Roissy, du sacrifice local au rayonnement mondial

Quand l’aéroport de Roissy sort de terre en 1973, l’avenir s’annonce radieux : promesses de travail, développement du territoire, maillage avec la capitale toute proche. 40 ans plus tard, les communes limitrophes tirent un bilan mitigé, entre nuisances sonores et impact modéré sur l’emploi. Dans le Nord-Est parisien, une partie des espoirs semblent s’être envolés.

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Trois personnes observent un avion derrière la vitre d'un terminal.
Roissy a accompagné le développement du secteur aérien en France. (Illustration CC BY-SA Mathieu Marquer)

« Si je suis venue m’installer à Vaudherland (Val d’Oise), c’est pour la tranquillité. » Séverine Geslak-Pichet n’en démord pas : elle est bien plus au calme ici que lorsqu’elle vivait en appartement. « J’avais des voisins qui passaient leur temps à courir au-dessus de ma tête. Ce n’était plus supportable », peste cette préparatrice de commande de 43 ans.

Pourtant, on ne pourrait pas vraiment qualifier ses nouveaux voisins de discrets. Toutes les deux minutes, à quelques centaines de mètres de sa maison, un avion en provenance de Roissy fend le ciel, avec un bruit assourdissant. « Ça fait un an et demi que je suis ici et, honnêtement, les avions, je ne les entends plus », poursuit-elle, avant de se faire couper la parole par un mastodonte dont on pourrait facilement compter le nombre de hublots à l’œil nu.

C’est compliqué de dire aux Chinois qu’il faut atterrir à Strasbourg

La situation n’a pas toujours été celle-ci pour les habitants de ce coin plutôt champêtre, au nord-est de Paris. À la fin des années 1960, l’aéroport Roissy Charles de Gaulle n’était pas encore sorti de terre et celui du Bourget – à proximité –, restait modeste. Mais quand l’aéroport d’Orly, au sud de la Capitale, a commencé à saturer, il a fallu réfléchir à de nouvelles infrastructures. Histoire d’anticiper la croissance du marché aérien : parmi les 82 millions de visiteurs qui foulent notre sol chaque année, une grande partie souhaite découvrir Paris. « C’est compliqué de dire aux Chinois qu’il faut atterrir à Strasbourg », illustre Victor Haïm, le président de l’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (Acnusa).

Vue aérienne de l'aéroport
Roissy est aujourd'hui (de loin) le premier aéroport français. (Illustration CC BY-SA Dmitry Avdeev)

De grenier à blé à aéroport international

Agrandir Orly ? L’hypothèse a bien été envisagée, mais vite écartée : « On sentait bien qu’on arrivait aux limites », reconnaît François Charritat, représentant de Paris Aéroports, la société qui exploite les aéroports franciliens, et directeur de la maison de l’environnement de Roissy. « Le territoire était déjà bien habité aux alentours. » Une situation encore plus critique du côté du Bourget, très proche de Paris. Si la région de Roissy-en-France s’est vite imposée pour implanter un nouvel aéroport, elle le doit donc beaucoup à sa faible densité de population. Terre agricole, elle faisait partie du « grenier à blé de l’Île-de-France ».

Il n’y avait que trois propriétaires à convaincre

Jacqueline Lorthiois a suivi de près ces prises de décisions, elle qui travaillait en 1973 à la direction départementale de l’équipement (DDE) du Val d’Oise : « Je me souviens parfaitement des arguments du chargé de mission d’Aéroports de Paris [l’ancien nom de Paris Aéroports] », assure-t-elle, « avec ses collègues, ils cherchaient un terrain immense et cela tombait bien, car les exploitations agricoles à cet endroit étaient gigantesques. Pour récupérer ces 2 900 hectares, il n’y avait que trois propriétaires à convaincre, et donc seulement trois actes juridiques à réaliser ! » Une aubaine : « D’habitude, c’est très compliqué », fait remarquer celle qui est devenue, par la suite, urbaniste et socio-économiste.

