inégalités

Sangatte, l’ombre tenace du passé

Outre la langue et la présence fréquente de famille sur place, la Grande-Bretagne offre bien des avantages pour les migrants. En 2015, les demandes d’asile statuées en première instance étaient positives dans 37,23% des cas contre 25,69% des cas en France (chiffres de 2015). Le taux de chômage outre-Manche est par ailleurs plus faible que dans l’Hexagone. Le travail au noir y étant plus développé, il y est plus facile de trouver un emploi.

Refugee Rights Data Project est une équipe composée de chercheurs et d’étudiants chercheurs britanniques. Ces derniers ont réalisé, du 20 au 26 février 2016, une étude sur 870 membres de la jungle de Calais. Les migrants, venus principalement d’Afghanistan, du Soudan, de Syrie, d’Iran, du Koweit ou d’Érythrée ont environ 25 ans. Les hommes sont majoritaires (97% contre 3% de femmes), généralement célibataires et occupaient dans leurs pays d’origine des postes d’étudiants, d’employés qualifiés ou encore d’auto-entrepreneurs.

À Calais chaque semaine, de nombreux candidats à l’exil tentent de s’immiscer dans les quelques 2 500 poids-lourds qui relient quotidiennement la France à l’Angleterre. Depuis la fin de l’été 2015, près de vingt migrants ont trouvé la mort en essayant de passer de l’autre côté de la Manche. Pour protéger le site Eurotunnel et éviter l’intrusion de migrants dans les véhicules, les Britanniques prévoient de dépenser 8 millions d’euros avant l’été pour ériger 300 mètres de clôtures supplémentaires le long de la rocade portuaire. Le tout équipé d’éclairages et de dispositifs de vidéosurveillance.

En anticipant la fermeture du centre, Nicolas Sarkozy obtient de Londres qu’elle accueille plus d’un millier de réfugiés Kurdes irakiens, mais aussi près de 300 Afghans ayant déjà de la famille en Grande-Bretagne. Ces derniers bénéficieront d’un visa de travail de trois mois. Pour les autres (environ 400 personnes), la France accorde un titre de séjour ainsi qu’une autorisation de travail.

Un message de soutien aux migrants sur la route qui mène à Sangatte, près de l’ancien centre d’accueil. (Crédit photo : Julia Küntzle)

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La « jungle » de Calais, située à quelques kilomètres du centre-ville, a concentré les regards durant de longues semaines. Dans des tentes de fortune montées dans la boue, plus de 5 000 migrants s’y entassaient, venus principalement de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan, d’Érythrée… Leur rêve commun : l’Angleterre, de l’autre côté de la Manche. De l’autre côté, aussi, de la rocade portuaire, retranchée derrière d’imposants barbelés et de hauts grillages. Ouverture d’un centre de jour, puis d’un campement « en dur » et finalement destruction des abris : les décisions successives du ministère de l’Intérieur font étrangement écho à celles prises, il y a presque quinze ans, par le gouvernement de Lionel Jospin, lorsque Calais faisait face à l’arrivée des Kosovars. Comme l’indice d’une histoire qui se répète, le centre de Sangatte avait ouvert en 1999 dans la précipitation avant d’être fermé à la hâte, trois ans plus tard.

Sangatte. Un petit village du nord de la France comme il en existe partout dans l’Hexagone. Son clocher, sa boulangerie, son bar-tabac et sa place de la mairie. Dans cette cité-dortoir de 900 habitants s’étalent des rangées de maisons faisant face à la Manche. Ici, les côtes de l’Angleterre apparaissent au loin lorsque le ciel est clément. Les week-ends de beau temps, le bourg est animé par quelques familles et coureurs qui profitent du grand air. Un village comme les autres, devenu à la fin des années 1990 et pendant trois ans le symbole de l’immigration clandestine en France.

« Dans le monde entier, dès qu’on évoque Sangatte, on pense ‘réfugiés’ ! », lance Caroline, propriétaire du Blanc Nez, l’un des deux restaurants du hameau. « Pas plus tard qu’hier, des clients m’ont encore demandé où était le centre d’accueil pour migrants », raconte cette brune de 45 ans, native de Sangatte. « Je leur ai dit qu’il fallait se tenir au courant, ça fait un bout de temps qu’il n’existe plus ! » Malgré sa fermeture en 2002 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, ce centre continue de marquer les mémoires et l’histoire du village.

