« Salle de shoot » : après un an, Paris réussit ?

Ni prévenir, ni guérir, mais proposer un lieu pour consommer de la drogue en toute sécurité. C’est le concept des « salles de shoot », officiellement salles de consommation à moindre risque, des espaces qui fleurissent un peu partout en Europe depuis une trentaine d’années. En France, il a fallu attendre octobre 2016 pour qu’un tel dispositif voie le jour, non sans susciter polémiques et scepticisme. Après tout, quel intérêt à « aider » les consommateurs à se droguer ? Un an plus tard, début de réponse…

par Zoé Baillet
4 min
Un usager de drogue en train de se piquer
Un an après l'ouverture de la première salle de shoot à Paris, quel bilan ? (Illustration CC BY SA Urban Seed Education)

On la connaît surtout sous le nom de « salle de shoot ». Le 17 octobre 2016, la première salle de consommation à moindre risque (SCMR) ouvrait ses portes à Paris, à côté de la gare du Nord. Loin de faire l’unanimité, l’espace devait permettre d’améliorer la santé des uns et la tranquillité des autres. Un an plus tard, les premiers résultats se font-ils ressentir ? Chef de service du Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD) de Gaïa Paris, l’association qui gère la salle jour après jour, José Matos dresse le bilan.

Voilà un an que la salle de consommation a vu le jour. Comment s’est passée cette première année ? 

Cette salle, nous l’attendions depuis longtemps. Avec l’association, nous sommes présents dans le secteur de la gare du Nord depuis plus de dix ans. Ce lieu constitue certainement la plus grosse scène d’usage de drogues injectées de France. Nous rencontrons environ 2 300 personnes différentes chaque année. Beaucoup d’entre elles se trouvent dans une situation de très grande précarité : elles vivent dans la rue, dans des squats, n’ont plus de carte d’identité, plus de couverture maladie… Du coup, elles s’approvisionnent et consomment dans la rue, dans les cages d’escaliers ou dans les toilettes publiques, ce qui représente une énorme prise de risques. Ouvrir une salle de consommation, c’était donc améliorer la santé de ces usagers, mais aussi les conditions de vie des riverains du quartier.

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— Journaliste

On me reproche souvent d’être trop curieuse, alors j’ai fait en sorte que mon métier soit de poser des questions. Depuis, j’en profite au quotidien pour apprendre de l’autre et tenter de mieux cerner notre société et ses enjeux.

La Fabrique de l'info

Il y a deux semaines, je suis allée voir 120 battements par minute (film que je conseille vivement, soit dit en passant). En sortant de la séance, un constat dans ma tête de journaliste : les drogués, les prostituées, les prisonniers, les médias en parlent peu, très peu. D’ailleurs, la société toute entière en parle peu. Trois jours plus tard, alors que je devais lancer de nouvelles pistes pour les futures Lettres imprévues, je n’avais qu’une chose en tête : combler, au moins un tout petit peu, ce silence.

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