Un A320 roule sur une piste de Roissy
Les avions modernes sont beaucoup moins bruyants que ceux d'autrefois. (Illustration CC BY-SA Mathieu Marquer)

« Quand on a créé Roissy, on a pensé que c’était l’aéroport de l’an 2000 », retrace François Charritat. « On en avait une vision un peu futuriste », poursuit-t-il, « l’idée, c’était de se préparer à une expansion importante du transport aérien. Ce qui s’est d’ailleurs observé au fil des années. » En ligne de mire, capitaliser sur « l’image de ville lumière, avec le projet de développer un pôle économique majeur autour de Paris. »

Démolitions en bout de piste

Sauf que ce pôle économique majeur ne s’est pas constitué sans dommages collatéraux. L’une de ses premières victimes se prénomme Goussainville Vieux-Pays. Le village, situé en bout de pistes, est survolé par les avions à basse altitude à une cadence presque mécanique. Peu après la construction de l’aéroport, au début des années 1970, sa proximité immédiate avec Roissy a même poussé la société Aéroports de Paris (ADP) à tenter de racheter une partie de ses maisons. L’ambition ? Leur démolition pure et simple. Petit à petit, Goussainville Vieux-Pays est devenu emblématique de l’impact des nuisances qu’a occasionné la construction de Charles-De-Gaulle.

Racheter les maisons au double, voire au triple du prix du marché

« À l’époque, ils nous ont invité dans la salle des fêtes et ont fait passer dans les baffles les bruits des réacteurs en nous disant : ‘Voilà ce que vous allez entendre toute la journée’, avant de proposer de racheter les maisons au double, voire au triple du prix du marché », se remémore Philippe Vieillard, président d’honneur de l’association de défense et de sauvegarde du Vieux-Pays. Contre les murs de sa maison, il n’a pas hésité à réclamer la modique somme d’un milliard de francs à ADP. « Comme ça j’étais sûr de ne pas partir », confie-t-il, goguenard.

En tout, Aéroports de Paris parvient à racheter 80 habitations sur les 160 que compte la zone de bruit intense. Problème : la présence d’une église romane classée aux Monuments Historiques au coeur de Goussainville Vieux-Pays rend toute démolition impossible. Les maisons sont alors progressivement murées, afin d’éviter les dégradations. En 2009, changement de programme, la mairie de Goussainville les rachète à ADP pour un euro symbolique, et se voit verser, par le même groupe, une aide financière de 2,3 millions d’euros pour la réhabilitation de ce quartier. De quoi concrétiser son ambition de faire revivre le bourg. Les projets se sont depuis succédé : village du livre, village dédié aux sourds et muets, village de l’artisanat, mais aucun n’a pu être mené à terme.

Ainsi, si l’église classée a bien été réhabilitée, pour le reste, les choses sont restées en l’état. La nature a repris ses droits, grignotant peu à peu les façades. Les graffeurs viennent apposer leur signature sur le béton défraîchi, et les curieux se faire peur, dans cette localité qui, suite aux nombreux articles de presse sur le sujet, s’est vu affublée du triste surnom de « village fantôme ».

À Goussainville Vieux-Pays, les habitations murées laissent penser que le temps s'est arrêté. (Illustration CC-BY-NC-SA Thomas Deszpot)
À Goussainville Vieux-Pays, les habitations murées laissent penser que le temps s'est arrêté. (Illustration CC-BY-NC-SA Thomas Deszpot)

Un envol en demi-teinte

Pourtant, le projet d’aéroport devait avoir un impact positif. Si dans un premier temps, au début des années 1970, les élus locaux se sont montrés peu enclins à accueillir l’infrastructure, l’argument économique a fini par les convaincre. « Le rapport Lachaize, du nom de son préfet rédacteur, promet 70 000 emplois sur le pôle en 1975 », relatait Jacqueline Lorthiois dans un article, il y a quelques années.

La zone agricole des années 1960 s’est ainsi transformée et urbanisée à vitesse grand V, modifiant les contours du paysage et le visage de ces territoires. Une envolée démographique est facile à observer : des villes limitrophes à Roissy, telles que Tremblay-en-France et Goussainville, ont vu leur population doubler entre les recensements de 1968 et 2014, dépassant aujourd’hui les 30 000 habitants. Un peu plus au nord, dans la petite ville de Louvres, on compte aujourd’hui 10 136 résidents, trois fois plus qu’il y a 50 ans en arrière. Un vrai défi pour la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), chargée de définir les couloirs aériens, puisque cette densification oblige les avions à survoler des zones de plus en plus urbanisées.