À l’entrée du bourg, au bord de la départementale, l’emplacement de l’immense hangar, 25 000 mètres carrés de tôle grise, a laissé la nature reprendre ses droits. Sur le champ qui s’étale à perte de vue, il ne reste qu’un monticule de terre, une clôture usée et des pylônes en ruine. Çà et là, des casseroles pliées et brûlées entre les ronces que personne n’a jugé bon d’emporter. Prévu au départ pour accueillir 300 personnes, ce centre a vu passer 68 000 exilés du Kosovo, d’Irak, d’Iran, du Pakistan ou d’Afghanistan. Tous désiraient rejoindre l’Angleterre, qui fait encore figure de terre d’asile.

economie numerique

Dans la lignée de Xiaomi, le « made in China » tourne progressivement la page du toc

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Les produits Made in China ont longtemps été perçus comme d'une qualité médiocre. (Illustration CC BY-SA Loozrboy)

Devenue l’atelier du monde en quelques décennies, la Chine veut aujourd'hui transformer son économie et miser sur l’innovation. L’arrivée en France des smartphones Xiaomi n’a donc rien d’anecdotique : voici venu le made in China 2.0.

Encore méconnu en France, le constructeur de téléphones chinois Xiaomi a officialisé en cette fin mai son arrivée dans l’Hexagone. Aux consommateurs qui découvrent la marque, les médias expliquent qu’elle est souvent comparée à Apple, « pour le design de ses smartphones et la ressemblance de ses magasins physiques avec les célèbres Apple Store ». Née il y a moins de dix ans, Xiaomi s’étend aujourd’hui dans 75 pays et peut s’enorgueillir d’être le 4e vendeur mondial de téléphones portables.

Pour grignoter des parts de marché à Samsung, LG, Nokia ou Sony, l’entreprise basée à Pékin mise sur une politique tarifaire agressive qui lui vaut parfois d’être qualifiée de « low cost ». Malgré des prix peu élevés, le constructeur cherche à proposer des produits de qualité, fortement inspiré de la concurrence japonaise, américaine ou coréenne.

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Luttes

Taxis contre VTC, bienvenue en pleine guerre de tranchées

Après avoir réussi l’examen du certificat de capacité professionnelle et obtenu la carte professionnelle, le chauffeur de taxi doit, pour pouvoir exercer son activité, être titulaire d’une autorisation de stationnement (ADS) sur les places réservées aux taxis, communément appelée « licence de taxi » ou « plaque », soit exercer comme locataire ou salarié pour le compte d’un exploitant titulaire d’une ADS.

Le contrôle par les pouvoirs publics du nombre de taxis remonte au Front populaire : à la suite des accords signés en 1936 avec la profession mécontente de l’accroissement de la concurrence (déjà !), le gouvernement légifère et le numerus clausus est instauré par décret préfectoral faisant passer les taxis parisiens de 32 000 à 14 000. En 2006, soit soixante-dix ans plus tard, la capitale en comptait 15 300…

Introduit en France en 2014, UberPop était un service de mise en relation avec des chauffeurs non professionnels utilisant leur voiture personnelle. Alors qu’Uber avait été poursuivi devant plusieurs tribunaux français, la justice européenne avait estimé que la France et les autres pays de l’UE étaient parfaitement en droit de l’interdire.

La loi Thévenoud rend incessibles les licences acquises à partir de 2014. Désormais, les licences distribuées gratuitement par l’État sont valables cinq ans renouvelables. Seules les licences attribuées avant cette date peuvent être revendues.

Lire à ce propos l’excellente enquête de Dominique Nora publiée dans L’Obs le 29 mai 2016, Derrière la grogne des taxis, le système Rousselet.

« Comme les céréaliers de la Beauce mettent en avant les agriculteurs de montagne pour optimiser leurs profits, la famille Rousselet avance masquée derrière les petits artisans taxis. »

Pour certains chauffeurs de taxi, le compteur ne tourne plus assez. (Illustration CC By SA Claire Berthelemy)

Manque de taxi en circulation dans les grandes villes, difficultés des chauffeurs à joindre les deux bouts, les reproches faits au système actuel ne tarissent pas. Avec, en ligne de mire, le faible nombre de licences en circulation et la concurrence accrue des VTC. Deux facteurs que tentent de réguler les pouvoirs publics, sans succès, depuis 2008.

Depuis huit ans, Milan roule nuit et jour dans Paris, à la recherche de clients qui ont besoin d’un taxi. « C’est un très beau métier, chaque course est une aventure différente et vous rencontrez des gens de toutes couleurs, de toute éducation », le fringant chauffeur ne manque pas d’éloge sur son quotidien. Pourtant, même s’il est libre dans la gestion de ses horaires et « jamais fauché parce que vous pouvez toujours faire un client pour vous acheter une baguette de pain », il ne décolère pas.

