Prothèses PIP : à quel sein se vouer ?

En 2010, le scandale sanitaire PIP éclate en France. Du jour au lendemain, 30 000 femmes découvrent qu’elles portent des prothèses mammaires défectueuses. Pour 80% d’entre elles, il s’agit d’opérations à visée esthétique. Une quête de la féminité à tout prix qui interroge les ressorts d’une industrie avec l’apparence comme fonds de commerce.

par Léa Esmery
8 min
Un buste de femme en marbre blanc tournant la tête
Cette quête de l’esthétisation montre que le corps féminin ne peut se suffire à lui-même. (CC BY Son of Groucho-2)

« J’ai découvert la dangerosité du gel PIP à la télévision », se souvient Alexandra Blachère. Cette Bisontine de 39 ans ne supportait plus l’aspect « tombant » de sa poitrine dû à ses trois grossesses. Après plusieurs années d’économies, elle saute le pas en 2008. « C’est mon chirurgien qui a choisi la marque de mes implants. Je lui ai fait confiance car j’étais loin de m’imaginer qu’ils pouvaient être dangereux pour la santé ». Le fabricant ? Poly Implant Prothèse ou PIP.

« Il ne s’agissait pas de faire comme Loana, d’avoir des ‘gros lolos’. Je voulais juste retrouver ma féminité ». Alertée par les informations télévisées, Alexandra découvre du jour au lendemain la dangerosité de ses implants. Suspendus du marché, inutilisables par les professionnels, reste qu’ils siègent dans le thorax de 30 000 femmes.

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— Journaliste

J’ai toujours adoré lire, du plus loin que je me souvienne. Je dirais que c’est ce goût pour les histoires bien tournées, les récits de parcours singuliers qui ont forgé cette envie, profondément ancrée de devenir, un jour, journaliste. S’interroger sur les transformations qui traversent notre société semblait donc être une suite logique.

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En tant que jeune femme, je me suis toujours sentie plus concernée que les garçons par les jugements esthétiques. La poitrine figure au premier rang de ceux-ci. Quand l’affaire PIP a éclaté en 2010, les médias ont publié bon nombre de témoignages de victimes. J’ai alors découvert que la pose d’implants concernait en grande majorité des jeunes femmes et des mères qui cherchaient à corriger un défaut, plus qu’à « gonfler » leur plastique. Les prothèses, disaient-elles, leur donnaient l’impression de retrouver leur féminité après être passées par la case « maman ». PIP, – plus qu’un scandale sanitaire -, soulève une question qui est, selon moi, centrale dans les rapports sociaux actuels : la femme est-elle vouée à n’être qu’un objet de désir ?

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