Derrière les belles plumes, les petites mains de l’édition précarisées

L’an prochain, le statut d’auto-entrepreneur fêtera ses dix ans. Gage de flexibilité pour les employeurs et les salariés, il conduit parfois à la précarité. Dans le petit monde du livre, correctrices et correcteurs sont de plus en plus nombreux à migrer vers ce statut, encouragés par les maisons d’édition. Faut-il en faire toute une histoire ?

par Elena Scappaticci
11 min
Des correcteurs manifestent devant l'Hôtel Drouant, à Paris
Alors que les correcteurs subissent depuis des années la raréfaction de l'offre de travail, leur condition s'est encore dégradée avec l'arrivée dans la profession d'auto-entrepreneurs. En marge du sacre de Leila Slimani, lauréate du prix Goncourt 2016, les correctrices de l'édition manifestent pour faire valoir leurs droits. (CC BY-SA Actualitté)

Novembre 2008. Hervé Novelli lance en grande pompe un tout nouveau statut, offrant « à chacun la possibilité de bénéficier d’un gain de revenus supplémentaires ». À en croire le secrétaire d’État aux PME, le statut en question serait une puissante « arme anti-crise ». L’auto-entrepreneur est né : « Les salariés qui veulent un complément de revenu, les retraités qui veulent améliorer leur pension, les jeunes qui ont besoin d’un peu d’argent pour leurs études ou encore les chômeurs, pour qui il pourra s’agir d’une chance de rebondir. »

Huit ans plus tard, le 6 novembre 2016, devant le restaurant Drouant à Paris, bien connu du milieu littéraire parisien, germanopratin diront certains. Journalistes et cameramen se pressent aux vitres du célèbre établissement pour tenter d’apercevoir le jury d’un prix littéraire, en pleine délibération. En marge de la foule, un groupe de femmes attire l’attention. Lectrices-correctrices pour l’édition, elles dénoncent avec fracas l’utilisation abusive du statut d’auto-entrepreneur dont certaines d’entre elles sont victimes. Dans un secteur qui traverse une crise durable depuis le milieu des années 2000, elles seraient devenues la variable d’ajustement de leurs maisons lorsque les ventes sont en berne.

L'envers du décor

Elles représentent l’envers du décor de l’édition, doté habituellement d’un imaginaire glamour. Travailleuses de l’ombre, ces petites mains s’activent en coulisse pour que l’ouvrage que les lecteurs vont parcourir ne contienne aucun défaut susceptible de perturber leur expérience de lecture. L’œil acéré et l’esprit affûté, ces orfèvres de la langue française traquent chaque contresens, coquille, faute d’orthographe ou incohérence syntaxique contenue dans les copies remises à leurs éditeurs par les stars de la littérature, comme par les plus discrets auteurs de manuels scolaires. « Capitale de la douleur », « l’édition mérite une bonne correction »… Leur amour du bon mot ou de la formule-choc se devine à travers les slogans qui ornent leurs pancartes. Leur devise du jour ? « Non à l’uberisation de la profession ! ».

Des correcteurs brandissent des pancartes dénonçant leur statut précaire, dans une rue du 2e arrondissement de Paris.
De plus en plus de correcteurs traditionnellement salariés par leurs maisons sont incités à basculer vers l'auto-entrepreneuriat. (CC BY-SA Actualitté)

À l’heure actuelle, le milieu de l’édition emploie en tout et pour tout 716 « lecteurs-correcteurs », essentiellement des femmes, salariées à la tâche. Un chiffre très faible et qui n’a pas augmenté, malgré une production qui, elle, s’est accrue. Ces femmes craignent même que leur nombre soit amené à fondre dans les années qui viennent. « Nous vivions déjà dans la précarité, mais notre situation empire depuis 2009 », commente Sylvie (le prénom a été modifié).

Membre du collectif Correcteurs précaires à l’origine de la manifestation, Sylvie est lectrice-correctrice depuis plus de trente ans chez Gallimard. Elle se définit elle-même, pas peu fière, comme un « dinosaure » de la profession. La quinquagénaire appartient à une génération en voie de disparition, formée dans les écoles spécifiquement dédiées à ce savoir-faire historique, la correction.

