« L’adoption internationale va devenir de plus en plus marginale »

À l’échelle mondiale, les adoptions internationales ont chuté de 70% en seulement dix ans. Le renforcement de l’encadrement juridique et la hausse du niveau de vie expliquent cette brutale diminution.

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Un jeune enfant joue dans la cour d'une maison.
L'adoption d'un enfant à l'étranger est en passe de devenir marginale. (Illustration CC BY Damon Nofar)

La nouvelle est tombée tel un couperet. Depuis le 1er janvier, la France a suspendu les procédures d’adoption avec la République démocratique du Congo. Elle laisse dans le désarroi une cinquantaine de familles qui y ont adopté un enfant, mais qui ne peuvent obtenir le visa français. Pourtant, en 2016, ce précieux sésame était délivré à 232 adoptés congolais. Pourquoi donc cesser la collaboration avec Kinshasa ? Car le quai d’Orsay a constaté de nombreuses irrégularités dans les dossiers, notamment l’absence d’état civil pour plus de la moitié des enfants. Comment vérifier leur adoptabilité ? Auraient-ils fait l’objet d’un trafic ? Une enquête est en cours.

Un changement de paradigme

La République démocratique du Congo n’est pas le seul pays avec lequel le quai d’Orsay a suspendu ses accords. La Côte d’Ivoire a connu le même sort courant 2016, tout comme l’Éthiopie où le nombre d’adoptions est passé de 24 en 2015 à 10 en 2016.

Avant, le gouvernement français encourageait l’ouverture des frontières

Pour la Mission de l’adoption internationale (MAI), c’est l’illustration d’un « changement de paradigme », intervenu depuis les années 2010 : « Avant, le gouvernement français encourageait l’ouverture des frontières, sous la pression des familles. La Mission de l’adoption internationale n’était pas censée freiner les adoptions », nous confient des représentants de la MAI. « Pourtant, notre rôle est de vérifier qu’elles sont réalisées de manière éthique et dans l’intérêt de l’enfant. » En 2016 donc, hors République démocratique du Congo, seuls 725 visas longs séjours pour l’adoption ont été délivrés, contre 815 en 2015 et plus de 4 000 il y a dix ans. C’est la sixième année de baisse consécutive, bien que son rythme ralentisse (-11% en 2016, contre -20 à -25% auparavant).

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— Journaliste indépendante

Jeune picarde, je me suis baladée entre Amiens, Tours et l’Australie. J’ai vadrouillé de L’Huma à Courrier International, de Ouest France aux Clés de la presse, où j’ai posé mes valises pour me consacrer à l’univers des médias. J’aime aussi faire escale sur les sujets humains, qui touchent aux inégalités, à la solidarité, à l’espoir. Percussionniste à 16 heures.

— Journaliste indépendante

Persuadée que la curiosité n’est pas un vilain défaut, je suis revenue sur les bancs de la fac dix années après les avoir quittés. Pour assouvir ma soif de connaissances et de rencontres, j’ai choisi un nouveau métier : journaliste.

La Fabrique de l'info

En 2007, l’Arche de Zoé comptait confier les enfants à des familles françaises en attente d’un enfant adoptif. Elle jouait sur l’ambiguïté entre projet d’accueil et d’adoption. Ce qui nous a conduit à nous intéresser à l’adoption française et internationale : comment a-t-elle évolué depuis 2007 ? Le constat est clair : dans tous les pays d’accueil, le nombre d’enfants adoptés à l’étranger chute de manière forte et continue. C’est ce point que nous avons voulu comprendre.

Nous avons commencé notre enquête quelques jours à peine avant la publication officielle des chiffres de l’année 2016. L’affaire de la République démocratique du Congo ayant eu un impact non négligeable sur ces données, en parler nous a semblé incontournable.

Nous avons été reçues sans problème par le Quai d’Orsay, puis avons interrogé un démographe qui nous a aidés à comprendre et à interpréter ces données. Notre objectif a été le suivant : être le plus pédagogue possible pour rendre compte au mieux de la réalité.

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