L’Avant-Veille de l’été 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

Dans la famille « Sortis-de-nulle-part », je demande… La règle des 3% !

Soudain, sans crier gare, la revoilà. À peine commençait-elle à prendre la poussière que la règle des 3% refait surface, brandie en ce début juillet par le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin. « Passer sous la barre des 3% de déficit public, dès cette année », tel est donc l’objectif du Gouvernement, qui entend, pour y parvenir, réaliser 4,5 milliards d’euros d’économies. Sans la moindre suppression de postes, assure-t-on, et « sans mettre à contribution la Sécurité sociale et les collectivités locales », relate Le Figaro.

Un coup de baguette magique

L’arrivée de nouvelles têtes dans le paysage politique n’a pas bouleversé toutes les conventions ni les habitudes de nos dirigeants. Tout juste arrivés au pouvoir, les marcheurs entendent donc respecter à la lettre cette règle des 3%, à laquelle les États membres de l’UE se soumettent depuis l’instauration du Traité de Maastricht (en 1993). Une mesure de régulation des déficits publics désormais continentale, mais qui a vu le jour dans l’Hexagone, rappelait en 2012 Le Parisien.

On a imaginé ce chiffre de 3% en moins d’une heure

Le journal a retrouvé la trace de son instigateur, l’économiste Guy Abeille. Méconnu, il est pourtant « l’inventeur d’un concept martelé par tous les gouvernements de droite comme de gauche depuis trois décennies […] qui justifie toutes les hausses d’impôts et toutes les réformes ». Sur quels principes repose une telle mesure ? Comment a-t-elle été définie ? « On s’attend à ce que cet ancien haut fonctionnaire de la direction du Budget sorte d’étranges graphiques », avoue le quotidien, « mais, surprise, il lâche : ‘On a imaginé ce chiffre de 3% en moins d’une heure, il est né sur un coin de table, sans aucune réflexion théorique.’ »

Un jeu de cartes avec des 3.
Le 3, chiffre magique ? (illustration CC BY Karen and Brad Emerson)

Aucune réflexion théorique ? Vraiment aucune ? Non non, poursuit l’intéressé : « C’était un soir de mai 1981. Pierre Bilger, le directeur du Budget de l’époque, nous a convoqués avec Roland de Villepin [cousin de Dominique, NDLR]. Il nous a dit : ‘Mitterrand veut qu’on lui fournisse rapidement une règle facile, qui sonne économiste et puisse être opposée aux ministres qui défilaient dans son bureau pour lui réclamer de l’argent.’ »

3% en moins de deux

En un instant, voilà que l’entourloupe se dessine. Cette règle des 3% ne repose donc sur rien de concret. Au Parisien, Guy Abeille précise tout de même son raisonnement : « On allait vers les 100 milliards de francs de déficit, ça représentait plus de 2% de déficit. 1% ? On a éliminé ce chiffre, impossible à atteindre. 2% ? Cela nous mettait trop sous pression. 3% ? C’est un bon chiffre, un chiffre qui a traversé les époques, cela faisait penser à la Trinité. » Amen !

La bête est sortie de sa boîte

« On ne pensait pas que ça allait déborder au-delà de 1981 », admet le haut fonctionnaire de l’époque. « Plus tard, cette référence sera théorisée par des économistes et reprise dans le traité de Maastricht, devenant un des critères pour pouvoir intégrer la zone euro », souligne Guy Abeille, assurant qu’à partir de là, « la bête est sortie de sa boîte ».

Depuis bientôt 40 ans, cette « bête » n’a pas perdu de sa vigueur : elle dévore encore les ministres successifs qui tentent de la respecter. Le dernier en date — Gérald Darmanin —, assure pourtant que le plan mis en place cette fois-ci est « inédit ». À lui de le prouver, dans une France qui a vu sa dette publique exploser entre 1981 et 2016, passant de 22 à 98% de son PIB.

Pour découvrir le récit stupéfiant de Guy Abeille, rendez-vous sur le site du journal Le Parisien.

Thomas Deszpot 

Précédent
Suivant

Enquêtes, retours, explications, promenez-vous sur L'Imprévu