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« Bijoutier de Nice » : du coup de feu aux pouces bleus

zoe-baillet

Un mois après le braquage, Christophe Perrin, journaliste de Nice-Matin, faisait le portrait d’Antony Asli. « Archétype du petit délinquant », il « n’avait pas l’étoffe du braqueur chevronné », écrivait-il. Avant le 11 septembre 2013, le jeune homme n’avait jamais volé à main armée.

Un an avant le braquage à Nice, en juillet 2012, un bijoutier parisien vivait un scénario très similaire. Il avait sorti une arme et tiré mortellement sur le braqueur qui venait de s’introduire dans sa boutique. En novembre 2013, c’est dans la Marne, à Sézanne, qu’un nouveau drame de ce type s’est produit.

L’histoire de Stéphan Turk a dépassé les frontières françaises. Une semaine après les faits, Nice-Matin recensait les médias européens, mais aussi vietnamiens, américains ou sud-africains qui relayaient le fait divers mais aussi la mobilisation sur Facebook. Une pétition avait également récolté plus de 60 000 signatures.

En octobre 2013, Christiane Taubira devait présenter son projet de réforme pénale en Conseil des ministres. Parmi les mesures, la fin des peines planchers et la mise en place d’une peine de probation. À droite, les critiques fusaient, notamment de la part de Christian Estrosi, député-maire de Nice.

Quelques jours seulement après le braquage, le Front National tenait son université d’été. L’occasion de saluer « le geste civique » du bijoutier, selon les propos de Bruno Gollnisch, et de dénoncer « l’ensauvagement du pays ».

L'affaire du « bijoutier de Nice » a retenti bien au-delà des frontières de la cité balnéaire. (CC BY-SA Zoé Baillet)

Le 11 septembre 2013, Stéphan Turk, tuait d’une balle dans le dos l’un des deux hommes qui venaient de braquer son commerce. Placé en garde à vue, il a rapidement défrayé la chronique et provoqué une mobilisation inédite : sur Facebook, plus de 1,5 million de personnes ont apporté sans hésiter leur soutien au désormais nommé « bijoutier de Nice ». Triste fait divers, son histoire est devenue phénomène social.

Le rideau de fer reste constamment baissé. À Nice, le numéro 23 de la rue d’Angleterre, à deux pas de l’avenue Jean-Médecin et de ses grandes enseignes, se remarque à peine. La bijouterie La Turquoise est une minuscule échoppe coincée entre une poissonnerie et une boutique où se vendent téléphones portables et cartes prépayées pour l’étranger. Sur la façade, un autocollant signale que le commerce est équipé d’une caméra de vidéosurveillance. La boîte aux lettres, elle, n’indique plus de nom. « Jusqu’à récemment, il y avait encore des scellés », indique Cécile Temmar, gérante de la pharmacie Saetone, installée une centaine de mètres plus haut. Désormais, dans la rue étroite, plus rien ne laisse deviner ce qui s’est déroulé il y a plus de trois ans.

Un mercredi matin de septembre 2013, quand Stéphan Turk vient relever le rideau de sa bijouterie, il est à peine 8 h 45. « Il ne venait pas travailler ce jour-là », raconte aujourd’hui Jan Arin, l’un de ses confrères bijoutiers niçois. « Il avait juste quelques papiers à récupérer pour un rendez-vous. » Deux hommes casqués et armés surgissent alors dans la boutique. Menacé puis frappé, le bijoutier de 65 ans leur remet plus de 100 000 euros de bijoux, gardés dans un coffre-fort. « J’ai vu les images du braquage », poursuit Jan Arin encore choqué par la vidéo de la caméra de surveillance. « Ils le frappaient, ils le frappaient… C’était violent et gratuit. »

« J’étais à la boutique ce matin-là », se souvient quant à elle Grâce Schira, qui vend des vêtements professionnels un peu plus bas, au numéro 21. « Je ne sais plus si j’ai entendu deux ou trois coups de feu. J’ai cru que c’était des pétards. C’est quand la police est arrivée que j’ai compris qu’il y avait un pépin. » Alors que ses deux assaillants repartent sur un scooter, ce fameux 11 septembre, Stéphan Turk s’approche de l’entrée de sa bijouterie, un revolver à la main. Il fait feu. À trois reprises. L’une des balles se loge dans l’omoplate de l’un des braqueurs. Qui tombe du véhicule, quelques mètres plus loin, et décède sur place. Antony Asli avait 19 ans. Ce qui n’est encore qu’un funeste fait divers va rapidement devenir « l’affaire du bijoutier de Nice ».