Indispensables, mais toujours plus précaires

« Beaucoup de gens pensent qu’il suffit d’être bon en orthographe pour être correcteur, mais notre métier est bien plus riche que cela. Nous travaillons en étroite collaboration avec les auteurs, c’est une coopération permanente. » « Les correctrices m’ont accompagné pendant toute ma vie professionnelle », confirme Bernard Pivot, écrivain, journaliste et président de l’Académie Goncourt. « Elles sont les gardiennes de la qualité de la langue. Elles nous aident, non pas à atteindre un français parfait, car c’est impossible, mais à tendre vers cette perfection. »

Les correctrices nous aident à tendre vers la perfection de la langue

Comme toutes les correctrices « historiques » de la prestigieuse maison d’édition, Sylvie bénéficie depuis ses débuts du statut de Travailleur à Domicile (TAD). Cette condition très particulière, majoritairement liée à la profession, autorise Sylvie à avoir plusieurs employeurs, tout en la faisant bénéficier des avantages liés au salariat (mutuelle, droit au chômage et à la retraite, congés payés et 13e mois…). En contrepartie, Sylvie est rémunérée à la tâche, ou plutôt, dans ce cas précis, au manuscrit.

« Lorsque la maison nous confie le manuscrit d’un auteur, un calibrage a déjà été effectué pour déterminer le nombre de signes que nous aurons à corriger
 », explique-t-elle. Un atout pour les maisons, qui peuvent moduler les heures de travail de leurs salariées selon leur volume de production. Mais la méthode revêt trop d’incertitudes pour certaines correctrices.

« Tout le monde redoute les « périodes de creux » durant lesquelles une maison ne vous sollicite plus », commente Sylvie. Comme nous continuons malgré tout d’être salariées par l’éditeur, nous ne pouvons bénéficier d’indemnités de licenciement ou d’allocation chômage. » Ces « périodes de creux », Sylvie les a peu connues, car elle a pu compter pendant longtemps sur le lien de confiance réciproque qui l’unissait à la maison Gallimard. « J’ai bénéficié pendant longtemps d’un contrat d’exclusivité tacite. Rien n’était formalisé, mais mon éditeur me confiait des manuscrits tous les mois, et cela suffisait à m’assurer un temps plein. » Rien de mirobolant, cependant : durant les « bons » mois, le revenu net de Sylvie atteint environ 2 000 euros. Parisienne, elle se contente depuis des années d’un petit studio en location. « Je fais pourtant figure de privilégiée dans la profession », reconnaît-elle.

Leila Slimani entourée de policiers
En marge du sacre de Leila Slimani, lauréate du prix Goncourt 2016, les correctrices de l'édition manifestent pour faire valoir leurs droits. (CC BY-SA Actualitté)

Selon une enquête réalisée par une équipe de chercheurs du Centre Études et Prospectives du Groupe Alpha, en 2015, 53,3% des TAD ayant répondu au questionnaire qui leur a été soumis auraient un revenu annuel inférieur à 15 000 euros. Et 70,6% d’entre eux se sont récemment retrouvés sans travail prévu. Si Sylvie a la chance de travailler avec une grande maison parisienne, beaucoup de ses collègues ont subi de plein fouet les effets de la crise dans le secteur, notamment dans les plus petites structures. « Il arrivait que plusieurs semaines se passent sans qu’aucun manuscrit ne leur soit confié », explique-t-elle. « Beaucoup de petites maisons ont dû réduire leurs effectifs ces dernières années. Certaines ont même renoncé à faire appel à des lecteurs-correcteurs et prennent elles-mêmes en charge la correction des manuscrits. ».

L’auto-entrepreneuriat, un coup de grâce

Depuis 2009, date de création du statut d’auto-entrepreneur, les « périodes de creux » sont devenues de plus en plus fréquentes pour les lecteurs-correcteurs les plus précaires. « On peut remercier Monsieur Sarkozy », commente ironiquement Sylvie. En effet, à la faveur de la création de ce régime, la profession a vu déferler les nouveaux entrants. « Auparavant, les correcteurs ne pouvaient être que des diplômés d’État, disposant d’une formation spécifique au métier et d’un statut défini par notre convention collective, explique-t-elle. Désormais, on voit arriver de plus en plus de professeurs de français à la retraite, d’étudiants en lettres … »

Alice (le prénom a été modifié), 31 ans, fait partie de ces nouveaux arrivés qui rompent avec les circuits traditionnels d’accès à la profession de correcteur. La jeune femme a découvert le secteur de l’édition pendant ses études de lettres, alors qu’elle cherchait un petit job d’appoint pour boucler les fins de mois. Le métier lui plaît immédiatement, mais il n’offre aucune perspective d’embauche. Après avoir enchaîné les stages pendant cinq ans, elle finit par accepter de travailler comme auto-entrepreneure pour une maison spécialisée dans les livres scolaires, tout en espérant que cette expérience constitue un « sas d’entrée » dans la maison.

