« Mademoiselle », douze lettres qui changent tout

Remplir un formulaire administratif lorsque l’on est une femme, cocher la case « Mademoiselle »… Et dévoiler, en un instant, un pan entier de sa vie sentimentale. Dans la longue lutte entamée pour l’égalité, les associations féministes ont depuis de longues années fait de la langue et de ses usages un cheval de bataille. L’abrogation en 2012 du terme « Mademoiselle » dans les documents produits par l’administration a marqué une prise de conscience politique de ces enjeux. Un petit pas pour les femmes, un grand pas pour l’égalité ?

par Thomas Deszpot
3 min
Crayonné de visages et silhouettes de jeunes femmes.
« Mademoiselle » ou « Madame » ? Un choix qui peut en dire long... (Illustration CC BY-SA Special Collections Toronto Public Library)

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Un simple détail ? Un élément anecdotique ? Les railleries n’ont pas manqué lorsqu’en 2012, François Fillon (alors Premier ministre) signait une circulaire bannissant la mention « Mademoiselle » de l’état civil dans les documents administratifs. Cette décision dépasse pourtant de loin le cadre sémantique : elle a permis de mettre fin à une habitude tout aussi banale que discriminatoire. Le remplacement du terme « Mademoiselle » par le seul « Madame » a réjoui Claudie Baudino. Cinq ans après, la politologue et auteure de Prendre la démocratie aux mots : Pour une réappropriation citoyenne de la langue et de ses usages revient pour L’imprévu sur l’importance des mots.

La suppression du « Mademoiselle » (et du « nom de jeune fille ») a été actée en 2012. Est-ce l’aboutissement d’un combat ancien ?

En effet, je crois que l’on peut faire remonter cette revendication au XIXe siècle. Les féministes luttaient alors contre le statut mineur des femmes dans le mariage, qui leur faisait perdre l’essentiel de leurs droits. C’est là que les titres deviennent très intéressants : vous êtes « Mademoiselle », mais ce n’est valorisant que sur un laps de temps très court. L’objectif est de devenir « Madame » et donc respectable. « Mademoiselle » ? Ça va jusqu’à 22, 23, 24 ans, mais après vous êtes périmée !

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— Journaliste

J’ai commencé à lire sur des boîtes de céréales, à écrire sur les pages à gros carreaux d’un cahier mal tenu. Une fois les mots apprivoisés, j’ai voulu les partager : quelques années plus tard, ils sont devenus mon métier.

La Fabrique de l'info

Auteure ? Autrice ? La rédaction de L’imprévu s’est depuis longtemps intéressée au choix des mots et à la manière dont ils peuvent favoriser l’égalité entre les sexes. Avec cet entretien, j’ai souhaité mieux cerner les enjeux que peuvent cacher nos choix sémantiques. Quoi de mieux qu’un retour sur les débats autour de « Madame » et « Mademoiselle » pour les illustrer ? Sans doute ces questions continueront-elles à nous agiter à l’avenir : la légalisation du mariage pour les couples de même sexe torpille en effet la notion de « mari et femme » dans un couple. En attendant les futurs débats (enflammés) autour d’une reconnaissance du « sexe neutre ».

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