L’Avant-Veille de l’automne 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

Taxation du diesel : longtemps au point mort, la France passe la seconde

Dans le viseur du Gouvernement, le diesel devrait devenir de moins en moins attractif pour les automobilistes. Sa taxation va en effet augmenter de 10% dès 2018, une mesure qui vise à accélérer la « convergence de la fiscalité diesel-essence », annoncée début juillet par le Premier ministre dans sa déclaration de politique générale.

Pour la première fois depuis 17 ans, le diesel représente moins de 50% des nouvelles immatriculations en France. Cette diminution, observée depuis plusieurs années, devrait s’accentuer avec la hausse des taxes, d’autant plus qu’une prime à la conversion des véhicules a été annoncée parmi les mesures phares du plan climat, porté par Nicolas Hulot.

Virage à 180 degrés

Taxer le diesel et le combattre frontalement ? Une attitude volontariste qui tranche avec celle longtemps adoptée par le pouvoir politique. Pour s’en convaincre, un retour en 1995 s’avère utile. À l’époque, le gouvernement Balladur enchaîne les hausses de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP). En janvier, le super sans plomb 95 augmente de 33 centimes de franc. France 2 consacre un sujet de son JT à ces décisions, mais s’étonne surtout du traitement de faveur réservé au diesel. Épargné, son prix ne grimpe que de 4 centimes.

Il ne serait pas sage de l’augmenter trop fortement

« Le diesel est le grand oublié des augmentations », observe le reportage. Pour comprendre les raisons d’une telle dichotomie, les journalistes interrogent le ministre du Budget, un certain Nicolas Sarkozy. Assumant totalement ce choix, il explique que « le gasoil est un enjeu essentiellement industriel ». « Il ne serait pas sage de l’augmenter trop fortement », assure,-t-il, « alors que nos principaux voisins ne le font pas. La concurrence internationale du transport routier se ferait au détriment de nos transporteurs nationaux. »

Préserver la compétitivité d’un secteur industriel en adoucissant la fiscalité, voilà qui « indigne les écologistes », note le présentateur Bruno Masure pour amorcer le sujet de son journal télévisé. Des écologistes qui déplorent que « la préférence pour le diesel encourage le transport routier au détriment du train ».

Une voiture s'avance dans une station service où l'on propose du gasoil.
Pendant des années, les automobilistes ont profité d'un diesel moins taxé que l'essence. (Illustration CC BY Pic Basement)

Particules(ièrement) dangereux

Parmi les arguments aujourd’hui invoqués par les pouvoirs publics pour rendre moins attractif le diesel, son danger pour la santé revient en boucle. Un discours qui n’est pas si nouveau, puisque le reportage de France 2 listait en détail les risques il y a déjà 22 ans. « C’est le carburant que redoutent le plus certains médecins, en raison de la grande quantité de poussières qu’il contient. »

Elles sont émises à hauteur de nos voies respiratoires

Ces « poussières » désignent en réalité les désormais bien connues particules fines. « Elles sont émises au pot d’échappement avec une taille extrêmement fine […] quasiment à hauteur de nos voies respiratoires », fait remarquer un chercheur et médecin au micro de France 2. Problème, ces particules « ont la capacité de pénétrer très loin, […] jusque dans nos alvéoles les plus intimes », ce qui rend leur évacuation particulièrement délicate. Deux décennies plus tard, l’alerte lancée par ce spécialiste paraît plus que légitime. Une récente étude parue il y a quelques jours indiquait que chaque année, les émissions excessives d’oxydes d’azote (directement liés au diesel), entraînent la mort de 5 000 personnes en Europe.

Outre les craintes en matière de santé, la pollution de l’air est devenue un sujet de préoccupation majeur. Majeur et coûteux si l’on en croit une commission d’enquête du Sénat, qui évaluait à 100 milliards d’euros par an le coût de cette pollution pour la France. Face à l’énormité des chiffres, les mesures du gouvernement actuel tentent de parer à l’urgence. Pas question de faire marche arrière, le temps est venu de mettre la gomme.

Thomas Deszpot 

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