Les mutations observées dans le périmètre de Roissy s’expliquent en partie par la naissance progressive d’un vaste pôle d’activité. L’aéroport génère 85 000 emplois directs, un chiffre qui le place loin devant Orly (environ 25 000) et qui a progressé depuis 1995 : on recensait à l’époque 45 000 salariés sur le site.

L’aéroport de Roissy, ce sont seulement 200 métiers

Néanmoins, l’impact sur l’emploi laisse l’urbaniste et socio-économiste Jacqueline Lorthiois perplexe : « L’aéroport de Roissy, ce sont seulement 200 métiers, ce qui démontre une très grande spécialisation. Dites-vous bien que Pôle emploi recense 10 000 métiers au total. Forcément, les chances que cela corresponde à la main d’oeuvre locale sont très faibles. » Conséquence de cette situation, elle note la création d’une « aire d’influence diffuse gigantesque », qui s’étend jusqu’aux Hauts-de-France. Pour la main-d’oeuvre qualifiée, « Roissy constitue un véritable repoussoir dans son périmètre de proximité. Les cadres préfèrent s’installer dans un environnement plus accueillant », dans l’Oise notamment.

Un avion s'avance sur une piste de Roissy.
À Roissy, on compte environ 1 500 mouvements d'avions chaque jour. (Illustration CC BY-SA Eric Salard)

Prolixe lorsqu’il s’agit d’évoquer ce qu’elle qualifie de « mystification », l’intéressée regrette que « seules des populations pauvres et de faible niveau de qualification habitent à proximité de l’aéroport ». Si Roissy Charles-de-Gaulle est devenu un hub incontournable dans la gestion des flux de personnes et de marchandises, plébiscité par Air France et FedEx, la spécialiste estime que « ce pôle ultra-spécialisé » ne pourra jamais devenir « une source d’emplois de proximité ».

Paris a exporté toutes ses nuisances

Incontournable dans le paysage économique local, l’aéroport ne constitue pas l’unique réponse à la quête de développement des municipalités voisines. Jacqueline Lorthiois estime d’ailleurs que le bénéfice qu’elles en retirent s’avère minime. « Paris est une très belle ville, mais elle a exporté toutes ses nuisances, que ce soit ses ordures ou ses cimetières », lance-t-elle.

Oreilles sensibles, s’abstenir

Si un point cristallise les tensions aujourd’hui, ce sont bien les nuisances sonores. « Quand Roissy a été implanté sur ces terres auparavant agricoles, les gens ne s’attendaient pas à de telles nuisances. D’autant qu’elles sont particulièrement étendues et ne se confinent pas aux villes jouxtant l’aéroport », indique Françoise Brochot, présidente de l’association de défense contre les nuisances aériennes (ADVOCNAR). Ainsi, des zones situées à plus de vingt kilomètres de l’aéroport sont concernées. « Que ce soit à Conflans-Saint-Honorine, Cergy-Pontoise ou Montmorency, le bruit des avions se fait entendre. D’autant plus que la zone est calme, alors par contraste cela s’entend encore davantage », poursuit la présidente de l’association.

Le bruit, j’ai toujours vécu avec

Le calme. Voilà un luxe auquel Jean-Jacques Carpentier n’a pas goûté depuis plusieurs années. Propriétaire du poney club de Goussainville Vieux-Village, il vit dans un mobil-home installé sur son lieu de travail. Le survol des avions est quotidien, pourtant, à l’entendre, les nuisances sonores ne semblent pas dérangeantes. « Lorsque je suis parti à Trouville, je me suis réveillé la nuit en me disant qu’il manquait quelque chose. Le bruit, j’ai toujours vécu avec. Avant il y avait Le Bourget, alors même si le trafic n’était pas le même, on avait quand même des avions qui passaient au-dessus de nos têtes », se remémore ce natif de Goussainville.

L’aéroport Roissy Charles de Gaulle ? Il reconnaît qu’il s’en serait bien passé. Pour lui, il est la cause des maux qui ont vidé le Vieux-Village ces dernières années. « Avant il y avait une boulangerie, deux épiceries, un café, une boucherie. C’était un vrai village. Avec l’aéroport et les nuisances, les gens sont partis et tout a fermé. Et puis l’aéroport a aussi ramené du trafic automobile. Je n’aime pas trop dire ça, mais je préférais avant », finit par lâcher le quinquagénaire.

