Martin Bouygues, fausse mort mais vraie boulette

De Facebook à BFMTV, de Google News aux applications mobiles pour écouter la radio, nous sommes aujourd’hui submergés d’information. Pour faire le tri, des sources de référence comme l’AFP constituent de précieux repères. Très fiables, ces agences ne sont pour autant pas infaillibles. En février 2015, le grand public a pu l’observer avec l’annonce de la mort de Martin Bouygues par l’agence de presse la plus utilisée en France. Bien vivant, l’intéressé a démenti, ce qui n’a pas empêché la nouvelle de faire le tour des réseaux sociaux et des médias. Quand réactivité et immédiateté se confondent, gare aux dérapages incontrôlés.

par Thomas Deszpot
3 min
Portrait de Martin Bouygues avec un nez rouge de clown.
La mort de Martin Bouygues n'était pas un poisson d'avril, sans pour autant se révéler véridique. (Illustration CC BY-SA Isabelle Franciosa)

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Le 28 février 2015, la prestigieuse Agence France Presse annonce la mort de Martin Bouygues. Immédiatement, les médias de tous horizons s’emparent de la nouvelle et la relaient en masse, tandis que les réseaux sociaux s’émeuvent… Le chef d’entreprise va pourtant ressusciter sans tarder : l’AFP s’excuse moins d’une heure après la publication et reconnaît une grave erreur. Comment une telle diffusion a-t-elle pu avoir lieu si rapidement ? Pour y voir plus clair, L’imprévu a interrogé Rémy Rieffel, sociologue des médias et enseignant à l’université Paris II. Dans un monde hyperconnecté, l’ampleur prise par cette bourde lui semble inévitable.

Deux responsables de l’AFP ont démissionné suite à cet incident. Diffuser une fausse information, est-ce à ce point inacceptable ?

Je pense qu’en effet, une telle erreur est difficilement supportable. Elle met en cause la crédibilité de l’agence, qui diffuse d’abord ses informations auprès des autres médias. Cette mission l’oblige à se montrer encore plus objective, recouper des éléments devient essentiel. Ce dérapage ne remet que ponctuellement en cause votre légitimité, ça a des conséquences à court terme, mais on passe rapidement à autre chose. On n’a d’ailleurs pas observé de conséquences dramatiques à l’époque. Si ça se reproduisait par contre…

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— Journaliste

J’ai commencé à lire sur des boîtes de céréales, à écrire sur les pages à gros carreaux d’un cahier mal tenu. Une fois les mots apprivoisés, j’ai voulu les partager : quelques années plus tard, ils sont devenus mon métier.

La Fabrique de l'info

En tant que journaliste, j’ai souvent travaillé avec l’AFP. Si l’on remarque parfois de petites fautes d’orthographe qui se glissent au fil des dépêches, une erreur factuelle relève de l’exception, tant la rigueur des informations partagée s’impose au lecteur. Lorsque la mort de Martin Bouygues a été annoncée puis démentie, j’ai immédiatement eu une pensée pour celui ou celle qui a été à l’origine de cette boulette. La démission de deux responsables de l’agence ne m’a pas surpris, surtout au sein d’une entreprise qui a bâti sa réputation sur sa fiabilité et son professionnalisme. En interrogeant Rémy Rieffel, j’ai souhaité aborder des questions qui me semblaient centrales dans notre société : la multiplication des sources d’informations, des réseaux sociaux, ainsi que le rapport qu’entretiennent les citoyens aux médias. Nul doute que « l’affaire Martin Bouygues » fera office de jurisprudence, incitant les agences de presse à une vigilance de tous les instants. Dans une ère où les « fake news » prennent une place non négligeable, cette exemplarité se révèle plus que jamais indispensable.

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