L’Avant-Veille de l’automne 2017

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par La rédaction
3 min

Salariés en colère, patrons séquestrés

Ce matin devant le tribunal de Versailles avait lieu un rassemblement de soutien à neuf militants CGT de l’usine PSA de Poissy. Ils comparaissent pour séquestration d’un cadre de l’entreprise en février dernier, séquestration qu’ils démentent avoir menée. L’agent de maitrise de l’usine a dans la foulée déposé plainte. Une suite que ne connaissent pas toutes les actions de ce type, mais qui témoignent d’une crispation dans le dialogue entre salariés, chef d’entreprise et / ou cadres. Ce type d’action coup de poing, lui, n’est pas nouveau.

En 2009, dans Le Parisien, 45% des Français interrogés dans le cadre d’un sondage estimaient la méthode acceptable. Quand les lecteurs de Paris Match étaient plutôt 30% raccords, et 63% à les comprendre, sans pour autant les approuver. Une ambivalence qui, logiquement, ne se retrouve pas dans toutes les catégories socio-professionnelles : 56% des ouvriers soutiennent les séquestrations versus 40% chez les cadres et 33% chez les sympathisants de droite. Si séquestrer son patron revêt parfois un caractère héroïque, la tactique est surtout risquée juridiquement pour les salariés qui s’y frottent : 20 ans de réclusion, ramenés à cinq ans si la libération intervient dans les sept jours suivant la séquestration, et 75 000 euros d’amende.

Une vieille Peugeot abandonnée dans une ferme / Illustration CC By Jason Goulding
Une vieille Peugeot abandonnée dans une ferme / Illustration CC By Jason Goulding

La méthode est peut-être privilégiée par les sympathisants de gauche, reste que ces séquestrations ont connu une période de gloire à la fin des années 2000. Et particulièrement au premier trimestre 2009 : après quatre séquestrations coup sur coup, le site Bastamag faisait le point sur cette inversion radicale des rapports de force entre employés et patrons.

Une efficacité redoutée

« Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’aller séquestrer des gens ? On est dans un État de droit, il y a une loi qui s’applique, je la ferai respecter », déclarait pour l’occasion le président Nicolas Sarkozy, cité par Basta!. Et pourtant, à chaque fois, le même point de départ : des revendications salariales qui seraient ignorées par les chefs. Qu’il s’agisse d’indemnités de départ à rehausser, de congés « de reconversion à allonger », « ces actions se révèlent efficaces pour peser sur les négociations ».

Ces actions se révèlent efficaces

Chez Sony, après de juteux bénéfices – 2,8 milliards d’euros en 2008 -, on avait fermé l’usine de Pontoux dans les Landes, laissant sur le carreau plus de 300 employés. Une séquestration des directeurs de Sony France plus tard, les grévistes obtiennent « la reprise des négociations » et un allongement de leurs congés de reconversion. Dans la foulée, « le PDG de Sony France annonce que les indemnités de licenciement sont portées à 45 000 euros minimum plus un mois de salaire par année d’ancienneté », rappelle Bastamag!

Même constat au printemps 2009 chez Scapa, un fabricant d’adhésif industriel : 3 millions d’euros de bénéfices l’année passée, dont la moitié « a été reversée aux actionnaires », licenciement des 68 salariés dans l’Ain et séquestration de quatre cadres dirigeants. « Suite à leur libération, ils ont obtenu 1,7 million d’indemnités supplémentaires, qui s’ajoutent aux indemnités légales. Pour chaque salarié qui compte une ancienneté d’au moins 20 ans, cela représente 55 000 euros par salarié en plus des indemnités conventionnelles. La direction a accepté le paiement des jours de grève. »

Légère fermeté

Rebelote, en moins avantageux chez 3M dans le Loiret et Caterpillar, en Isère, malgré la reprise de négociations à l’époque. « La séquestration de cadres dirigeants obtient donc des résultats […] significatifs quand les négociations sont bloquées. À défaut de préserver emplois et salaires, cette méthode de lutte permet aux salariés visés par les licenciements de s’en sortir un peu mieux financièrement. » Si tant est que le levier de la justice n’est pas activé : dans certains cas, les patrons ne portent pas l’affaire devant les tribunaux, dans d’autres, ils sont moins conciliants et beaucoup plus revanchards.

Les employés évitent les peines de prison ferme

Slate évoquait les risques encourus début avril 2009 : « [ils sont] grands, mais en pratique les employés évitent les peines de prison ferme. » C’était effectivement le cas pour l’affaire Goodyear à Amiens en 2014, dans laquelle la direction avait déposé plainte pour détention et séquestration. Après des années de procès, les salariés mis en cause avaient écopé de sursis, voire de relaxe pour l’un d’entre eux. Un résultat qui aurait de quoi rassurer les neuf militants, jugés à 14 heures.

Claire Berthelemy

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