Leonarda, quand l’école ne suffit pas

Ce matin d’octobre 2013, son prénom est sur le point de bousculer médias et politiques. Leonarda, collégienne de 15 ans, se trouvait à bord d’un bus scolaire pour une sortie à Sochaux lorsque les forces de l’ordre sont venues la chercher. Expulsées de France, elle et sa famille devaient repartir de suite au Kosovo. Une arrestation impressionnante, devenue emblématique de la situation vécue par nombre de demandeurs d’asile sur le sol français.

par Islam Abdelouali
11 min
Un cartable abandonné sur le sol d'une cour de récréation
En 2013, l'école n'a pas protégé Leonarda de l'expulsion (Illustration CC BY Pierre Leibovici / Icône CC BY Freepik)

« Ça fait des années que les ministres de l’Intérieur successifs ont renoncé à expulser des lycéens, depuis Leonarda et Khatchik. » L’affaire Leonarda Dibrani a marqué Richard Moyon, membre et cofondateur du Réseau éducation sans frontières (RESF). L’évacuation de la collégienne manu militari d’un bus scolaire qui l’emmenait visiter Sochaux en 2013, c’était l’histoire de trop, dans un climat de tensions autour de l’expulsion des familles étrangères et la scolarisation de leurs enfants.

La famille de l’adolescente, arrivée irrégulièrement en 2009, avait reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF) après deux ans de procédures de demande d’asile, refusée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis par la Cour nationale de droit d’asile (CNDA). Reportée une première fois en raison de la scolarisation des enfants Dibrani, cette OQTF est confirmée fin février 2013. Avec à la clef, l’obligation pour la famille de repartir dans le pays d’où elle est venue.

Malgré la tombée de ce second couperet, les Dibrani « ne lâchent rien » et explorent la piste de la régularisation au titre de la circulaire Valls du 28 novembre 2012, relative à « l’admission exceptionnelle au séjour des étrangers en situation irrégulière ». Parmi les critères permettant de prétendre à ce type d’admission : cinq ans de présence sur le territoire et la scolarisation en cours d’au moins un des enfants depuis au moins 3 ans au moment de la demande. Si la famille Dibrani remplit la seconde condition, elle ne répond pas au temps minimal de présence sur le sol français.

Une expulsion médiatique

Alors que le père a été éloigné vers le Kosovo la veille, le reste de la famille n’est pas surpris, ce mercredi matin 9 octobre 2013, lorsque les autorités débarquent sur son lieu de résidence, au Centre d’accueil des demandeurs d’asile (CADA) de Levier, dans le Doubs, pour l’expulser. L’adolescente, qui a dormi chez une copine, n’assiste pas à la scène.

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— Journaliste

J’ai mis du temps à découvrir que les remarques telles que « curieuse » et « pose beaucoup de questions », laissées par les instituteurs sur mes cahiers d’appréciations, constituaient un indice sur mon futur métier. Aujourd’hui, je prends du temps pour comprendre ce qui se passe autour de moi, l’analyser, le partager, avec un penchant pour les sujets de société et les progrès technologiques.

La Fabrique de l'info

Qui ne se rappelle pas de l’affaire Leonarda déclenchée fin 2013 ? Avec l’Imprévu, j’ai essayé de raconter son histoire, et celle de Khatchik, tout en mettant en lumière la question des jeunes étrangers scolarisés, dont le sort est incertain. Sans oublier de mentionner l’ampleur médiatique considérable que cette affaire a pris à l’époque. Ce flash-back n’a pas été facile : un grand nombre d’interlocuteurs contactés a refusé de donner suite à mes sollicitations, vu le caractère sensible du sujet.

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