Les petites gouttes

Adèle, de la précarité de l’auto-entrepreneuriat à la sécurité de la fonction publique

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Après Amandine, Luc, Axelle et Grégor, la série documentaire dont nous sommes partenaires, Les Petites gouttes, nous embarque à la rencontre d’Adèle, hier écrivaine et éditrice, aujourd’hui cheffe de projet à mi-temps dans la fonction publique. Pauline Antipot, la réalisatrice, raconte comment et pourquoi, un jour, Adèle a quitté sa vie de freelance pour retrouver un travail salarié.

Adèle semble avoir fait le chemin inverse des précédentes Petites gouttes. Elle apparaît sûre de son choix, non ?

Quand je l’ai rencontrée, ce qui m’a marquée, c’est sa sérénité : elle était sûre de ses choix, et elle savait où elle allait. De toutes les Petites gouttes rencontrées, c’était la plus posée. Elle sait pourquoi elle est là. Avant, Adèle était auto-entrepreneure et associée avec des amis dans une maison d’édition. Avec son compagnon, ils attendaient leur premier enfant. Elle a dû prendre une décision et se mettre à mi-temps. Mais dire “j’arrête à temps plein” n’était pas évident.

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justice

Justice d’instance : petites affaires, grands enjeux

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Les Tribunaux d’instance ont été les plus violemment touchés par la réforme de la carte judiciaire de 2007. On comptait 478 TI en 2007, et, entre cette année-là et 2017, 178 ont été supprimés. Qu’on se rassure, la carte en compte 7 petits nouveaux depuis!

Au-delà de la question de son effectivité, la justice de proximité revêt également une importance symbolique majeure dans les territoires. (Illustration : CC BY kynd_draw)

Moins médiatisés que leurs illustres collègues, les juges d'instance n'en sont pas moins essentiels à l'exercice de la justice au quotidien. Contre une vision de la justice hors-sol, désincarnée, ils défendent coûte que coûte une vision de celle-ci plus proche des hommes et des territoires. Mais le ministère de la Justice en a décidé autrement. Depuis 1958, date de suppression des juges de paix, la  mode est plutôt à la concentration des moyens et à la suppression des tribunaux. Au risque de dénaturer leur mission de proximité ?

Difficile de trouver des juges témoignant à visage découvert. Dans la magistrature, le devoir de réserve n’est pas une vaine expression. Tout comme la fidélité à sa hiérarchie. Cette culture du secret n’a été rompue qu’à de rares exceptions. Pourtant, la semaine dernière, 250 juges d’instance regroupés en un collectif ont décidé d’adresser une lettre ouverte au Premier ministre, Édouard Philippe, et à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Paru dans Libération, le texte s’alarme de « la fermeture des tribunaux d’instance », perçue par les magistrats comme l’ultime manifestation de la logique de concentration des lieux de justice à l’oeuvre depuis cinquante ans.

Leur inquiétude semble partagée par l’ensemble de la profession judiciaire, dont une partie a décidé de faire grève mercredi dernier pour dénoncer le projet de réforme de la justice, présenté cette semaine en conseil des ministres. Tribune dans un quotidien national, manifestations, grève et slogans relayés sur les réseaux sociaux… Autant de moyens destinés à attirer l’attention des médias sur la justice d’instance, souvent négligée au profit d’affaires judiciaires plus flamboyantes. « La justice d’instance, c’est un peu moins sexy que la cour d’Assises », m’explique un juge ayant souhaité rester anonyme. « Nous ne traitons ‘que’ des petites choses du quotidien, mais je pense que ces petites choses sont tout aussi importantes pour la paix sociale. »

pollution

Stocamine, Cigéo… Cachez ces déchets que nous ne saurions voir

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En Alsace, une ancienne mine de potasse accueille depuis 1 999 près de 44 000 tonnes de déchets toxiques. Pour ses détracteurs, le projet StocaMine menace la plus grande nappe phréatique d'Europe. (Illustration : Antonin Sabot)

Pour le projet Cigeo à Bure, comme pour celui de StocaMine en Alsace, la France a choisi d'enfouir ses déchets, qu'ils soient radioactifs ou non. En promettant aux élus locaux et aux habitants que ces deux centres de stockage seront réversibles. Une promesse difficile à tenir.

Que faire des déchets ultimes que nous produisons ? Une question qui revient régulièrement sur le devant de la scène lorsqu’on évoque le projet Cigéo à Bure, et la problématique plus générale de l’enfouissement des déchets, qu’ils soient radioactifs ou non. Pour le moment, et ce, jusqu’au lancement d’un « débat national » qui devrait avoir lieu en fin d’année, les polémiques autour du projet Cigéo et de sa supposée réversibilité semblent s’être atténuées. Car au-delà de toutes les questions éthiques que pose cet enfouissement, selon certains chercheurs, c’est le concept même de l’irréversibilité de Cigéo qui cristallise les oppositions.