Avant la création du statut, les correcteurs ne pouvaient être que des diplômés d’État.

Une stratégie qui sauve la jeune femme de l’inactivité, mais qui ne fait guère les affaires des correctrices salariées. « Beaucoup de ces nouveaux correcteurs auto-entrepreneurs proposent leurs tarifs, souvent bien plus bas que ceux fixés par la convention qui régit notre statut [environ 15 euros de l’heure, NDLR] », déplore Sylvie. Et même à tarif net égal, en dehors de l’absence de cotisations, les éditeurs qui le souhaitent peuvent réaliser de substantielles économies : là où un salaire leur coûterait plus de 2 500 euros pour une rémunération nette à 1 500 euros, elles peuvent imaginer ne débourser que les 1500 euros en paiement de facture de leur prestataire.

Danièle, correctrice dans la presse et l’édition, en a fait la douloureuse expérience. Il y a quelque temps, une maison spécialisée dans l’édition d’encyclopédies lui a demandé de corriger l’un de ses ouvrages. « Il s’agissait d’un travail sur facture, précise-t-elle, pour lequel la maison m’a proposé un tarif horaire identique à celui perçu par ses salariés. Comme j’aurais dû prendre toutes les charges à mes frais, j’ai logiquement exigé un tarif plus important. Mais je n’ai jamais été recontactée. J’imagine qu’elle a trouvé un autre indépendant qui, lui, a accepté. » En plus de devoir supporter l’ensemble des charges, et de voir reculer son revenu net, Danièle aurait dû également faire avec une protection sociale considérablement amoindrie : affiliés au Régime social des indépendants (RSI), les auto-entrepreneurs ne bénéficient plus de la couverture de l’assurance-chômage en cas de cessation d’activité.

La flexibilité avant tout

« Il ne s’agit en aucun cas de profiter des auto-entrepreneurs pour faire baisser nos coûts », affirme pourtant Caroline Robert, cheffe de fabrication aux éditions La Découverte. C’est elle qui chapeaute la réalisation des livres, du manuscrit à la copie définitive qui sera transmise à l’imprimerie. Sa maison a recours à trois lecteurs-correcteurs, salariés depuis plus de vingt ans. Si elle fait parfois appel à des auto-entrepreneurs, c’est uniquement quand ses correcteurs sont déjà mobilisés sur d’autres manuscrits et ne peuvent libérer du temps pour d’autres travaux de correction. « Cela reste de l’ordre de l’exceptionnel, affirme-t-elle, et uniquement parce que ce statut nous offre beaucoup plus de flexibilité dans la gestion de notre production. »

La flexibilité, un argument également défendu par Pauline Capitini, cheffe de fabrication pour Actes Sud. La prestigieuse maison parisienne, en plus de disposer d’un service interne de lecteurs-correcteurs, emploie quatre correcteurs en TAD. Pour la rentrée littéraire, elle a dû faire appel à un auto-entrepreneur pour pouvoir assurer la correction de tous les manuscrits. « Nous avions six romans français à publier, explique-t-elle. Lorsqu’autant de livres paraissent en même temps, nous faisons appel à quelqu’un d’extérieur. Cela reste occasionnel. »

Des journalistes attendent la remise du prix Goncourt
Si les maisons d'édition véhiculent un imaginaire glamour, la précarité est souvent la norme pour leurs petites mains. (CC BY-SA Actualitté)

Mais pour Sarah Abdelnour, sociologue à l’Université Paris-Dauphine et auteure de l’ouvrage Moi, petite entreprise, la souplesse apportée par le dispositif ne suffit pas à justifier le recours de plus en plus systématique aux auto-entrepreneurs : la logique financière entre aussi – et surtout – en ligne de compte : « Le recours à l’auto-entrepreneuriat est d’abord un moyen, pour beaucoup d’entreprises, de contourner les contraintes des cotisations patronales et du salaire minimum », note-t-elle. « C’est en quelque sorte un retour aux « tâcherons » du XIXe siècle. Les entreprises externalisent les travaux qui ne sont pas rentables à l’intérieur du salariat. »

