L’Avant-Veille de l’automne 2017

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par La rédaction
3 min

La grève, une tradition inscrite jusque dans les gènes

Avec un mouvement de grève qui touche les écoles, les transports ou les hôpitaux, c’est toute la fonction publique qui se mobilise aujourd’hui. Entre le gel du point d’indice, les suppressions de postes à prévoir ou le rétablissement d’une journée de carence, les motifs de contestation sont nombreux. Les syndicats de fonctionnaires, qui lancent ici un appel unitaire à manifester pour la première fois en dix ans, tentent de faire porter leur voix.

Pas touche aux bonnes vieilles habitudes

Avec les mobilisations des 12, 21 et 23 septembre, auxquelles s’ajoute celle de ce 10 octobre, le gouvernement d’Édouard Philippe fait face à une rentrée sociale agitée. Dans ce contexte tendu, la grève fait presque figure de rite initiatique, de passage obligé pour incarner la grogne et le ras-le-bol des Français. N’y a-t-il pas d’autres moyens pour manifester son opposition ? Sans doute, si, mais « la grève rythme l’histoire sociale de la France », soulignait en 2010 le journal La Croix.

Il y a sept ans, c’est un projet de réforme des retraites qui cristallisait les tensions. À l’époque, début septembre, une manifestation rassemble entre 1 et 3 millions de personnes dans les rues. L’appel à la grève qui l’accompagne ne surprend guère le quotidien : à en croire les « observateurs », fait-il observer, il s’agit « d’un fait de civilisation alors que d’autres y voient un marqueur inscrit dans nos gènes ».

Une femme parle dans un porte-voix lors d'une manifestation.
La contestation, presque une seconde nature ? (Illustration CC BY-SA Mídia NINJA)
La grève a préexisté au syndicalisme

Directeur de l’Institut supérieur du travail, Bernard Vivier livre un début d’explication, avançant notamment que durant le « XIXe siècle, l’État avait ruiné toute capacité de négociation entre les patrons et les ouvriers ». En France, poursuit-il, « la grève a préexisté au syndicalisme et les premières organisations professionnelles se sont développées sur l’idée de rupture ». La pensée marxiste va conforter cette situation, elle qui revendique « qu’on ne fait pas avec, mais contre l’État ».

La méthode en question

Coûteuse pour les salariés, qui voient leur paie diminuer à mesure que se poursuivent les mouvements sociaux, la grève n’est pas l’unique façon de se faire entendre. Les Français y ont d’ailleurs de moins en moins recours, explique La Croix, qui cite pour étayer ses propos les travaux du « politologue Guy Groux ». Ce dernier « relève que l’on est passé de 168 jours de grève par an pour 1 000 salariés durant les années 1970 à 31 jours durant les années 1990 », note le quotidien. Peu à peu, « la crise économique, le repli individualiste et le désenchantement des salariés ont rendu le recours à la grève de moins en moins efficace ».

Pour les agents de la fonction publique, cesser le travail n’est pas sans conséquences. S’il s’agit d’un moyen de pression très visible, il n’en demeure pas moins risqué, notamment parce que « dans l’opinion, les usagers des services publics supportent de moins en moins bien les blocages. Certaines causes semblent dignes de l’intérêt général, comme ce fut le cas lors du grand mouvement des infirmières en 1988 ou plus récemment, avec le mouvement des chercheurs de 2003. » Plus difficiles à faire accepter, « les grèves dans les transports sont mal vécues par les usagers ».

Au fond, conclut La Croix, « dans une société de la communication, l’adhésion de l’opinion publique pèse de plus en plus sur le choix de modes d’action. Désormais, ce n’est plus la grève nationale, mais le cortège de manifestants qui apparaît comme l’outil privilégié des grandes centrales. » Une manière de ne pas se retrouver à la rue en matière de contestation sociale ?

Thomas Deszpot 

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