L’Avant-Veille de l’automne 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

Au moment de négocier, les chômeurs soigneusement écartés

Branle-bas de combat chez les syndicats, travailleurs comme patrons ! C’est aujourd’hui que commence le premier round des négociations sur l’assurance chômage avec une consultation des ‘partenaires sociaux’. Medef, CPME, U2P, CFDT, FO, CGC, CGT et CFTC, tous sont d’accord avec un principe, celui de la concertation « la plus constructive possible ». D’une seule voix, ils assènent leur sentence : les décisions doivent être prises dans le cadre de « réunions multilatérales », et pouvant conduire, s’ils le jugent pertinent, « à une négociation paritaire ». Autrement dit une discussion réunissant autour d’une même table patrons et syndicats avec pour conséquence l’ajustement des règles du chômage pour les chômeurs à venir… et actuels.

Paritaire sur la forme donc, moins sur le fond si l’on met sur le devant de la scène le grand absent des concertations qui ont eu lieu jusqu’alors : le ‘demandeur d’emploi’, premier concerné et l’ex-cotisant, jamais invité à disserter sur le sujet. Pourtant bien au fait des conséquences du chômage sur leur mode de vie, leurs économies et leur moral, à la table des négociations, les chômeurs sont inaudibles. Même s’il ne l’ont pas toujours été.

Occupy Assedic

Un coup d’oeil dans le rétro suffit à apercevoir à quel point des associations ont su fédérer autour des chômeurs une longue lutte : à l’hiver 1997-1998, des associations telles AC ! (Agir ensemble contre le chômage) ou le Mouvement national des chômeurs précaires (MNCP) ont mobilisé les esprits tout concentrés qu’ils étaient à décorer le sapin de Noël. Soutenus par des organisations syndicales, dont Sud-PTT, Sud-Rail et la ‘CFDT en lutte’, ces mouvements ont lancé, à la mi-décembre 1997, une série d’actions coup de poing pour demander une revalorisation des minimas sociaux et une prime de Noël. Mais aussi une invitation aux discussions sur la mise en place des 35 heures et sur le projet de loi sur l’exclusion prévu pour le printemps 1998. Le 15 décembre, des occupations d’Assedic ont lieu à travers tout le territoire, d’Arras à Choisy-Le-Roy en passant par Manosque. Deux jours plus tard, « deux cents militants se sont installés sous la pyramide du Louvre pour obtenir de la direction du musée la possibilité d’organiser une réunion dans l’auditorium ». Le 31 décembre, le Fouquet’s est « pacifiquement envahi ».

Si les chômeurs activistes sont peu nombreux, ils ont derrière eux les deux tiers de l’opinion

Plusieurs semaines après, le mouvement est toujours en place. Et ce malgré les soupçons de « manipulation » que Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération, jette aux orties : « Il faut surtout comprendre pourquoi [la mobilisation] rencontre de l’écho. Car si les chômeurs activistes sont peu nombreux, ils ont derrière eux les deux tiers de l’opinion. » Mais en mars, le couperet tombe et l’association AC ! reconnait son impuissance : « Les annonces ne correspondent pas du tout aux revendications d’urgence posées par le mouvement. L’annonce d’un plan jeunes doté de 700 millions de francs [107 millions d’euros, NDLR] de la part de l’Etat est totalement indigente. »

Le mouvement des chômeurs a eu cet effet de montrer un nouveau visage, celui des chômeurs et d’une partie de la population qui « pendant vingt ans [a été] quasi totalement atomisée, inorganisée et non représentée … en dehors de quelques actions locales et ponctuelles ». Un mouvement qui est aussi retombé aussi vite qu’un soufflé. « Depuis, de nombreuses mobilisations – comme la « Marche européenne » de 1999 – ont eu lieu mais sans jamais atteindre la visibilité exceptionnelle du mouvement de l’hiver 1997-1998 », analysaient les chercheurs Sophie Maurer et Emmanuel Pierru.

Agence Pôle Emploi de Dijon
Les conventions régissant les règles de l’assurance chômage se succèdent et se négocient toujours sans représentation des ‘demandeurs d’emploi’. (CC 0)

Une mort du mouvement qu’Évelyne Perrin, membre d’AC ! et de Stop précarité explique par « la réorganisation entraînée par la fusion [entre l’ANPE et les Assedic pour former Pôle Emploi, NLDR] [qui] a totalement perturbé le mouvement, en supprimant l’accueil des chômeurs directement aux guichets, tout se faisant via une plate-forme téléphonique. » Avec pour conséquence directe, une difficulté d’accès aux chômeurs, contactés par le mouvement des chômeurs « de façon aléatoire ».

Depuis, surtout, les conventions régissant les règles de l’assurance chômage se succèdent et se négocient toujours sans représentation des ‘demandeurs d’emploi’. Décembre 2017, 22 ans après le mouvement des chômeurs, même décor de boules de Noël, papiers cadeaux et foule dans les magasins. La voix des chômeurs en moins. Et celle de l’opinion ?

 

Claire Berthelemy 

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