Contrairement aux artisans taxi, propriétaires de leur véhicule et de leur licence de circulation, Milan est chauffeur-locataire et verse, tous les mois, une coquette somme à l’entreprise qui lui loue plaque et véhicule. « Vous partez, vous mettez la clef dans le contact et vous êtes déjà déficitaire de 120 euros. Vous devez les faire tous les jours pour être à 0 avant même de penser au gasoil, aux charges sociales puis à votre famille, c’est très difficile d’y arriver. » Mais la société de location, qui possède un ensemble de licences, n’est pas le seul objet de son ire.

numérisation

Pour embrasser le numérique, certains choisissent la langue

thomas-deszpot

Sur les stores, certaines applications sont payantes, assurant une source de revenus aux développeurs. La majorité reste néanmoins gratuite, et se finance grâce à diverses fonctionnalités additionnelles proposées en suppléments. Leçons disponibles hors ligne, analyse détaillée des résultats d’apprentissage, déblocage de vidéos mettant en scène des locuteurs locaux… Il s’agit en général d’abonnements mensuels, accessibles pour quelques euros.

Créée en 1929, la méthode Assimil est devenue incontournable sur le marché. C’est elle qui a rendu célèbre la citation « My tailor is rich », présente dans le premier cours des leçons d’anglais. Aujourd’hui, la méthode est déclinée dans une centaine de langues et selon la société, « 40 millions de personnes dans le monde ont appris ou apprennent une langue avec Assimil ».

La particularité de Reverso est de proposer des traductions à partir de mots et de phrases issus de textes officiels. L’utilisateur peut ainsi voir dans quel contexte il a été utilisé et choisir la meilleure traduction en fonction du message qui est le sien. Utilisé en complément d’autres outils de traduction, le site permet d’obtenir de très bons résultats.

Illustration CC BY Valery Kenski

Avec la généralisation progressive de l’informatique, d’Internet, puis des smartphones, l’apprentissage des langues a changé de visage. Porté par le développement des applications web et mobile, le numérique donne plus que jamais de la voix.

Le 1er juin, nous fêterons un premier anniversaire quelque peu… Particulier. Celui d’un discours, prononcé par Emmanuel Macron à l’occasion du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. « Make our planet great again », lançait en anglais le président de la République – un tacle appuyé à son homologue américain Donald Trump. Une première également puisque jamais un chef d’État de la Ve République n’avait réalisé une allocution depuis l’Élysée dans une langue étrangère.

Ces images ont fait le tour du monde et des médias. En France, les observateurs ont retenu le culot du jeune président, mais ont aussi commenté en longueur le choix de s’adresser au public anglophone directement dans sa langue. Si abandonner quelques instants le français peut paraître assez anecdotique, il faut garder à l’esprit que dans l’Hexagone, les compétences linguistiques restent pour le moins limitées pour une grande partie de la population. Une étude de 2012, une des plus importantes jamais réalisée, classait en effet les lycéens français en fin de cortège à l’échelle continentale.

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biodiversité

Benoît Fontaine : « Pour la première fois, une seule espèce est responsable de la disparition des autres »

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Selon deux études publiées conjointement par le CNRS et le MNHN, un tiers des oiseaux a disparu des campagnes et principalement des milieux agricoles en 17 ans. Les espèces les plus concernées par cette disparition sont : le bruant ortolan, le moineau friquet, l’alouette des champs, le cochevis huppé, la fauvette grisette, la perdrix, la caille des blés et la tourterelle des bois.

À l’époque, cet ouvrage écrit par la biologiste et écologiste américaine Rachel Carson a été un vrai succès. En 2007, il a été classé parmi les 25 meilleurs ouvrages scientifiques de tous les temps par la publication américaine Discover Magazine.

L’étude a été publiée l’année dernière dans la revue scientifique Plos One. Les chercheurs ont collecté les données sur 63 réserves naturelles d’Allemagne depuis 1989. Là encore, les pratiques agricoles semblent être mises en cause par certains biologistes, même si le consensus scientifique est parfois difficile à atteindre.

En 2002, le psychologue américain Peter Kahn a défini le concept d’amnésie environnementale générationnelle. Celui-ci s’est inspiré d’une notion développée par l’écologue américain James R.Miller : l’extinction de l’expérience de nature qui explique que le fait de moins vivre au contact de la nature peut avoir un impact sur la prise en compte des risques qui la menacent.

