L’Avant-Veille de l’automne 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

Les jeunes, grands absents des manifestations ?

Quelque 170 manifestations sont programmées ce jeudi dans toute la France dans le cadre de la quatrième journée de mobilisation nationale contre les ordonnances réformant le Code du travail. Bon nombre d’appels à rejoindre le cortège des manifestants ont été faits par les organisations étudiantes, à commencer par l’UNEF, l’UNL et la FIDL. En toile de fond, la crainte d’un manque d’implication des plus jeunes dans le mouvement de contestation initié en septembre par la CGT. L’absence des jeunes générations apparaît pour beaucoup comme l’ultime symptôme de leur désinvestissement dans les combats collectifs. Pour le quotidien Le Monde, il faut ainsi remonter dix ans en arrière, au moment de la mobilisation nationale de février et novembre 2006 contre le Contrat première embauche (CPE), pour trouver le dernier mouvement de protestation porté par les jeunes Français.

Fronde anti-CPE

En 2016, à l’occasion du dixième anniversaire du mouvement, Le Monde fait ainsi de la fronde anti-CPE le « dernier grand mouvement de convergence entre la jeunesse et les syndicats ». Daté du 27 mars 2006, un autre article du même quotidien fait le récit de cette mobilisation historique. À l’époque, le chômage des jeunes culmine à 24%. Le Contrat première embauche est présenté par Dominique de Villepin, alors Premier ministre, comme un outil destiné à instaurer « plus de flexibilité » pour les employeurs, et in fine favoriser l’embauche des moins de 26 ans : « Le CPE est un contrat à durée indéterminée, mais assorti d’une période d’essai particulièrement longue : deux ans pendant lesquels l’employeur peut licencier le jeune sans avoir à donner de motif. »

Alors que le Premier ministre parvient à faire passer en force son projet de loi en ayant recours au 49-3 (déjà !), la mobilisation s’organise à toute vitesse, avec en fer de lance les syndicats étudiants, lycéens et les organisations de jeunesse. Elle atteint son point culminant le 27 mars. « La mobilisation contre le contrat première embauche (CPE) faisait l’effet d’un raz-de-marée, mardi 28 mars. Environ 1 055 000 manifestants ont défilé dans toute la France, selon la police, plus de trois millions selon FO et la CGT », relate Le Monde.

Des jeunes manifestants battent le pavé
Environ 1 055 000 manifestants ont défilé dans toute la France, selon la police, plus de trois millions selon FO et la CGT (CC BY-SA Philippe Roos)

« Le seul moyen de faire plier le gouvernement, c’est de faire grève générale, déclare alors au Monde Raphaël Loosefelt, étudiant en 2e année de philosophie à Censier (Paris III). Ça a marché pour le CIP [contrat d’insertion professionnelle]. On va faire pareil avec Villepin ». Et de fait, le CPE est officiellement abandonné le 10 avril. Un vote du Parlement le fait disparaître de la loi et le remplace par un nouveau dispositif d’aides aux entreprises embauchant des jeunes.

Le seul moyen de faire plier le gouvernement, c’est [la] grève générale

Pour 58% des Français interrogés dans le cadre d’un sondage paru en mars 2016, et relayé par Le Monde, la Loi El Khomri aurait dû aboutir à une contestation d’une ampleur comparable à la fronde contre le CPE. Pourtant, en dehors de la parenthèse Nuit debout, la grève générale n’a pas eu lieu. Les ordonnances Macron, qui s’inscrivent pourtant dans le prolongement idéologique de la Loi El Khomri et de la réforme promue par Dominique de Villepin, ne les mobilisent pas plus. Chez les jeunes, l’heure serait-elle désormais à la résignation ?

Elena Scappaticci

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