L’Avant-Veille de l’été 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

Philippot, une ascension aussi rapide que la chute

Un push matinal aura suffi à prévenir les lecteurs de différents journaux : sur France 2 ce jeudi matin, Florian Philippot, bras droit de Marine Le Pen, a annoncé qu’il quittait le Front national, quelque peu poussé vers la sortie. Le vice-président du FN et compagnon de Marine Le Pen, Louis Aliot, a rapidement réagi, visiblement soulagé : « Le @fn va enfin connaître l’apaisement face à un extrémiste sectaire, arrogant et vaniteux qui tentait de museler notre liberté de débattre. »

C’est faire fi de l’importance de Florian Philippot dans la presque accession au Trône de Marine Le Pen, qui a gagné en mai dernier les 600 000 voix qu’il manquait à Jean-Luc Mélenchon pour rejoindre Emmanuel Macron au second tour. Au Front national pendant ce temps-là, une bonne vieille guerre froide avait cours. Le poids de Florian Philippot ne faisait pas plaisir à tout le monde et, à l’instar de Bruno Mégret à la fin des années 1990, il a enfin décidé de claquer la porte qu’on lui avait grande ouverte. La députée européenne et fidèle de Philippot, Sophie Montel, elle-même évincée de la présidence du FN en Bourgogne, fait de même. Idem pour son directeur de cabinet, le conseiller régional Joffrey Bollée.

Parcours semé d'embûches

Quand Philippot débarque pour souffler à l’oreille de Marine Le Pen en 2011, il a 29 ans, est haut-fonctionnaire de l’Inspection générale de l’administration (IGA), énarque et ancien chevènementiste. Gaulliste déclaré et assumé, il explique son impossibilité d’adhérer à l’UMP, « l’un des partis le plus antigaulliste parce qu’il n’a de cesse de rabaisser la France », déclarait-il à l’époque. Deux ans plus tard, c’est « l’homme à abattre pour la vieille garde frontiste », dixit Les Inrocks qui a réalisé son portrait en mars 2013.

Florian Philippot entouré de deux hommes sur une scène où figurent également deux drapeaux français
Florian Philippot, bien encadré, le 1er mai 2012 Illustration / CC BY Blandine Le Cain

Au sein du Front national, le trublion Philippot n’a jamais fait l’unanimité, malgré une progression fulgurante dans la hiérarchie du parti. « En moins de deux ans, l’ancien conseiller de l’ombre de Marine Le Pen […] est devenu le numéro 2 du Front national et la bête noire d’une partie de la famille frontiste. » Celui qui ne jure alors que par le soutien des adhérents frontistes cumule quelques tares pour un parti anti-système : énarque, « Parisien parachuté en province, ancien chevènementiste qui a édulcoré la parole frontiste et […] pièce rapportée en haut de l’organigramme du parti au détriment de collaborateurs plus anciens, qui ont soif de revanche », énumère Les Inrocks. D’autant que la frange « catho tradi » du Front n’a toujours pas digéré l’absence de Marine Le Pen à la Manif pour tous. Une désertion que Florian Philippot, chef de la « dédiabolisation » du parti, avait choisie lui aussi.

Dédiabolisateur

Elle n’écoute plus que lui

C’est également lui qui a doucement fait migrer les discours de la présidente du Front national de l’islam et de l’immigration vers des questions économiques et sociales et l’Union européenne, bouc émissaire et responsable de tous les maux français. Un problème pour les cadres du parti, cités par Les Inrocks. « ‘Elle n’écoute plus que lui. Du coup, les liens se sont distendus avec le reste des dirigeants’ […] », dit un cadre, complété par cette pique d’un autre : « Il serait prêt à tout pour décrocher un duplex à 23 heures sur NRJ 12. »

En 2013, Marine Le Pen le défendait bec et ongles : « J’ai choisi de privilégier la méritocratie sur l’ancienneté. Aujourd’hui, on lui reproche tout et l’inverse de tout. J’ai connu les mêmes difficultés que Florian au début des années 2000, on m’accusait de défendre une ligne molle et de sauter une génération. C’est une sorte de bizutage qui permet de juger de la solidité de l’homme. » Un temps révolu. Est-il devenu le fusible du Front après un entre-deux tours désastreux ? A-t-il trop cherché à imposer sa position sur l’euro, sans écouter les cadres du parti ? Peu importe, avec toute la solidité dont il a pu faire preuve, depuis six ans qu’il évite les peaux de banane, Florian Philippot n’a pas vu la dernière sur son chemin.

Claire Berthelemy

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