Le recours aux auto-entrepreneurs sert d’abord à contourner l’obligation d’un salaire minimal

Qui dit travail externalisé dit aussi profession atomisée : « En dehors de la flexibilité et du coût, une partie des avantages qu’ont les entreprises à recourir à des auto-entrepreneurs, c’est aussi d’être face à des individus qui ne sont pas organisés collectivement, poursuit-elle. Ce sont souvent des personnes qui ont recours à ce statut pour « dépanner », ou qui sont en début de carrière et qui, par conséquent, sont très peu exigeantes sur leurs conditions de travail ou de rémunération. Beaucoup sont également d’ex-chômeurs, qui sont très à distance de toute forme de revendication. Ils sont tout simplement soulagés et contents de trouver du travail. Ils peuvent même juger un peu durement les « gens qui se plaignent ». D’ailleurs, il n’est pas rare qu’ils aient un discours critique sur l’organisation collective, même si, au fond, ils préfèreraient être salariés. Ils sont juste résignés sur la possibilité de l’être. »

Cumul de statuts

Pour les plus précaires des correcteurs, le statut d’auto-entrepreneur est ainsi venu s’ajouter au millefeuille de statuts atypiques qui leur était déjà offert comme seule alternative à l’inactivité. Le nombre de TAD cumulant un double statut dépasse aujourd’hui 20%. Pour 36,4% d’entre eux, l’auto-entrepreneuriat est même devenu la source exclusive de revenus. Une situation que les correcteurs partagent désormais avec nombre de professions dites « fragiles ». De soutien occasionnel au pouvoir d’achat, le régime de l’auto-entrepreneuriat est ainsi devenu pour beaucoup le mécanisme d’accès principal à un travail rémunéré. « Quelques-uns vous diront que le statut d’auto-entrepreneur est un choix personnel, qu’ils y gagnent en liberté par exemple », commente Danièle. Mais dans les faits, 96,1% des TAD considèrent le statut d’auto-entrepreneur comme moins avantageux pour eux, toujours selon l’étude du Centre Études et Prospectives du Groupe Alpha.

« Lorsque vous parvenez à peine à vivre avec un tiers-temps ou un quart-temps dans la maison qui vous salarie, vous êtes dans une telle incertitude sur votre avenir que vous ne pouvez pas vous permettre de dire ‘non’ à une maison qui vous propose une facturation plutôt que de vous rémunérer en heures supplémentaires », commente Danièle. Autrefois salariée à plein temps pour un éditeur, Danièle doit désormais jongler avec quatre statuts différents pour parvenir à gagner sa vie. Salariée par une maison d’édition qui lui assure seulement un quart-temps, elle perçoit également des droits d’auteur pour des tâches de « rewriting » confiées par une autre maison, a recours au portage salarial pour une troisième, et accepte ponctuellement des tâches de correction comme auto-entrepreneure.

« Théoriquement, ce statut devrait nous permettre de discuter du tarif avec les éditeurs, explique Danièle, mais comme la concurrence est très forte, la négociation est biaisée d’office » . Que reste-t-il dès lors des avantages à opter pour le statut d’auto-entrepreneur ? Une liberté dont peu déclarent jouir au quotidien.

« Du jour au lendemain, on nous a poussé vers l’indépendance, sans nous demander notre avis », déplore Guillaume, correcteur dans la presse et l’édition. « Au début, ça ne concernait pas grand monde, mais notre profession est en train de basculer progressivement du salariat vers l’auto-entrepreneuriat. » Leur crainte ? Que l’auto-entrepreneur bradant les tarifs devienne la norme. Un risque inhérent au statut et que l’Inspection générale des Finances et l’Inspection générale des Affaires Sociales pointaient déjà du doigt en 2013, quatre ans à peine après la mise en place du dispositif : leur rapport soulignait ainsi un risque élevé pour « des catégories fragiles » de salariés mais aussi pour « des salariés installés » à qui l’employeur peut proposer de recourir au statut d’auto-entrepreneur « par substitution au régime normal des heures supplémentaires. »

Notre profession est en train de basculer progressivement du salariat vers l’auto-entrepreneuriat.

