Dans la Meuse, la révolution TGV n’a pas eu lieu

Capable de relier Paris à Strasbourg en moins de deux heures, le TGV Est a soufflé sa dixième bougie le 17 juin dernier. Entre deux pointes de vitesse à plus de 300 km/h, les trains font escale dans la Meuse, dans une gare toute neuve bâtie au coeur des champs. Chez les élus locaux, cette nouvelle desserte a fait naître de grands espoirs de développement, une petite révolution dans un territoire rural en manque d’attractivité. Une décennie après son lancement, promesse tenue ? L’Imprévu a embarqué direction Bar-le-Duc pour se faire son idée.

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Le quai de la gare Meuse TGV.
Meuse TGV, destination champêtre. (Photo CC BY-SA Islam Abdelouali)

« Prochain arrêt : Meuse TGV voie sacrée ». Le train ralentit, puis s’immobilise. Il a quitté Paris-Est une heure auparavant. Son terminus : Remiremont, au coeur des Vosges. Quelques voyageurs descendent des wagons. Ils s’engouffrent dans le passage souterrain pour traverser les quatre voies qui les séparent de la gare, grand bâtiment en bois. Un savant ballet se met en place, où chacun suit ses habitudes : certains montent dans une navette, direction Commercy, Verdun ou Bar-le-Duc, d’autres cherchent leur voiture sur le parking gigantesque. Après quelques minutes d’arrêt, le train est déjà reparti, dans un bruit strident, faisant grincer les rails. Puis, le silence s’installe. Autour de la gare, le paysage ressemble à un tableau de Van Gogh. Des champs à perte de vue et pas âme qui vive. Seul le chant des oiseaux perturbe le calme ambiant. « Je me suis senti tout seul la première fois que je suis arrivé ici », glisse Alexandre, un voyageur, à la sortie de son wagon.

Nous voilà dans la Meuse. Ce département lorrain, rural et relativement méconnu, est l’un des rares dans l’Hexagone à se vider de sa population. Un territoire agricole, peu attractif, malgré le charme de ses paysages et la renommée de sa ville phare (également la plus peuplée) : Verdun. Chaque année, plusieurs centaines de milliers de touristes y font escale, dynamisant cette cité de 19 600 habitants. Plus au sud, à une cinquantaine de kilomètres de là, se trouve Bar-le-Duc. Préfecture de la Meuse, elle pourrait ressembler à n’importe quelle ville provinciale, avec son centre historique et ses quelques rues commerçantes. Ici pourtant, les nouvelles têtes se font rares : « Je pense que les gens se sauvent de Bar-le-Duc ! On y vient juste pour voir la famille », affirme Claude, propriétaire d’un tabac-presse.

Une stèle permet de situer la gare Meuse TGV sur la carte du département.
La Meuse s'est battue pour obtenir sa gare TGV, située à distance raisonnable de ses principales villes. (Photo CC BY-SA Armelle Desmaison)

La Meuse prend le TGV en marche

Comment faire exister la Meuse sur la carte de France ? Cette question, les politiques locaux se la posent depuis des décennies. Dans les années 1980, une formidable opportunité s’est offerte à eux. À l’époque, l’idée d’une ligne de train à grande vitesse reliant Paris à Strasbourg, et traversant le Grand Est, fait en effet son chemin.

C’est un peu l’Arlésienne. 10 ans de promesses puis de revirements ont repoussé sa réalisation

« C’est un peu l’Arlésienne. 10 ans de promesses puis de revirements ont repoussé sa réalisation. » Voilà comment débute, en 1998, un reportage diffusé par France 2, alors que le projet se concrétise enfin, après une longue période de concertation. Déclaré d’utilité publique en 1996, le premier tronçon de la LGV, allant de Vaires-sur-Marne (77) à Baudrecourt (57), est mis en service en juin 2007. « Une véritable prouesse » aux yeux de François Fillon, encore chef du gouvernement. « Strasbourg à à peu près deux heures de Paris, c’était un rêve. Il a été réalisé ». Le second tronçon, étendu jusqu’à Strasbourg, a, lui, été inauguré en 2016. 406 km de rails qui ont coûté cher, environ 5 milliards d’euros.

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— Journaliste

J’ai mis du temps à découvrir que les remarques telles que « curieuse » et « pose beaucoup de questions », laissées par les instituteurs sur mes cahiers d’appréciations, constituaient un indice sur mon futur métier. Aujourd’hui, je prends du temps pour comprendre ce qui se passe autour de moi, l’analyser, le partager, avec un penchant pour les sujets de société et les progrès technologiques.

— Journaliste

Découvrir. C’est sûrement mon maître mot. J’aime aller à la rencontre des individus et de leur société, comprendre leur fonctionnement, décortiquer jusqu’à trouver le pourquoi du comment pour pouvoir par la suite le partager. Que pouvais-je faire d’autre que du journalisme ?

La Fabrique de l'info

Islam Abdelouali :
La grande vitesse m’était inconnue avant de venir en France. Chez moi, au Maroc, une première ligne grande vitesse est pourtant censée voir le jour en 2018, avec un TGV reliant Tanger à Casablanca. Qui va vraiment en profiter ? À quels changement s’attendre sur ce territoire ? En attendant de pouvoir répondre à ces questions, j’ai souhaité revenir sur le lancement du TGV Est, que je connaissais déjà en tant que voyageuse. Avec ma collègue Armelle, nous sommes parties à l’aventure du côté de la Meuse, curieuses de savoir si le TGV avait apporté la touche de développement tant espérée dans la région.

Armelle Desmaison :
Lorsque j’ai pris mon billet de train pour Bordeaux le mois dernier, le prix avait doublé, voire triplé. Les deux heures que je gagnais sur mon trajet coûtaient très cher. Étais-je en train de faire face à ce que tout le monde nommait « l’effet TGV » ? Celui-ci allait-il toucher seulement à mon portefeuille ? Aller toujours plus vite pour optimiser le temps, mais au détriment de quoi ? Pour trouver des réponses, j’ai décidé de me pencher sur la ligne grande vitesse Est, symbole de la course contre la montre et âgée de dix ans. Sur ces rails, le TGV avait atteint un pic de vitesse de 574 km/h, sous les yeux ébahis de la France. J’ai donc pris le train pour voir de mes propres yeux ce qui pourrait se passer dans ma région natale, même si le contexte et les dynamiques économiques sont différentes.

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