Sois en forme, c’est un ordre

Les incitations à prendre soin de soi envahissent peu à peu notre vie quotidienne. Il s’agit d’avoir une alimentation équilibrée, de faire de l’exercice, de partir à la quête de soi. Mais cette injonction risque de rendre les individus seuls responsables de leur mal-être social.

par Julie Jeunejean
7 min
Méditer pour mieux régner. (Illustration CC BY nSeika)
Méditer pour mieux régner. (Illustration CC BY nSeika)

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« Le crossfit déferle sur le monde du fitness », « Perte de poids, gain d’énergie : depuis que j’ai arrêté le sucre, je revis », « Que nous apporte le dépassement de soi ? », autant de titres de presse qui révèlent l’importance que l’on attache au soin du corps ainsi qu’à notre capacité de le maîtriser. Les émissions télévisées comme Nouveau look pour une nouvelle vie ou encore Relooking extrême : spécial obésité  témoignent également de ce phénomène. Le corps « est abordé comme un ouvrage dont chaque aspect est travaillé », explique Isabelle Queval, philosophe et maître de conférences à l’université Paris-Descartes. Elle précise au passage que la revendication du bien-être se double d’une quête du mieux-être. Ce qui compte n’est pas tant ce que nous avons achevé, mais ce que nous pouvons devenir.

Une pression sans limites

Depuis les années 1950, l’accent est mis sur les conduites individuelles en matière de prévention sanitaire. Dans une société qui assiste à l’effondrement des grandes croyances qui gouvernaient les individus, la santé devient un bien précieux tout en ressemblant de plus en plus à un idéal inaccessible.

Pour Patrick Peretti-Watel – sociologue à l’INSERM – et Jean-Paul Moatti – professeur d’économie à l’université d’Aix-Marseille II, ce que nous sacralisons avant tout, ce sont les signes extérieurs de la santé. Or « dans une société où cette dernière est devenue une valeur cardinale, l’opposition entre conduites saines et malsaines acquiert une dimension morale. Étymologiquement, le malsain est, d’ailleurs, à la fois ce qui est nuisible à la santé et contraire à la morale. »

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— Journaliste indépendante

« Pourquoi ». Je dois dire que la plupart des mes phrases commencent par ce mot. Que cela concerne, d’ailleurs, des détails mineurs de l’existence ou des questions plus vastes. J’ai toujours eu la volonté de comprendre le fonctionnement du monde. J’imagine que c’est pour cela, qu’aujourd’hui, je désire plus que tout écrire à propos de ces sujets de sociétés  – économiques, politiques ou encore environnementaux  – qui façonnent nos vies.

La Fabrique de l'info

Il y a quelques années déjà, j’assistais à un cours de sport. L’une des élèves hurlait à l’envi : « Allez ! Les calories ! les calories ! » À la fin du cours, galvanisée par l’effort, elle s’était tournée vers sa sœur qui l’accompagnait et lui avait dit d’un ton militaire : « Quand tu rentres, tu bois un verre d’eau chaude avec du citron et tu vas te coucher. » Je ne sais pas si ladite sœur a suivi ces précieux conseils diététiques. Néanmoins, l’exemple, bien qu’excessif, m’a marquée.  Il témoignait déjà de cet attrait qu’a notre société pour tout ce qui est perçu comme sain. Combien d’articles nous vantent telle ou telle étude prouvant que les gens qui se lèvent à 4 heures du matin, mangent sans gluten, pratiquent un sport au nom encore inconnu, ou que sais-je encore, sont plus heureux ? Aussi ai-je voulu comprendre ce que ce bonheur uniformisé que l’on nous vend pouvait bien cacher.

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