L’Avant-Veille de l’été 2017

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par La rédaction
3 min

La police de proximité, histoire d’un re-re-recommencement

Instaurée, supprimée, timidement remise au goût du jour puis enterrée, la police de proximité devrait faire son retour. Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a annoncé ce 16 août la mise en place d’une force chargée d’assurer « la sécurité du quotidien ». Échéance prévue ? La fin d’année. Prudent, l’ancien maire de Lyon n’a pas communiqué sur les effectifs et budgets qui lui seront dévolus.

Torpillage en règle

Au contact de la population, la « pol-prox » comme on la surnomme souvent, a été « instituée par Jean-Pierre Chevènement en 1998 », rappelait Rue89 en 2010. Le pure player précise que « la doctrine d’emploi est simple et repose sur deux piliers : la prévention et la dissuasion ». Un non-sens pour Nicolas Sarkozy, qui l’a ouvertement critiquée dès son arrivée (en 2003) Place Beauvau. « La politique de la prévention n’a aucun sens dans un quartier où devenir trafiquant de drogue est sans risque », avait-il lancé, avant d’ajouter : « On ne demande pas aux délinquants le droit de rétablir l’État de droit. On le rétablit puis on discute. C’est dans cet ordre que les choses doivent se passer et pas dans un autre. »

Vous n’êtes pas des travailleurs sociaux

Auteur de l’article publié sur Rue89, David Doucet se remémore le déplacement du futur président de la République à Toulouse, « face à un policier qui raconte son quotidien ». Nicolas Sarkozy s’emporte et lui lance sans détour : « Vous n’êtes pas des travailleurs sociaux. Organiser un match de rugby pour les jeunes du quartier, c’est bien, mais ce n’est pas la mission première de la police. » La « pol-prox » ? Terminé.

Des policiers patrouillent dans la rue.
La police de proximité pourrait faire son retour dès la fin d'année. (CC BY-SA Rama)

Quelques années plus tard, la droite « reconnaît pourtant la nécessité d’une force de police ancrée dans les zones de délinquance sensible ». Nommée à l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie entérine la création des unités territoriales de quartier (uteq), « une appellation nouvelle, comme pour mieux éviter de lever un tabou à droite », glisse Rue89.

Rétropédalages

Les revirements de l’UMP — les uteq ne survivent que trois ans —, traduisent l’embarras des responsables politiques en matière de prévention de la délinquance. « Au lieu d’éteindre les incendies, il vaut mieux les prévenir ou les circonscrire », déclarait ainsi Jean-Pierre Chevènement lors de la création de la police de proximité. Désireux de trouver des alternatives à un arsenal de mesures uniquement répressives, le gouvernement Jospin a pourtant déchanté. Avec le recul, les socialistes ont ainsi reconnu que ces forces de police « ne sont pas une solution miracle à la délinquance ».

Rue89 souligne qu’en 2010, le maire PS de Dijon ne plaidait pas pour leur retour. François Rebsamen appelait plutôt à une « meilleure ré-affectation des forces de police sur le terrain ». Avant d’arriver à Matignon, Manuel Valls se montrait clair lui aussi :

« C’est toute la chaîne ‘prévention-sécurité-justice’ qu’il convient de renforcer à travers un contrat partenarial entre l’ensemble des acteurs concernés (école, parents, travailleurs sociaux, police, justice, élus) ». Signe d’un changement de cap, la « pol-prox » est restée sagement au fond des cartons sous la présidence Hollande.

Construite comme une force politique de synthèse dans le sillon d’Emmanuel Macron, la majorité présidentielle veut aujourd’hui avancer à toute allure pour restaurer cette police de proximité. Pour y parvenir, La République En Marche devra éviter les reculades.

Pour revivre les combats politiques autours de la police de proximité, plongez-vous dans l’article de Rue89 paru en octobre 2010.

Thomas Deszpot 

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