Un calme tout relatif puisqu’une autre question épineuse, concernant la réversibilité du stockage des déchets et vieille d’une vingtaine d’années, devrait refaire surface ces prochaines semaines. C’est qu’en Alsace, à 200 km à l’est de Bure, 44 000 tonnes de déchets industriels ultimes (mercure, cyanure, amiante, résidus de pesticides, etc.) ont été enterrées entre 1999 et 2002 à StocaMine, une ancienne mine de potasse. Non radioactifs, ces déchets n’en sont pas moins extrêmement toxiques. Et aux yeux de leurs détracteurs, ils pourraient menacer la plus grande nappe phréatique d’Europe.

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HADOPI

Hadopi, GAFAM, « mêmes joueurs jouent encore » ?

claire-berthelemy

Dans une dépêche AFP publiée le 8 mars 2009, l’on pouvait lire que le cabinet de la ministre de la Culture, Christine Albanel, estimait que les militants de la Quadrature du net n’étaient qu’une poignée tout juste bonne à faire partir des salves de mails automatiques aux parlementaires.

Pour pouvoir correctement restranscrire les débats et attribuer aux bons parlementaires les bonnes citations, il était nécessaire d’avoir en main un trombinoscope. Jusqu’à ce que la possession en soit interdite. Un rappel au règlement par la député Front de gauche Martine Billard leur permettra de disposer de nouveau de leurs trombinoscopes.

Chez Pcinpact, aujourd’hui NextINpact, le journaliste Marc Rees rivalisait alors d’ingéniosité en publiant un article totalement surligné en noir.

Alors que l’association de défense des libertés numériques La Quadrature du Net lance une action de groupe contre les GAFAM, retour sur la bataille contre la loi Hadopi.

Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, cinq entreprises que l’on range à présent derrière l’acronyme GAFAM. Cinq entreprises dont la gestion des données utilisateurs ou l’optimisation fiscale agressive défraient régulièrement la chronique. Si la semaine dernière, Mark Zuckerberg était auditionné par le Congrès américain suite à l’affaire Cambridge Analytica, Google, Apple, Amazon et Microsoft ne sont pas en reste en terme de scandales.

Trop c’est trop pour une poignée d’irréductibles de l’Internet français. Dont La Quadrature du Net : l’association, créée en 2008 par Philippe Aigrain, Christophe Espern, Gérald Sédrati-Dinet, Benjamin Sonntag et Jérémie Zimmermann, à l’occasion d’une bataille géante livrée contre la loi Hadopi, passe la vitesse supérieure et lance une action de groupe contre les GAFAM le 25 mai. En attendant la date butoir, elle propose aux internautes de rejoindre, une nouvelle fois, son combat.

inégalités

Sélection à l’université : « une extension du domaine du concours »

elena-scappaticci
Evaluation de la performance, New Public Management, concours télévisés… L’emprise de la notation s’étend

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La réforme de l’université fait débat : doit-on oui ou non imposer une sélection à l’entrée dans l'enseignement supérieur, au risque de laisser bon nombre d'étudiants sur le pavé ? Pour Annabelle Allouch, sociologue et auteure de La Société du concours, L'empire des classements scolaires, aucun doute possible : cette réforme s'inscrit dans un processus d'évaluation bâti sur le mérite individuel qui contamine non seulement l'école, mais aussi le monde du travail, sans se soucier des biais sociaux qui faussent ces procédés de sélection.

La sélection à l’université perpétue-t-elle les inégalités ? C’est en tout cas la thèse défendue par Annabelle Allouch, maîtresse de conférence en sociologie à l’Université de Picardie – Jules Verne et auteure de La Société du concours, L’empire des classements scolaires (Le Seuil, septembre 2017).  À l’heure où son éventuelle mise en place ressurgit dans le débat public, entraînant l’occupation de plusieurs universités par des étudiants en colère, la chercheuse dénonce la contamination progressive de la logique de classement propre aux Grandes Écoles à l’ensemble de la société. Évaluation de la performance, New Public Management, concours télévisés… La notation s’étend progressivement  au point de devenir la principale mesure du mérite individuel, sans qu’on s’interroge suffisamment sur les moyens déployés pour freiner la reproduction des inégalités dans l’accès à l’enseignement supérieur et aux postes qualifiés. Décrypté en son temps par Pierre Bourdieu, glorifié par un Nicolas Sarkozy ou un Emmanuel Macron dans leurs discours, l’idéal méritocratique qui sous-tend cette passion française pour les concours est ici décrypté à l’aune de sa récupération par la doctrine néo-libérale et ses apôtres.