C’est la question que se pose l’INRA depuis plus de dix ans. En 2005, plusieurs chercheurs ont estimé que « la valeur économique de l’activité pollinisatrice des insectes, essentiellement des abeilles, était de 153 milliards d’euros, soit 9,5 % en valeur de l’ensemble de la production alimentaire mondiale. »

L'ibis géant est un oiseau qui vit dans la péninsule indochinoise. Selon l'Union internationale de la conservation de la nature, c'est une espèce classée en danger critique d'extinction. (Illustration : Nouvelles archives du Muséum d'Histoire naturelle, 1878.)

Rares sont ceux qui continuent à le nier : la biodiversité de notre planète est menacée. C’est pour répondre à cette urgence que le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot présentera le 18 mai son nouveau « Plan biodiversité ». Benoît Fontaine, biologiste de la conservation au Muséum national d’Histoire naturelle, revient sur les menaces qui planent sur la biodiversité.

Pas une seule semaine ne passe sans qu’une étude ne vienne nous rappeler que telle espèce est en voie de disparition ou que telle autre a déjà disparu. Depuis une trentaine d’années déjà, les scientifiques alertent l’opinion publique et les décideurs politiques sur la « crise de la biodiversité » traversée par nos sociétés. Mais pour quels résultats et quelle prise de conscience ? Quelle est la place de l’individu face à une nature moins riche et diverse que par le passé ? En filigrane de ces interrogations se dessinent des questionnements plus profonds sur le rôle qui peut être le nôtre dans ces écosystèmes, et plus généralement sur Terre.

Biologiste de la conservation au Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), Benoît Fontaine partage ces questionnements. Depuis plusieurs années, ce scientifique s’intéresse au suivi d’espèces communes et travaille avec des données collectées par des naturalistes. Il est l’un des chercheurs à avoir publié en mars dernier deux études très médiatisées sur la disparition des oiseaux en milieu agricole. Son travail a fait beaucoup de bruit chez les agriculteurs qui se sont sentis mis en cause par la corrélation entre la disparition de ces espèces et les pratiques agricoles intensives.

Avec son œil de spécialiste et en fin observateur de la nature, il revient sur les origines de la très inquiétante « sixième extinction ». Surtout, il décrypte pourquoi nous avons tant de mal à comprendre les menaces qui pèsent sur la biodiversité et le péril philosophique qu’elles engendrent dans nos sociétés.

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Seveso, AZF… Comment les catastrophes industrielles font bouger le droit

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En France, 1 204 sites industriels sont classés Seveso, du nom de la directive européenne Seveso. Celle-ci découle directement de l'accident qui a eu lieu en 1976, à Seveso, en Italie. (Illustration : CC BY KarinKarin2)

Seveso, AZF... Autant de catastrophes qui ont laissé un souvenir amer pour ceux qui les ont subies. Si ces accidents industriels ont marqué la mémoire collective et fait beaucoup de dégâts sur l'environnement et la santé, elles ont aussi fait évoluer les réglementations européennes en matière de risques industriels.

« Une marche pour la santé et la justice environnementale ». Partie le 2 mai de Fos-sur-Mer, la « Marche des cobayes » est organisée par une centaine d’associations afin d’alerter les pouvoirs publics sur les liens entre la pollution industrielle et la santé. Tout au long du parcours qui les mènera jusqu’à Bruxelles le 30 juin, les marcheurs feront halte dans des endroits emblématiques des scandales environnementaux : la semaine dernière, ils alertaient des conséquences de la pollution des sols aux métaux lourds à Marseille et de celles du stockage des boues-rouges à Bouc-Bel-Air. Ce 9 mai, ils sont à Saint-Auban et tirent la sonnette d’alarme : en plus d’avoir été dangereuse pour les travailleurs qui ont été exposés à l’amiante, l’usine chimique Arkema fait courir aux rivières voisines de lourds risques de pollution.

Que ce soit à Fos-sur-Mer, à Bouc-Bel-Air ou à Saint-Auban, les accidents ou les pollutions sur lesquels alertent les militants écologistes, ont souvent lieu sur des sites industriels dits « Seveso ». Cette appellation est celle d’une directive européenne de 1982 qui classe et réglemente les industries en fonction de leur dangerosité. Avant d’être le nom d’une réglementation communautaire, Seveso est celui d’une ville italienne qui a été le théâtre, il y a plus de quarante ans, d’une catastrophe industrielle aux conséquences dramatiques.