en Roumanie. D’autant plus qu’à l’époque, la marque n’allait pas très bien.

Le succès de la Logan et des modèles qui ont suivi est intéressant. Avec le recul, ça nous a montré qu’on pouvait vendre des voitures à des personnes qui n’achetaient plus de véhicules neufs. De manière générale, les constructeurs avaient un peu tiré un trait sur les gens au faible pouvoir d’achat. Une autre clientèle, plus aisée, a aussi été séduite : celle des gens embêtés à l’idée que les voitures deviennent de plus en plus chères et sophistiquées. En cela, Dacia casse certaines évidences et montre que l’on peut produire des véhicules moins chers et les vendre. Il existait déjà des voitures peu chères, les Lada par exemple, mais elles étaient destinées à des pays aux exigences plus faibles. Là, c’est une autre stratégie : il s’agit de les vendre en masse, et pas seulement de proposer des modèles exotiques que l’on tente d’écouler.

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— Journaliste

J’ai commencé à lire sur des boîtes de céréales, à écrire sur les pages à gros carreaux d’un cahier mal tenu. Une fois les mots apprivoisés, j’ai voulu les partager : quelques années plus tard, ils sont devenus mon métier.

La Fabrique de l'info

L’idée de revenir sur le lancement de la Dacia Logan me travaillait depuis longtemps. Un brin austère, dotée d’un équipement rudimentaire, cette voiture tranche avec celles lancées par les autres constructeurs. Surtout, je souhaitais évaluer les concessions nécessaires afin de vendre un véhicule neuf à un prix inférieur à 8 000 euros. Un étrange pari que seul Renault (via Dacia) a osé relever. Depuis le lancement de la Logan, aucune autre marque d’envergure n’a en effet tenté de commercialiser une voiture au tarif si peu élevé.

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