L’Avant-Veille de l’automne 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

La Catalogne en plein chaos… En attendant la Corse ?

Dans toute la Catalogne, les tensions restent exacerbées en ce début de semaine, d’autant que Madrid continue de juger illégale la tenue du scrutin mené le week-end dernier et irrecevables les demandes d’indépendance formulées par une partie de la population. Après le référendum d’autodétermination du dimanche 1er octobre, terni par des violences policières, les indépendantistes ont lancé un appel à la grève générale. Près de 40 organisations syndicales catalanes incitent les travailleurs à débrayer, une manière pour elles de mettre le pouvoir espagnol sous pression.

L’Europe, elle, garde les yeux rivés sur la péninsule ibérique : dans certaines régions de l’UE, un tel référendum pourrait en effet devenir une source d’inspiration. Sans tarder, certains médias français ont osé poser la question qui fâche : « Pourrait-on observer un scrutin similaire en Corse ? »

Forza Corsica

À en croire le président indépendantiste de l’assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, voter pour l’autodétermination de l’Île de Beauté n’est pas à l’ordre du jour. Pas avant « 10 ans » en tout cas, estime-t-il suite au vote (illégal) des Catalans. Si un tel référendum ne semble pas d’actualité, il n’en reste pas moins régulièrement évoqué, surtout depuis la prise de pouvoir des indépendantistes au sein de l’Assemblée de Corse, en décembre 2015. À cette époque, l’éditorialiste de Challenges, Denis Jeambar, ne prenait pas de pincettes et affirmait : « il faut un référendum ».

Pourquoi y avoir recours ? Car depuis le milieu des années 1970, « un vieux nationalisme » a resurgi, « qu’aucun gouvernement depuis n’a su désamorcer ». « Tout a commencé le 21 août 1975 à Aléria, sur la côte est de l’île », retrace le journal, « ce jour-là, un groupe de militants autonomistes, emmenés par le docteur Edmond Simeoni, fondateur de l’Action Régionaliste Corse (l’ARC), prend le contrôle par la force d’une cave viticole propriété d’un rapatrié d’Algérie ». La suite des événements tourne au tragique : « 1 200 gendarmes et CRS, des blindés et six hélicoptères » sont déployés, une intervention qui aboutit à « une fusillade de trois minutes qui fait deux morts parmi les forces de l’ordre et un blessé grave chez les autonomistes ».

Une ancienne carte de la Corse, datant du XVIIIe siècle.
La Corse, un territoire historiquement très disputé. (Illustration domaine public)

Ravivant des tensions nées au XVIIIe siècle, cet épisode douloureux conduit à la naissance d’un groupe armé, le FLNC (Front de libération nationale de la Corse), quelques mois plus tard. Surtout, il marque le début d’une série de réformes visant à faire évoluer le statut des deux départements insulaires, sans jamais emporter l’adhésion des indépendantistes. La liste est longue : « statut particulier en 1982 ; statut Pierre Joxe en 1991 ; statut Jospin en 2000 au terme du ‘processus de Matignon’ ; rejet par référendum du projet de collectivité unique imaginé par Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, en juillet 2003 ; adoption, en juillet 2015, du projet de collectivité unique pour la Corse ». N’en jetez plus.

Lame de fond

Divisée sur son avenir, la population corse a envoyé un signal fort en soutenant massivement les indépendantistes lors des élections territoriales de 2015. Un résultat qui pose, selon l’éditorialiste de Challenges, « la question de la République une et indivisible face à un projet de sécession désormais à peine voilé ».

Les Corses ont fait un choix qui en dit long sur leurs aspirations

Pour l’auteur de l’article, « les Corses ont fait un choix qui en dit long sur leurs aspirations. Il serait donc temps de les mettre vraiment au pied du mur et de leur demander par référendum […] de se prononcer sur leur indépendance. » Selon lui, « le résultat aurait le mérite d’une clarification définitive : un ‘non’ permettrait de clore le dossier, un ‘oui’ d’anticiper l’inéluctable ». Il s’agirait pour l’île d’une réponse politique démocratique aux aspirations indépendantistes. Une réponse bien plus douce en tout cas que celle prêtée à Clémenceau à la fin du XIXe siècle, et que cite Denis Jeambar avec provocation : « La solution au problème corse ? Cinq minutes d’immersion. »

Thomas Deszpot 

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