L’Avant-Veille de l’été 2017

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par La rédaction
3 min

La PMA, ethique et tact

Très réglementée en France, la procréation médicalement assistée (PMA) est interdite aux femmes célibataires et aux couples de femmes. Mais dans un avis (favorable) rendu ce 27 juin, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) pourrait faire pencher la balance. Ses conclusions n’ont, certes, aucune valeur juridique, elles laissent toutefois entrevoir une plus grande ouverture de cette pratique. Les femmes concernées attendent désormais une décision du président Macron : durant la campagne, le candidat s’était prononcé en faveur d’une PMA élargie, souhaitant avant toute chose connaître l’avis du CCNE sur la question.

Débats fertiles

Au-delà du cadre médical, la PMA pose des questions éthiques. Des débats qui agitent la société depuis de longues années et qui se propagent même hors de nos frontières. Considéré comme le père de la fécondation in vitro, le Pr René Frydman était ainsi interrogé en 2004 par le quotidien belge La Libre Belgique.

Transférer un embryon chez une femme de 65 ans, c’est une pratique sociale

La PMA marque-t-elle le « franchissement d’une limite », lui demande-t-on ? « Bien sûr », lâche-t-il sans détour, « parce que ce qui était invisible et intouchable est un jour devenu visible et manipulable. » Le scientifique français insiste sur une différence fondamentale à ses yeux, entre « progrès scientifique » et « pratiques sociales ». « Souvent, il règne une confusion entre les deux », observe le praticien : « transférer un embryon chez une femme de 65 ans n’est pas un progrès scientifique, c’est une pratique sociale, de même que considérer qu’il faut ouvrir la PMA aux femmes seules ou aux couples homosexuels. »

Un bébé qui grimace.
Concevoir un enfant, oui, mais sous quelles conditions ? (Illustration CC BY-SA Jan Krutisch)

Il y a treize ans déjà, René Frydman pointait du doigt un élément hautement polémique : l’ouverture d’un « champ du possible » qui a « sans doute perturbé les filiations ». Toucher à la filiation ? La renier ? Une crainte qui n’a rien de dépassé pour bon nombre de Français, qui n’hésitaient pas à hausser le ton lors des débats sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Un certain François Fillon évoquait même en 2013 un « bouleversement de la filiation ».

No limit ?

Quand La Libre questionne le Professeur Frydman, la question des limites de la PMA se pose inévitablement. Avec, en toile de fond, les craintes qui entourent la gestation pour autrui ou le clonage reproductif. « Il y a des limites à l’application, mais non au développement de ces connaissances. Je pense toutefois que certaines limites devraient être universelles, comme tout ce qui pourrait déboucher sur une commercialisation des éléments du vivant », tempère le spécialiste.

Pour parvenir à un consensus sur ces questions épineuses, le débat fait figure de passage obligé. Mais qui se chargera de trancher, s’interroge le quotidien belge ? « Les scientifiques, le législatif, le comité d’éthique ? » René Frydman livre une réponse pragmatique : « Je pense qu’il faut bien distinguer le rôle du médecin et celui du scientifique. Il y a d’une part le fait de faire progresser les connaissances dans un cadre éthique correct, dans la réalisation de cette progression. D’autre part, le reste est du domaine de la société. »

Alors qu’en France, la PMA pourrait bientôt s’étendre, les citoyens se retrouvent de nouveaux confrontés à des dilemmes éthiques. Dès que l’on s’aventure sur le terrain de la fécondation, chacun semble marcher sur des œufs.

Pour mieux appréhender le point de vue défendu par René Frydman, n’hésitez pas à relire son interview à La Libre Belgique.

Thomas Deszpot 

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