Les apéros Facebook, un cocktail éphémère

Terreur sur la ville. Au printemps 2010, les « apéros géants » organisés via Facebook pullulent. Les centaines de jeunes qui s’y rassemblent n’ont a priori qu’un objectif : l’ivresse à grande échelle. Mais n’avaient-ils pas soif d’autre chose ?

par Pierre Leibovici
3 min

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Les « apéros géants », grands rendez-vous festifs, ont fleuri au printemps 2010. Leur recette ? Une invitation massive envoyée sur Facebook et des rassemblements de milliers de personnes dans les rues – on compta jusqu’à 10 000 participants à Montpellier, en mai 2010. Élus, riverains, toxicologues… Beaucoup en retiennent un simple appel à la débauche ayant conduit à un fait tragique : la mort d’un jeune homme, à Nantes. D’autres, comme Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue et auteure de Vertige de l’Ivresse, Alcool et lien social  y voient plutôt une manifestation ordinaire de la jeunesse, imprévisible et en phase avec son temps. Retour sur ces nuits d’ivresse.

Les apéros géants semblent avoir émergé de nulle part, à partir d’une chaîne d’invitations lancées par des anonymes sur Facebook. Comment ont-ils conquis l’espace public ? 

L’apéro géant avait beau être nouveau par son ampleur, il s’inscrivait dans une lignée de formes festives très anciennes. Mon hypothèse, c’est que cette pratique est liée à la culture du vin dans nos sociétés. Dans les apéros d’aujourd’hui, chez soi ou au beau milieu de la ville, on trinque à la santé des uns et des autres, comme on le faisait en Grèce antique ou chez les Romains. C’est un geste extraordinaire, une séquence d’altruisme : on boit de l’alcool collectivement en souhaitant des choses positives à autrui. L’apéro vient donc marquer les bons moments.

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Animé par les enjeux écologiques et numériques, j’aime contourner les éléments de langage et expérimenter d’autres manières de faire l’information. Je rêve souvent de cartes, de code informatique et d’un média connecté qui prend son temps.

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Dans mes souvenirs, peu d’évènements ont cristallisé autant de critiques à l’égard de Facebook que ces apéros géants. En parler de manière dépassionnée avec Véronique Nahoum-Grappe fut pour le moins… rafraîchissant. Une heure que je ne vis pas passer – sans alcool pourtant -, où l’on discuta d’abord et surtout du rapport des Hommes à la fête. Ses réflexions pétillantes sur la convivialité lorsque l’on trinque ne m’ont pas quitté depuis. Pas plus que celles sur le “monde d’adultes”, élus et médias en tête, qui étaient finalement les premiers – les seuls ? – gênés par une banale expression de la jeunesse.

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