Avant l'auto-entrepreneuriat, les droits d'auteur

Si ce statut concentre aujourd’hui toutes les critiques de la profession, un autre passe régulièrement aux prud’hommes pour être requalifié : celui du paiement en droits d’auteur. Un correcteur n’étant pas créateur, il ne devrait théoriquement pas pouvoir être rémunéré sous ce statut. Aux prud’hommes, les maisons peuvent donc sortir perdantes. En janvier dernier, l’édition juridique Berger-Levrault a été condamnée pour avoir rémunéré en droits d’auteur l’un de ses correcteurs. Celui-ci a obtenu une requalification de son contrat en CDI.

Lorsqu’il s’agit de recours abusif à de l’auto-entrepreneuriat, l’affaire se complique. « Il faut que le plaignant parvienne à démontrer l’existence d’un lien de subordination juridique, afin de prouver que l’exercice en tant qu’indépendant relève du salariat dissimulé. Et c’est très complexe », commente Sylvie. À cette complication juridique s’ajoutent la lenteur des procédures et leur coût. Deux inconvénients qui, selon la sociologue Sarah Abdelnour, découragent nombre d’auto-entrepreneurs pourtant désireux de faire valoir leurs droits. Résultat : un nombre d’affaires portées devant la juridiction encore faible, et très peu de demandes de requalification ayant abouti.

L’espoir renaît pourtant pour la profession. Après deux ans de débats houleux avec le Syndicat National de l’Édition, les syndicats de correcteurs ont obtenu le 26 octobre dernier la reprise des discussions concernant la réforme de l’Annexe IV de la Convention nationale de l’édition, qui fixe le statut des TAD. Selon le site Actualitté, employeurs et salariés discutent notamment d’une clause relative à la baisse d’activité, qui permettra de « limiter les pertes de salaire pour les travailleurs à domicile ». Un entretien annuel entre employeurs et TAD pourrait également être mis en place afin « d’évoquer la formation, le temps de travail, la variation d’activité ou encore la disponibilité du correcteur. » Si Danièle et Sylvie jugent que cette réforme va dans le bon sens, elles craignent que cela ne suffise pas à endiguer définitivement le recours aux auto-entrepreneurs. « Il n’y a encore aucune garantie sur le choix du contrat par l’employeur, note Danièle. Si on lui laisse le choix, il continuera de privilégier les auto-entrepreneurs plutôt que de recourir à ses TAD. »

— Journaliste

J’ai commencé par lire de belles histoires, avant de vouloir les comparer avec la réalité. Lorsque j’ai découvert que le réel rattrapait souvent la fiction, j’ai voulu le fixer sur le papier. Depuis, j’essaye de mettre ma plume au service des causes qui m’importent : la justice sociale, le féminisme et l’avenir du travail.

La Fabrique de l'info

Rien de plus anodin en apparence qu’une lettre majuscule, me direz-vous. Mais pour un être aussi brillant que Gustave Flaubert, cette simple lettre revêtait une importance… capitale. Que serait Emma Bovary sans ce « Madame » par lequel son créateur a choisi de la désigner ? Derrière une simple majuscule posée dans un titre, c’est tout le drame d’Emma que Flaubert a souhaité signifier :  la pesanteur morne de la condition bourgeoise, l’étau mortifère de son mariage avec Charles… Ce « M » majuscule est un exemple parmi tant d’autres des extraordinaires subtilités que recèle notre langue. Des subtilités que les correctrices des maisons d’édition, petites mains en dialogue étroit avec les auteurs, maîtrisent parfaitement. J’aime à penser qu’elles sont la mémoire vivante de notre patrimoine linguistique.

Pourtant, leur profession subit à son tour les méfaits de l’uberisation. Le patrimoine qu’elles préservent est menacé par la possibilité que tout un chacun puisse désormais se revendiquer « correcteur ». Surtout, leurs droits sont remis en cause par l’auto-entrepreneuriat, nouvelle forme d’activité en marge du salariat. Le sort des correctrices nous interroge aussi sur le précarisation croissante des professions dites « intellectuelles » : j’ai voulu comprendre comment notre société en était venue à accepter l’idée que des femmes surdiplômées, détentrices d’un capital culturel inestimable, puissent être réduites à l’état de quasi-misère sociale.

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