Un avion survole une maison proche de Roissy
Dans les communes proches de Roissy, les avions passent très près des maisons. (Illustration CC BY-NC-SA Thomas Deszpot)

Des observations que prennent en compte les acteurs de l’aéronautique, pour qui la prévention des nuisances est devenue une préoccupation majeure. « Partout dans le monde, on observe une volonté de les réduire fortement », note le président de l’Autorité de Contrôle des Nuisances Aéroportuaires, Victor Haïm. Il cite notamment Airbus, « qui dépense deux milliards d’euros par an pour la réduction des émissions sonores ». Indépendante, l’Acnusa formule de nombreuses recommandations. Au fil des ans, l’autorité a obtenu que les aéronefs les plus anciens – et donc généralement les plus bruyants –, soient interdits la nuit. Une petite victoire qui en appelle d’autres ? « Nous voudrions qu’une loi soit votée pour que les informations sur les nuisances soient transmises aux gens qui viendraient s’installer », détaille Victor Haïm, « comme pour le diagnostic énergétique ».

Selon le président de l’Acnusa « l’indice IGMP [mesurant le niveau de bruit autour des aéroports, NDLR], montre qu’en presque 20 ans à Roissy, nous sommes passés de 100 à 72. C’est une réduction significative malgré l’augmentation du trafic. » Un constat que partage Philippe Vieillard, du Vieux-Pays de Goussainville : « Aux débuts de l’aéroport, il y avait encore les Caravelle ou les Boeing 707. Ils étaient excessivement bruyants. Et en plus de cela, ils brouillaient la télé et le téléphone. Aujourd’hui, je ne vais pas dire que je ne les entends pas du tout, mais disons qu’il se font plus discrets qu’à cette époque. »

À chaque passage d’un avion, le rythme cardiaque augmente

Pourtant pour Françoise Brochot, même si l’on estime se faire au bruit ambiant, vivre sous les Boeing et autres Airbus, n’est pas sans conséquence sur le corps. « Certains ne sont pas gênés par le bruit, mais il existe tout de même des réactions cardiovasculaires dont ils n’ont pas forcément conscience », souligne la présidente de l’ADVOCNAR. « À chaque passage d’un avion, le rythme cardiaque augmente. Le sommeil n’est pas non plus aussi réparateur que lorsque l’on dort dans un environnement calme ».


Coup de pouce aux portefeuilles

Affirmer que les communes avoisinant Roissy ne récoltent que du bruit serait cependant réducteur. Car elles collectent chaque année diverses taxes liées à la présence de l’aéroport, notamment « une taxe foncière de la part d’ADP, lorsqu’elles ont sur leur sol des bâtiments qui appartiennent au groupe », détaille Jean-Louis Parodi, directeur des affaires financières de Roissy-en-France. Mais aussi « la taxe de séjour des différents hôtels qui sont implantés sur leur territoire. Tout cela représente environ 26% du budget de la commune. »

La communauté d’agglomérations Roissy-Pays-de-France, qui regroupe les 42 municipalités situées autour de la plateforme aéroportuaire Roissy-Charles-de-Gaulle, perçoit, quant à elle, la contribution économique territoriale, qui comprend la cotisation foncière des entreprises (ancienne taxe professionnelle) – 84,6 millions d’euros selon le budget primitif 2016 –, et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), une manne de 32 millions d’euros.

Des apports financiers non négligeables qui permettent à ces villes et villages de pouvoir développer davantage de services de proximité pour leurs administrés (places de crèche, périscolaire, aide aux associations, etc).

Le low-cost a brisé un certain nombre de clivages sociaux

Même si, au-dessus de leur tête, volent de bien bruyants coucous, nombre d’habitants sont finalement prêts à en faire abstraction. Roissy Charles-de-Gaulle a connu « des opposants farouches », admet sans mal François Charritat, représentant de Paris Aéroports. Il estime toutefois que la contestation s’est progressivement amoindrie : « L’arrivée du low-cost a modifié la donne, elle a brisé un certain nombre de clivages sociaux. » À ses yeux, les anti-aéroport se montrent aujourd’hui moins virulents.

