L’Avant-Veille de l’été 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

L’Obamacare en sursis, l’Amérique pauvre aussi

Un « cauchemar », ni plus ni moins. Les mots de Donald Trump sont durs lorsqu’il s’agit d’évoquer l’Obamacare, la réforme de la protection sociale obtenue au forceps en 2010 par son prédécesseur à la Maison blanche. Abroger cette loi emblématique de l’ère Obama, synonyme de couverture santé pour 20 millions de personnes, le président américain en a fait une affaire personnelle.

Pour arriver à ses fins, Donald Trump doit obtenir un réexamen du texte. Une procédure qui doit obligatoirement être validée par le Sénat, appelé au vote ce 25 juillet. Malgré leurs divisions, les sénateurs républicains « tiennent leur chance de tenir leur promesse », a asséné le président, menaçant les élus de son camp qui ne participeraient pas au scrutin de représailles politiques.

« Inconcevable pour un Français »

En finir avec l’Obamacare signifierait le retour à un système de santé plus traditionnel aux États-Unis, sur lequel se penchait Le Monde en 2007. Professeur en économie et spécialiste de ces questions, Victor G. Rodwin a décrit au quotidien les « vices et vertus » de ce modèle social aux antipode de celui que nous connaissons en France.

Tout le monde est couvert à condition de devenir pauvre

Comment décrire le fonctionnement américain ? « L’État fédéral, en partenariat avec les États, couvre les gros risques : les personnes âgées, les handicapés lourds, les pauvres. Certains conservateurs diraient que nous avons en fait un système de couverture universelle dans la mesure où tout le monde est couvert à condition de devenir pauvre… » Outre-Atlantique, mieux vaut donc éviter les ennuis de santé, puisque l’État joue un rôle minime dans ce domaine : « On n’est pas automatiquement couvert […] c’est inconcevable pour un Français », lâche Rodwin.

Donald Trump.
Donald Trump, adversaire numéro 1 de l'Obamacare. (Illustration CC BY-SA Gage Skidmore)

Pour assumer les frais liés à une maladie ou une hospitalisation, les employeurs fournissent une assurance privée à leurs salariés — « c’est le cas de 58% des Américains », précise le spécialiste. « Les prestations varient d’une assurance à l’autre. Les gros employeurs proposent en général de meilleurs systèmes de couverture. Une très faible minorité des assurés (moins de 3%) bénéficie d’un système […] où le patient peut aller consulter n’importe quel médecin pour n’importe quelle raison et se faire rembourser. » Pour les chômeurs ou les populations défavorisées, se soigner devient rapidement un luxe, si bien que même avec l’Obamacare, 9% des Américains restent sans assurance santé en 2017. Ils étaient deux fois plus nombreux en 2010.

Tout n’est pas à jeter

Inégalitaire, individualiste, coûteux, le système de santé américain a mauvaise presse en France, notamment depuis la sortie, il y a dix ans, du documentaire Sicko, réalisé par Michael Moore.

Nous avons plus d’infirmières par lit que vous

Victor G. Rodwin en livre pourtant un regard plus nuancé. Il reconnaît volontiers que son pays souffre d’un « problème d’accès aux soins », mais souligne qu’aux États-Unis, « l’intensité des soins est aussi plus élevée. Nous avons plus d’infirmières par lit que vous ; plus de technologies lourdes et coûteuses, par exemple les IRM. »

Les conditions de travail dans le secteur médical s’avèrent par ailleurs bien meilleures au pays de l’oncle Sam. Les médecins y sont mieux payés, « beaucoup mieux », même, assure l’enseignant en économie. « Mais, en échange, ils ont accepté une perte d’autonomie. Ils sont soumis à l’intervention permanente des multiples payeurs, qui peuvent demander aux médecins et à l’hôpital de rendre des comptes sur la raison pour laquelle ils ont ordonné tel ou tel traitement. » Dans ce système libéral où la mise en concurrence et la recherche de profit sont naturels, « ils doivent défendre les soins qu’ils ont mis en place pour le malade ».

Au moment où se décide l’avenir de l’Obamacare, la conclusion formulée en 2007 par Victor G. Rodwin semble plus que jamais d’actualité. « Le grand enjeu de l’avenir », assurait-il au Monde, sera de « rendre accessibles à tous les soins de grande qualité ».

Plongez en détail dans les méandres du système de santé américain grâce à cet article du Monde

Thomas Deszpot 

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