Mahomet caricaturé ? « On a créé un tabou encore plus grand »

Notre sacro-sainte liberté d’expression serait-elle en danger ? Sommes-nous en train de tomber dans l’auto-censure permanente ? Depuis les attentats contre Charlie Hebdo, ces questions se posent régulièrement en France, avec en toile de fond la place d’un islam culturel et religieux dans l’Hexagone. Un débat épineux et encore balbutiant auquel a fait face le Danemark, avant nous. En 2005, un journal y a publié des caricatures de Mahomet, déclenchant une véritable crise dans ce petit pays d’ordinaire si tranquille.

par Thomas Deszpot
4 min
La une d'un numéro de Charlie Hebdo caricaturant Mahomet et déchirée sur un mur.
En France, Charlie Hebdo s'est également risqué à caricaturer Mahomet. (Illustration CC BY SA Jérémy Günther Heinz Jähnick)

Boycott des produits danois, manifestations, menaces contre des dessinateurs… En septembre 2005, quand le journal Jyllands-Posten publie des caricatures du prophète Mahomet, une partie du monde musulman s’insurge. Tout à coup, le Danemark se retrouve dans l’œil du cyclone. La liberté d’expression est alors retournée dans tous les sens, débattue, interrogée, décortiquée. Une situation qui rappelle celle que connaît la France depuis les attentats contre Charlie Hebdo en janvier 2015. Peut-on tirer des leçons de l’expérience scandinave ? Pour le savoir L’imprévu a rencontré le danois Matthias Dressler-Bredsdorff, enseignant à la Sorbonne et journaliste.

L’affaire des caricatures au Danemark a pris une dimension mondiale et suscité des réactions très vives. Comment le pays a-t-il vécu cette polémique ?

Comme un traumatisme, vraiment. Les Danois utilisent aujourd’hui l’expression « crise de Mohammed » pour évoquer ces événements. Il faut rappeler le contexte : notre armée était à l’époque engagée en Irak et en Afghanistan, tandis que le pays était dirigé par une coalition entre la droite et l’extrême droite. Par ailleurs, depuis le début des années 1990, la liberté a été brandie par les conservateurs comme un élément identitaire, un marqueur de la « danicité ». À la manière de la France avec le Front national, la droite danoise s’est posée en défenseuse de la liberté d’expression pour taper sur les nouveaux immigrants et notamment sur les musulmans.

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— Journaliste

J’ai commencé à lire sur des boîtes de céréales, à écrire sur les pages à gros carreaux d’un cahier mal tenu. Une fois les mots apprivoisés, j’ai voulu les partager : quelques années plus tard, ils sont devenus mon métier.

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« Aujourd’hui, Coluche ou Desproges serait en prison ». Cette phrase de Lorànt Deutsch, prononcée il y quelques semaines m’a laissé perplexe. Il précisait au passage : « On ne peut pas parler de tout, on ne peut pas se moquer de tout ». Je n’ai aucun avis sur la question, mais il me semble que la liberté d’expression est depuis quelques années brandie à tort et à travers en France, sans que l’on sache vraiment ce qu’elle recouvre et quel sens lui donner. Attiré depuis de longues années par les pays nordiques, j’ai eu envie de prendre un peu de hauteur pour y voir plus clair, en cherchant à savoir comment les Danois avaient abordé cette délicate question. J’espérais esquisser des réponses, découvrir ce sujet épineux sous un autre angle. Las, c’est le tableau d’une nation désœuvrée et prise au piège que m’a dressé Matthias Dressler-Bredsdorff. Une prémonition, peut-être d’une France du futur où se heurtent idéaux et réalités.

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