Un terminal de Roissy où attendent des voyageurs
L'aéroport a bouleversé le visage de ces anciennes terres agricoles. (illustration CC BY-SA Eric Salard)

« Dans ce secteur pavillonnaire à 88 %, les familles viennent chercher le confort d’une maison, après avoir vécu pendant quelque temps en appartement », détaille Daniel Cascarino, agent immobilier à Goussainville. « Le bruit des avions n’est finalement qu’un argument pour pouvoir négocier un peu à la baisse le prix d’achat. En emménageant sur le secteur, les gens savent qu’ils sont à proximité d’un aéroport, et qu’ils ne vivront pas dans le silence absolu », poursuit-il.

Salvatore Magistro n’a, par exemple, pas connu l’avant-Roissy. Quand ce chef de produit chez Canon France s’est installé au Vieux-Village en 1993, l’aéroport existait déjà. « Cela ne nous a pas du tout freiné. On ne s’est pas posé la question. Et puis les avions parfois ça peut être utile. Par exemple, le Concorde passait toujours à 11h20. C’était le top départ pour aller chercher les enfants à l’école », s’amuse celui qui veut aujourd’hui quitter le Vieux-Pays. « Mais pas à cause des avions, juste parce que la maison est devenue trop grande pour nous maintenant que les enfants sont partis », tient-il à préciser. Le couple ne cherche pas à s’aventurer bien loin, puisqu’il compte s’installer au Thillay, une ville située à seulement trois kilomètres des pistes.

Jean-Claude Carpentier, le propriétaire du poney-club, n’a pas non plus l’ambition de quitter les hauteurs du bourg. Il se réjouit même de l’engouement que peut susciter le Vieux-Village. « Beaucoup de jeunes aimeraient revenir s’y installer. Malheureusement, les biens à vendre ne sont pas nombreux et acquérir une maison murée semble bien compliqué. » Depuis quelques années, on note effectivement une augmentation de la population du bourg. Passé de 1 000 habitants à 300 dans les années 1970, il compte aujourd’hui 350 âmes, bien décidées à faire mentir les camouflets de village à l’agonie.

— Journaliste indépendante

Journaliste passionnée par le terrain, je recherche avant tout les histoires humaines. Tenter de raconter par le menu le quotidien de ceux en marge de l’actualité brûlante. Mes racines sont picardes mais je noircis mes carnets dans toute la France et parfois même ailleurs. Avec, toutefois, un tropisme pour le monde rural et ouvrier. Les banlieues ne sont jamais fort loin non plus. Si je chéris le papier, mes infidélités pour le web lui sont de plus en plus nombreuses. Mais toujours pour de bonnes raisons.

— Journaliste

J’ai commencé à lire sur des boîtes de céréales, à écrire sur les pages à gros carreaux d’un cahier mal tenu. Une fois les mots apprivoisés, j’ai voulu les partager : quelques années plus tard, ils sont devenus mon métier.

La Fabrique de l'info

Clémence Leleu : C’est en m’égarant pour trouver une station-service que je suis tombée nez à nez avec Goussainville Vieux-Village. J’ai voulu comprendre pourquoi quelques maisons du village étaient murées et surtout, comment l’on vivait lorsque sa maison était située à proximité des pistes de Roissy. Un seul regret cependant : que la municipalité de Goussainville ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet du Vieux-Village. Les projets de restauration, les habitants qui s’y réinstallent, le trafic aérien soutenu… Tout ceci est ce qui fait la particularité de ce bourg, qui n’a sans doute pas fini de surprendre les visiteurs.

Thomas Deszpot : Avec ses kilomètres de couloirs, ses terminaux indénombrables et ses décollages en continu tout au long de la journée, Roissy ressemble à une véritable fourmilière. L’aéroport, devenu une porte d’entrée incontournable sur le monde, n’en reste pas moins relié au territoire sur lequel il est implanté. À l’heure où des projets de grande envergure tels que Notre-Dame-des-Landes divisent l’opinion, j’ai eu envie de mieux comprendre comment de vastes terres agricoles avaient vécu une mutation majeure, accueillant en l’espace de quelques années l’un des plus grands aéroports mondiaux.

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