L’Avant-Veille de l’automne 2017

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par La rédaction
3 min

Le bizutage, vivement décrié, rarement condamné

Des photos d’étudiants aux pieds et mains ligotés, « corps recouvert de sacs-poubelles et maculé de substances indéterminées », voilà — entre autres —, ce qu’ont envoyé les syndicats étudiants Sud Éducation Calvados et SL Caen à la justice il y a quelques semaines. Des clichés témoignant d’un bizutage qu’auraient subi des étudiants de la fac de médecine de Caen.

Alors que le week-end d’intégration qui devait se dérouler les 27 et 28 octobre n’aura pas lieu, les témoignages d’élèves affluent. « Les plus chauds doivent ramper dans la merde, les tripes ou les viscères de poisson et manger de la pâtée pour chien », indique ainsi l’une d’entre eux. D’autres ont évoqué « des scènes d’humiliation, souvent à caractère sexiste » et même des « agressions sexuelles ou des incitations à en commettre » aux syndicats à l’origine du signalement. De quoi pousser le procureur de la République de Caen à ouvrir une enquête au plus vite.

Photo d'un jeune homme venant de recevoir une tarte à la crème dans le visage lors d'un bizutage.
Le bizutage, une pratique interdite depuis près de 20 ans. Et pourtant... (Illustration CC BY Seth Lemmons)

Un délit depuis 1998

Si le bizutage est une tradition bien connue des grandes écoles et de plus en plus décriée, les plaintes et condamnations, elles, restent rares, comme l’exposait Le Monde en septembre 2016. « La pratique est pourtant formellement interdite depuis la loi du 17 juin 1998 qu’avait portée Ségolène Royal », rappelle le quotidien du soir. Passible de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende, le délit de bizutage peut être invoqué dès lors que des actes humiliants ou dégradants sont commis en milieu scolaire ou socio-éducatif.

On s’était dit que les actes de bizutage allaient cesser

Malgré 19 années d’existence, « seulement trente-quatre condamnations définitives […] pour délit de bizutage ont été prononcées entre 2010 et 2014 : quinze en 2010, une en 2011 et 2012, cinq en 2013 et douze en 2014 », rapporte Le Monde. « Après le vote de la loi de 1998, on s’était dit que les actes de bizutage allaient cesser. Force est de constater qu’on avait un peu rêvé », regrettait alors Marie-France Henry, la présidente du Comité national contre le bizutage (CNCB). Tout en croyant à quelques effets positifs du texte, à commencer par une « évolution des mentalités », grâce à une définition large de ces actes et la mise en évidence des violences psychologiques dont ils pouvaient être synonymes.

La loi du silence

« Reste que cette définition large du bizutage rend difficile l’application de la loi », pointait Le Monde l’an passé, donnant alors la parole à Solène Debarra, avocate au barreau de Paris. « Les preuves sont hyper difficiles à apporter », indiquait la juriste, expliquant qu’il faut alors « chercher autour, cumuler avec des qualifications de violence volontaire ou involontaire, de harcèlement moral ou sexuel, etc. » pour constituer un dossier plus solide.

Les coupables, eux, sont souvent difficilement identifiables et les témoins pas toujours enclins à parler. Car plus encore que d’appliquer les textes, c’est de briser la loi du silence autour du bizutage qui s’avère le plus complexe. « Il faut imaginer la pression collective qui pèse sur le dos des victimes », analyse le sociologue Marc Audebert dans les colonnes du quotidien. « Les pratiques de bizutage sont souvent légitimées par la communauté, leur contenu étant considéré comme un certificat d’affiliation au groupe », ajoute-t-il. Autrement dit, parler, c’est s’assurer d’être ostraciser. Pas la meilleure méthode d’intégration…

Zoé Baillet 

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