Le supermarché, bouc émissaire de la loi anti-gaspi’

De l’annonce du pacte contre le gaspillage alimentaire du gouvernement en juin 2013 au vote de la loi antigaspi’ début 2016, la lutte contre les déchets a mobilisé une pléiade d’acteurs. Sur un point pour le moins médiatique : le don d’invendus des supermarchés aux associations d’aide alimentaire. Un écran de fumée qui cache d’autres problématiques et qui omet l’existence antérieure d’un tel dispositif.

par Claire Berthelemy
8 min
Alors que nos caddies s'emplissent de denrées que l'on va jeter, certains ne peuvent remplir les leurs CC by Alan Cleaver
Alors que nos caddies s'emplissent de denrées que l'on va jeter, certains ne peuvent remplir les leurs CC by Alan Cleaver

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Fruit d’un intense lobbying, des députés à la ministre de l’Environnement en passant par la pétition d’un élu de Courbevoie, la loi anti-gaspillage, promulguée en février 2016, portait une valeur positive. Aujourd’hui, rendre « délibérément impropres à la consommation les invendus alimentaires encore consommables », c’est risquer une amende de troisième classe. En d’autres termes, fini les litres de javel jetés sur des denrées consommables. Mais pas seulement, puisque les grandes et moyennes surfaces d’une superficie supérieure à 400 m2 doivent signer une convention de don avec les banques alimentaires. L’image est forte. Elle devrait l’être aussi pour les associations de bénévoles qui, chaque jour, s’occupent de nourrir les plus pauvres d’entre nous.

Des supermarchés pas si méchants

Seulement, le mauvais élève n’est pas celui qu’on croit : si les supermarchés pèsent pour 10,5% dans les déchets alimentaires, les familles, elles, sont responsables de 67% du gaspillage. Une étude d’Eurostat et de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) datant de 2010 était même bien plus sévère (et ne tenait pas compte de la production). Elle estimait que 73% des déchets étaient produits par les ménages, contre 6,6% par la distribution, pour un total de 7,12 millions de tonnes. Des chiffres à prendre avec des pincettes selon le ministère en raison de leur caractère approximatif et / ou pas actualisé récemment. Reste que le ratio est moins en faveur des familles que des hypers.

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— Journaliste

Petite, je voulais être journaliste. Adulte –  et moins par formation que par conviction – je le suis devenue. Entre les deux états, j’ai toujours posé beaucoup de questions pour comprendre le monde. Aujourd’hui, je cherche à comprendre quels enjeux se cachent derrière les problématiques de la société contemporaine : du nucléaire à la fiscalité en passant par les géants du Net, il n’y a qu’un pas (le mien).
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Quand j’ai commencé à creuser le sujet du gaspillage alimentaire, grâce à une rencontre lors d’un précédent article, je pensais me pencher sur la défiscalisation des dons et sur le côté philosophique du don de déchets. Qu’est-ce qui pousse à soutenir financièrement ce qui devrait être naturel ? Est-ce que donner ce qu’on jette n’est pas une manière de considérer les bénéficiaires de l’aide alimentaire comme des poubelles ?

Mais plus j’avançais et plus je me posais de questions sur les supermarchés et leur rôle. Jusqu’à ce que je découvre que je m’étais fiée, par erreur, à un fait que je pensais nouveau : les dons des supermarchés existent depuis des années, mais de ce qui ressortait des débats de l’époque, c’était surtout le côté novateur de la mesure. Rendons-nous compte, les méchants hypers jettent au lieu de donner. Sauf qu’ils donnaient déjà.

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