L’Avant-Veille de l’automne 2017

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par La rédaction
3 min

Polanski face à la justice, tout un Roman

« Si violer est un art, donnez à Polanski tous les Césars. » C’est avec des slogans et pancartes pour le moins virulents que s’est ouverte à la Cinémathèque française, à Paris, une rétrospective consacrée à Roman Polanski. Le réalisateur franco-polonais, toujours accusé par la justice américaine de viols sur mineurs dans les années 1970/80, n’a jamais remis les pieds aux États-Unis, où des magistrats souhaitent le juger. Pour la quinzaine de militantes du collectif Osez le féminisme mobilisées lundi à l’entrée du centre culturel, un tel hommage est plus que déplacé : « C’était une question de décence d’annuler », estiment-elles.

La corporation fait front

Doit-on dérouler le tapis rouge à Roman Polanski ? Pour Costa Gavras, directeur de la Cinémathèque, chercher à empêcher cette rétrospective s’apparente à de la censure. Depuis 30 ans, il n’est pas le premier à prendre la défense du réalisateur, surtout dans le petit monde du cinéma.

Il n’y a pas de raison pour qu’il soit dispensé de tribunal

Inculpé quelques jours en Suisse en 2009, Roman Polanski craignait une extradition vers les États-Unis. À l’époque, de grands noms de la culture prennent sa défense en France, un soutien qui a beaucoup surpris aux États-Unis. La correspondante de Libération à Los Angeles raconte à l’époque dans les colonnes du quotidien la stupeur de ses interlocuteurs. « Roman Polanski doit affronter les juges, comme n’importe quel citoyen », estime Jared, un trentenaire qui travaille dans le cinéma. « Il n’y a pas de raison pour qu’il soit dispensé de tribunal », estime-t-il. « Personne ne va le soutenir ici, c’est difficilement imaginable », lance pour sa part Amy, une consœur.

Roman Polanski lors d'une remise de prix.
Roman Polanski, de nouveau dans l’œil du cyclone. (CC BY-SA Zff2012)

La presse se montre surprise, elle aussi. Libération raconte que « dans le Washington Post, l’éditorialiste Eugene Robinson (prix Pulitzer 2009) a exprimé son incompréhension face au soutien d’une certaine élite française, en premier lieu celle du ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand ». Une position d’autant plus ambiguë que ce dernier s’est « lui-même autorepenti de ses coucheries avec des « garçons » en Thaïlande, dans La Mauvaise Vie [roman paru en 2005, NDLR] ».

Circonstances pas atténuantes

Les soutiens de Polanski avancent notamment qu’il a déjà purgé une peine de prison aux États-Unis, mais aussi que la victime a appelé à cesser les poursuites à son encontre. Il serait temps, selon eux, de passer à autre chose, dans une affaire qui date désormais de plusieurs décennies.

Un argumentaire irrecevable de l’autre côté de l’Atlantique, comme le montre Libération en citant un autre passage de l’éditorial signé par Eugene Robinson. Défendre le réalisateur, « cela revient-il à être d’accord avec son argument selon lequel une fille de 13 ans, sous l’influence de l’alcool et de drogues, puisse consentir à des relations sexuelles avec un homme de plus de 40 ans ? », s’interroge la plume du Washington Post. « Ou alors que droguer et violer un enfant n’est pas un si gros problème ? » Tenace, la justice a « agi de la bonne manière, peu importe combien de temps a passé et malgré le fait que la victime ne recherche plus son emprisonnement », se félicite le Los Angeles Times.

Si depuis les révélations de l’affaire Weinstein, les dénonciations de violences sexuelles et de harcèlement se multiplient, certains grands noms du monde culturel semblent jouir d’une forme d’impunité. En honorant Roman Polanski, la Cinémathèque salue le réalisateur tout en feignant d’ignorer l’homme. Une posture délicate pour un 7e art qui porte d’ordinaire une grande attention au hors champ.

Thomas Deszpot 

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