L’Avant-Veille de l’été 2017

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par La rédaction
3 min

Simone Veil au Panthéon ? Merci, mais non merci

Près de 150 000 personnes ont déjà signé la pétition réclamant l’entrée au Panthéon de Simone Veil. Un geste qui lui permettrait, selon son auteure, de « rejoindre les autres figures de l’Histoire dans la demeure éternelle ». Les petites-filles de l’ancienne ministre de la Santé, décédée le 30 juin, ont pourtant écarté poliment cette hypothèse. « Ce n’est pas à l’ordre du jour », a déclaré l’une d’elles, expliquant que ses grands-parents « n’auraient pas été très heureux d’être séparés après 65 ans de vie commune ».

Sans façon

Victor Hugo, Marie Curie, Jean Moulin… Autant de figures nationales aujourd’hui inhumées au Panthéon. Si la perspective d’y retrouver Simone Veil paraît compromise, une autre personnalité ne devrait jamais en faire sa dernière demeure : Albert Camus. L’écrivain de génie, disparu en janvier 1960, repose à Loumarin, petite commune du Vaucluse chère à son coeur. En 2009 pourtant, un certain Nicolas Sarkozy souhaitait que le prix Nobel de littérature rejoigne le Panthéon. « Ce serait un symbole extraordinaire », déclarait le chef de l’État.

Une pareille faute de goût n’est pas surprenante

Un hommage ? Au contraire, assurait à l’époque l’hebdomadaire Politis, qui qualifiait ce souhait présidentiel de « profanation obscène ». Troquer une « dernière demeure baignée de soleil » pour « l’ombre de la crypte sinistre de l’ancienne église dédiée à Sainte-Geneviève », voilà une perspective inconcevable aux yeux de l’auteur et rédacteur en chef adjoint, Michel Soudais. « Une pareille faute de goût n’est pas surprenante de la part de notre président Bling-bling », raille-t-il, n’hésitant pas à dénoncer une « récupération politique ».

Il est vrai que Camus, en son temps, ne cachait pas son amour de la nature, des « horizons ouverts », comme les nomme le journal. « Des cités comme Paris, Prague, et même Florence sont refermées sur elles-mêmes et limitent ainsi le monde qui leur est propre », assurait l’écrivain. Peut-on dès lors outrepasser les désirs d’un homme pour l’ériger en symbole national ?

Simone Veil en 2009.
Simone Veil ne devrait pas rejoindre le Panthéon. (Illustration CC BY-SA Fondapol

Des convictions gravées dans le marbre

Le Panthéon, imposant, droit, massif, n’a rien d’un cimetière comme les autres. Il n’est pas étonnant que la décision d’y enterrer des personnalités de renom puisse diviser, surtout au regard de la portée politique que revêt un tel acte. Se voir ainsi honoré et glorifié aurait-il plu à un artiste comme Camus ? En aucune manière, tranche le journal, qui nous rappelle que « dans sa jeunesse, il considérait que ‘la politique et le sort des hommes sont formés par des hommes sans idéal et sans grandeur’ ».

L’engagement politique de Simone Veil, centriste convaincue, tranche avec l’attitude d’Albert Camus, resté toute sa vie à bonne distance du pouvoir. Politis cite notamment les propos de l’auteur Jean-Yves Guérin, fin connaisseur de l’homme de lettres. Camus, glisse-t-il, « a refusé de déjeuner à l’Élysée avec de Gaulle. Comment y serait-il allé pour rencontrer Nicolas Sarkozy ? » Pour honorer sa mémoire, n’est-il pas plus judicieux de lire et relire son oeuvre, parsemée de chefs-d’œuvres aussi célèbres que L’étranger ? « Camus n’a pas besoin d’être au Panthéon pour que son oeuvre continue à vivre », conclut Politis avec certitude. Malgré le temps qui passe, charisme et talent ne se mettent jamais en Veil.

C’est en novembre 2009 que Politis s’emportait contre Nicolas Sarkozy et sa volonté de faire entrer Albert Camus au Panthéon. Un article à retrouver sur le site de l’hebdomadaire

Thomas Deszpot 

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