L’Avant-Veille de l’été 2017

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par La rédaction
4 min

Bientôt finie la peur des zones blanches ?

L’Autorité de régulation de l’Internet et de la téléphonie (ARCEP) vient de rendre publique une carte interactive des plus utiles au moment de choisir chez qui souscrire un abonnement téléphonique. À écouter les opérateurs, tous couvrent la quasi entièreté du territoire. Mais, qui n’a pas manqué de réseau à un moment ou un autre, pestant contre la faiblesse du signal quand il s’agit de passer un coup de fil de plus de dix secondes, perché sur une chaise au fond du jardin ? Grâce à cette carte, terminé ce numéro d’équilibriste, l’on saura toujours chez qui souscrire en fonction de l’endroit où l’on habite.

D’aucuns diront que c’est un caprice de jeunes branchés, incapables de se passer de leur smartphone. D’autres vivent ce calvaire depuis plusieurs années. Et, n‘en déplaise aux détracteurs et adeptes du « c’était mieux avant », l’accès à un réseau mobile peut se révéler capital.

En décembre 2012, Le Parisien magazine était allé faire un tour du côté d’Escales, une commune de l’Aude en zone blanche – comme onze autres du département. Ici, impossible d’appeler via son portable. Quant au surf sur l’Internet mondial, il ne faut pas avoir à télécharger le WeTransfer des photos de vacances : la vitesse de connexion, même si elle dépasse celle permise par les modem 56k de la fin des années 1990, est inférieure à 512k. « Près de dix fois moins que le débit moyen en France », assénait le magazine.

Des conséquences fâcheuses

Quand le nombre d’habitants au kilomètre carré est faible, brancher une antenne n’est pas rentable pour les opérateurs. Seulement, pour la population, les conséquences sont nombreuses, fâcheuses… et loin d’être anecdotiques. Céline a 20 ans, et au-delà de la difficulté à organiser des apéros Facebook, elle entrera bientôt sur le sacro-saint marché de l’emploi. « Comment trouver un travail aujourd’hui sans Internet ? », se demande-t-elle. La difficulté à répondre au téléphone ou à consulter ses mails est un handicap certain.

Comment trouver un travail aujourd’hui sans Internet ?

Aussi, ce qui permet d’être « compétitif » ou simplement de répondre présent et que l’ensemble de la population attend — pouvoir réserver un restaurant par mail ou même par téléphone, par exemple —, là-bas, c’est compliqué. « En pleine saison touristique, les clients ne parvenaient que très difficilement à nous joindre sur le téléphone fixe. De plus, je suis obligée de me déplacer pour des démarches qui prendraient trente secondes par e-mail. » raconte au Parisien Nathalie Igot, restauratrice de L’escale des gourmets.

Un homme marche dans la rue tout en consultant son smartphone
Téléphoner, une galère pour certains / Illustration CC BY SA Hernán Piñera-2

Médecins, garagistes, mais aussi agriculteurs sont touchés par cette faiblesse du réseau. Benoît Frayssine, lui, est négociant en céréales et doit suivre les cours en direct. « Mais c’est impossible de le faire aux champs, car je n’ai pas accès à Internet sur mon téléphone portable. Je cherche donc en permanence un lieu où il y a du réseau. […] C’est usant et ça m’empêche d’utiliser les techniques modernes comme les dispositifs d’arrosage à distance par SMS. Sans compter qu’en cas de panne ou d’accident, je ne peux prévenir personne. »

Des raisons de sécurité que pointent du doigt aussi les défenseurs de nos chères cabines téléphoniques : leur démantèlement à travers le territoire est déjà bien avancé. Fabrice Verdier, ancien parlementaire auteur d’un rapport sur la suppression des cabines par Orange, confiait à L’imprévu en juillet dernier : « Nous avons préconisé un retrait des cabines téléphoniques dès lors que l’argent économisé par les opérateurs devait permettre d’assurer une couverture mobile sur l’ensemble du territoire. » Autrement dit, pas de démantèlement sans développement de la couverture mobile.

Une carto en décalage

La situation rencontrée par les habitants d’Escales n’est pas isolée : on la retrouve à travers l’Hexagone, dans les zones répertoriées comme blanches, mais aussi dans certaines zones où le courant est censé bien passer. Le Parisien le rappelle : « Selon les règles officielles, il suffit qu’un opérateur soit accessible durant une minute devant la mairie ou sur la place du marché d’une commune pour qu’elle ne soit pas classée en zone blanche. »

Alors que les smartphones se sont généralisés, la consommation de bande passante est devenue infiniment plus grande qu’avec les antiques Nokia 3310. « Résultat, dans les zones excentrées, les réseaux sont encore plus rapidement saturés », précise Jacques Pomonti, le président de l’Association française des utilisateurs de télécommunication (AFUTT) au Parisien Magazine.

Avec son outil, l’Arcep rebat les cartes en matière de données théoriques et pratiques. Jusqu’alors, les critères de tout un chacun pour choisir un lieu de vie s’en tenaient à la proximité des écoles, d’éventuels commerces et de son lieu de travail. Aujourd’hui, faut-il ajouter la couverture mobile ?

Claire Berthelemy

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