La nouvelle façade du logement social

Sorties de terre dans les années 1950 à 1970, les grandes barres HLM ont permis de faire coup double : loger rapidement un grand nombre de Français dans des habitations qui se distinguaient par leur niveau de confort. Aujourd’hui pourtant, ces grands ensembles ne font plus rêver, au point de devenir des symboles d’exclusion et de précarité. Devant un tel constat, les pouvoirs publics tâchent de revoir profondément la copie du logement social du XXIe siècle.

par Zoé Baillet
8 min
En 2016, le logement social n'a plus grand-chose à voir avec les barres HLM du siècle dernier (photo Zoé Baillet)
En 2016, le logement social n'a plus grand-chose à voir avec les barres HLM du siècle dernier (photo Zoé Baillet)

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« Ici, 4 000 logements vont être construits. » Sous un ciel bleu et par un vent qui vous pique les joues, Laure Fainzang, chef de projet chez l’aménageur Grand Paris Aménagement, fait le tour du propriétaire dans le parc Maison-Blanche, à Neuilly-sur-Marne en Seine-Saint-Denis. Sur le site de l’ancien hôpital psychiatrique, dont les plus vieux bâtiments datent de la fin du XIXe siècle, les premières machines de chantier s’activent. Les travaux viennent tout juste de débuter. « Nous procédons à certaines démolitions pour commencer. Le bâti à l’architecture la plus emblématique est conservé, mais le reste laissera place à du neuf. »

À terme, les 60 hectares du parc constitueront un véritable quartier. Avec des logements, donc, mais aussi des commerces, des activités de bureau et des équipements publics tels qu’une crèche, une école ou un espace culturel. Le premier lot devrait être livré fin 2019, début 2020 ; le chantier terminé dans une quinzaine d’années. Parmi les résidences proposées, 30% seront des logements sociaux, ces logements à loyers encadrés et réservés à des populations dont les revenus ne dépassent pas un certain plafond.

Ces logements qui, longtemps, ont été rassemblés dans de grandes barres d’immeubles situées en périphérie des villes. Et que nos consciences ont tendance, encore aujourd’hui, à associer à ce type de constructions. Pourtant, à Neuilly-sur-Marne, pas question de hauts immeubles regroupant des centaines d’appartements. « Les 4 000 logements seront répartis par lots de 50 ou 100 par bâtiment », détaille Laure Fainzang. « On trouvera aussi quelques maisons individuelles. » Un projet à mille lieues de la cité des 4 000 de La Courneuve, emblématique des grands ensembles construits dans les années 1950-1970.

Une barre HLM du sud d'Avignon. (CC BY-SA Js84)
Une barre HLM du sud d'Avignon. (CC BY-SA Js84)

Le monde désenchanté des grandes barres HLM

« Même si aujourd’hui, on dit du mal de ces grands ensembles – et il y en a à dire – ils ont marqué une vraie rupture à l’époque de leur construction en matière de confort », retrace l’architecte et urbaniste Paul Chemetov. « Ils ont permis pour la première fois de donner de l’espace, de la lumière et de l’eau chaude à un quart de la population française. » Entre 1946 et 1975, la proportion de logements équipés de WC intérieurs passe par exemple de 20% à 74%, relate l’organisation représentative du secteur HLM, l’Union sociale pour l’habitat.

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— Journaliste

On me reproche souvent d’être trop curieuse, alors j’ai fait en sorte que mon métier soit de poser des questions. Depuis, j’en profite au quotidien pour apprendre de l’autre et tenter de mieux cerner notre société et ses enjeux.

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Ce n’est pas la première fois que la rédaction travaille sur la thématique du logement social. En juillet dernier, nous nous étions notamment penchés sur la loi SRU, qui a imposé en 2000 un taux de 20% de logements sociaux dans les communes de plus de 3 500 habitants. Cette fois, c’est sur l’aspect architectural et urbanistique de ces logements que je me suis concentrée. Dans le temps, de grandes barres HLM sortaient du sol. Mais aujourd’hui, comment pense-t-on le logement social ? Que construisons-nous et dans quel but ? Au fil de mes rencontres, une nouvelle copie s’est dessinée.

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