L’Avant-Veille de l’automne 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

X-Leaks et Y-Papers, un quasi immobilisme politique

Depuis hier soir, les réseaux sociaux et journaux n’ont qu’une affaire à la bouche, les « Paradise Papers ». Un réseau international de journalistes d’investigation (ICIJ) vient de lancer ce qu’il espère être une petite bombe dans les paysages politique, financier et économique : 13,5 millions de fichiers qui prouvent qu’untel ou unetelle pratique l’optimisation de ses revenus pour payer moins d’impôts.

Dans les faits, a priori, rien d’illégal, si ce n’est que ces stratégies ont des conséquences désastreuses. Notamment sur les collectivités, à qui on demande de faire quelques économies quand 60 à 80 milliards manquent aux caisses de l’État, du fait de ces pratiques. On pourrait égrener une à une ces révélations depuis quelques années. On se souvient notamment des « Lux Leaks » en novembre 2014, qui faisaient état des petits arrangements des multinationales avec le Luxembourg. Deux ans plus tard, les « Panama Papers » montraient les fuites des plus fortunés dans de petits havres de paix.

Statu quo.

L’occasion d’une prise de conscience collective ? « La vérité est que presque rien n’a été fait depuis la crise de 2008. Par certains côtés, les choses ont même empiré », dénonçait Thomas Piketty dans un blog hébergé sur Le Monde en avril 2016 : « La question des paradis fiscaux et de l’opacité financière occupe depuis des années le devant de l’affiche. Malheureusement, il existe en ce domaine un écart abyssal entre les proclamations victorieuses des gouvernements et la réalité de ce qu’ils font. […] On peut se réjouir du fait que les journalistes fassent leur travail. Le problème est que les gouvernements ne font pas le leur. »

Presque rien n’a été fait depuis la crise de 2008

À chaque nouveau scandale, les responsables politiques feignent de découvrir l’optimisation de grands groupes et de personnalités bien conseillées. Mais le système a toute sa logique, même au sein de l’Union européenne, où les sociétés sont taxées différemment selon qu’elles sont basées au Luxembourg, en Irlande ou… en France. Le taux d’imposition des sociétés en Irlande ? 12%. Le Royaume-Uni, à l’époque de l’article de Thomas Piketty, s’apprêtait « à réduire son taux à 17%, du jamais vu pour un grand pays, tout cela en protégeant les pratiques prédatrices des îles Vierges et des autres places offshore de la couronne britannique ». Un comble pour des pays de la même zone économique pour l’auteur du Capital au XXIe siècle.

Une plage paradisiaque, allégorie du paradis (fiscal)
Un paradis... Fiscal ?(Illustration CC BY-SA Roberto Faccenda)

Pas après pas

Et ce n’est pas tout, Piketty dénonce aussi l’opacité qui règne autour des paradis fiscaux et les pratiques d’évasion. « Un peu partout dans le monde, les plus grandes fortunes ont continué de progresser depuis 2008 beaucoup plus rapidement que la taille de l’économie, en partie car elles paient moins d’impôts que les autres. En France, un ministre du Budget a pu tranquillement expliquer en 2013 qu’il ne détenait aucun compte en Suisse, sans crainte que son administration ne l’apprenne, et il a fallu de nouveau des journalistes pour découvrir la vérité. »

Même si des progrès ont été réalisés en matière de lutte contre l’évasion fiscale, les efforts restent timides : « Il est urgent d’accélérer le processus et de mettre en place de lourdes sanctions commerciales et financières pour les pays qui ne respecteront pas des règles strictes. Ne nous y trompons pas : seule une application répétée de telles sanctions […] permettra d’établir la crédibilité du système et de sortir du climat d’opacité et d’impunité généralisée en vigueur depuis des dizaines d’années. »

Il est urgent d’accélérer le processus

Les « Panama Papers » avaient redonné un peu d’espoir, tant aux ONG combattant l’évasion fiscale et l’optimisation fiscale agressive qu’à Thomas Piketty, pour que « le monde […] s’attaque enfin à l’opacité financière sans attendre une nouvelle crise ». Derrière chaque scandale, certaines instances ont bien tenté de légiférer, et d’autres d’enquêter. Citons par exemple la commission Pana dans la foulée des « Panama Papers » : un groupe de 65 membres, députés européens, chargé d’investiguer.

Dix-huit mois plus tard, les « Paradise Papers » constituent une piqûre de rappel, pour ceux qui auraient oublié que les gouvernements « se sont donné l’illusion qu’ils n’avaient pas besoin d’agir » . L’agitation autour des révélations d’hier sera-t-elle suivie d’effets ?

Claire Berthelemy

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