L’Avant-Veille de l’été 2017

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par La rédaction
3 min

Low cost : Air France rechigne mais signe

Des vols low cost sur moyen et long courrier proposés par Air France ? Les pilotes de la compagnie disent « oui ». Après plusieurs mois de négociations, les membres du SNPL (syndicat majoritaire chez les personnels navigants) ont majoritairement validé le projet de la direction. L’idée : mettre sur pied une filiale low cost nommée « Boost » pour conquérir de nouveaux marchés et proposer à l’horizon 2018 des vols à bas coût vers des destinations lointaines.

Conversion sur le tard(mac)

Air France, chantre du low cost ? Une position qui a de quoi surprendre, de la part d’une compagnie qui a longtemps tenté de résister à la dictature des économies et au rognage du droit social qui l’accompagne. Impossible pourtant, en 2017, de s’imposer sur un marché aussi concurrentiel que l’aérien sans une offre à bas coûts digne de ce nom. Pour rester dans la cour des grands, Air France a donc opéré un virage à 180 degrés. Une transition que racontait le site Atlantico en octobre 2011, faisant passer l’entreprise d’un « monopole pur et dur » à un nouvel écosystème débordant d’ambitieux rivaux.

La compagnie nationale a d’abord mené une politique de contestation juridique

Avant d’embrasser le chemin du low cost, via sa filiale Transavia notamment, Air France s’est rebellée. « La compagnie nationale a d’abord mené une politique de contestation juridique des nouveaux entrants en assignant Ryanair ou d’autres devant les tribunaux pour des subventions directes ou indirectes versées par les régions desservies », rappelle Atlantico, sous la plume de l’économiste Pascal Perri. Un coup d’épée dans l’eau puisque si elle a « souvent gagné dans les prétoires […] le marché s’est vengé. »

Le personnel d’Air France, « très attaché à un statut hérité des temps glorieux du transport aérien », a lui aussi tenté de retarder la généralisation des pratiques mises en place par Easyjet et consorts. Une résistance qui a fini par céder « sous la pression » de la concurrence, dans les airs ou sur les rails. Peu à peu, la compagnie s’est donc adaptée, faisant évoluer sa politique pour répondre aux attentes de ses clients.

un avion Air France à l'arrêt.
Air France, futur géant du low cost ? (Illustration CC BY-SA Eric Salard)

Décollage impératif

En 2011 le projet Boost n’a pas encore vu le jour. Pour la compagnie, l’heure est à l’ouverture de sa première base en province, du côté de Marseille. Un moyen de « contrer les low cost sur leur propre terrain », analyse Atlantico. Le site d’info met en lumière un véritable basculement : « En deux générations », note-t-il, « le billet ‘Paris-New York’ est passé du prix d’une petite voiture à celui d’un ordinateur portable moyenne gamme ». « Personne ne veut plus payer l’avion au-delà d’un certain prix ».

Le modèle de Ryanair a fait école

Autre point notable, la dérégulation progressive du secteur, qui a ouvert la porte à de nouveaux acteurs. « Le modèle de Ryanair – simplicité de l’offre, vente du produit principal dans un prix de base très attractif, segmentation des options, enfin plus tard réservation sans intermédiaire sur Internet – a fait école », assure Pascal Perri. Les derniers chiffres nous en offrent la preuve : l’entreprise irlandaise est devenue en début d’année la première compagnie européenne en nombre de passagers transportés.

Proposer du low cost lorsque l’on est habitué au prestige et au haut de gamme continue de représenter un défi pour la compagnie tricolore, un véritable grand écart. Assumer de telles évolutions reste difficile, comme le souligne Atlantico : « Air France s’approprie les règles du low cost en gardant un service à bord et toutes les apparences d’une compagnie premium. C’est un pari risqué dans la mesure où le modèle low cost est un modèle radical qui s’accommode assez mal de l’eau tiède. » Risqué ? Pascal Perri s’explique : « les low costers sont sans concession ».

Face à des concurrents aux dents longues, un coup de « Boost » semble aujourd’hui plus que bienvenu.

L’arrivée d’Air France sur le marché du low cost est à revivre sur le site d’Atlantico.

Thomas Deszpot 

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