L’Avant-Veille de l’hiver 2017

Après l’automne, place à l’hiver et à son lot de marronniers : en amont de la campagne présidentielle qui s’annonce, certains sujets restent d’actualité alors qu’on les croyait définitivement clos. À commencer par l’homophobie dont font preuve certains hommes politiques.

par La rédaction
3 min

Airbnb, le Gîte de France venu tout droit des Amériques

Airbnb par la voix d’Emmanuel Marill, son directeur général France fraîchement arrivé en septembre, vient de faire une annonce tonitruante au Parisien : désormais, la plateforme veut limiter automatiquement les locations à 120 nuitées par an à Paris. Que ceux qui en ont fait leur business se rassurent, une simple case à décocher, sur l’honneur, et ils pourront attester de la possession d’une autorisation pour louer davantage.

Alors que les polémiques resurgissent régulièrement autour de la plateforme – taxe de séjour, concurrence déloyale à l’hôtellerie, revenus non déclarés, etc – un article de Rue89 constatait dès octobre 2012 les problèmes que pose actuellement le nouveau géant de la location. Si la mairie de Paris surveille alors avec attention la start-up américaine, la journaliste Zyneb Drief étaye son article d’exemples personnels, racontant la facilité avec laquelle elle a pu trouver un logement à Reykjavik pour ses vacances comme la simplicité enfantine pour louer son 45 m2 à Paris. Et se demande si elle n’a pas enfreint la loi.

Choisir un appart' comme on choisit un resto

À l’instar de ce qu’il se passe sur Tripadvisor – où les restaurateurs ont tout intérêt à être corrects et à ce que le client mange bien -, sur Airbnb, déjà en juillet 2012, le critère de notation des autres voyageurs compte. « Passée la première appréhension, toute naturelle, de ‘et si j’atterris dans un taudis’, je comprends que ça fonctionne comme eBay. Sous chaque profil, on trouve les commentaires et notes des voyageurs passés avant vous », constate la journaliste. C’est le contrôle-qualité des clients qui détermine le potentiel de location d’un bien : une bouteille de vin et deux verres sur la table caressent dans le sens du poil le touriste tout juste arrivé de son long et harassant voyage en RER – train – métro – avion (rayez la mention inutile).

Carte des hôtes proposant plusieurs logements à Paris. (capture d'écran insideairbnb.com)
Carte des hôtes proposant plusieurs logements à Paris. (capture d'écran insideairbnb.com)

Et de l’autre côté de la barrière, tout est fait pour rassurer le loueur d’occasion : quand on propose son logement, Airbnb offre une assurance à hauteur de 700 000 euros. Tout en proposant les services (gratuits) d’un professionnel de la photo qui passe faire quelques clichés de son bien. L’histoire ne dit pas si c’est une des raisons pour lesquelles certains studios de 15 m2 comptent 63 photos dans la description de l’appartement.

Le restaurateur déclare ses revenus. Et le loueur ?

« Les annonces parisiennes se ressemblent – le mobilier correspond au goût de l’époque (entre Ikea et vintage), de jolis guides de Paris attendent le voyageur – mais les prix sont complètement anarchiques. De plus de 100  euros la nuit dans un 27 m² à 50 euros la nuit dans un deux-pièces, il est impossible de faire une moyenne. Les semaines, elles, peuvent atteindre les 700 euros », souligne Rue89.

Dans toute cette jungle de prix, nombreux sont ceux qui, déjà, ne déclarent pas leurs revenus. « Aucun des quelques utilisateurs du site que j’ai interrogés ne déclarait ses revenus locatifs Airbnb… ce qui est pourtant obligatoire. » Mais, à l’époque, les particuliers ne posent a priori pas vraiment de problème à la mairie de Paris. Ce sont les loueurs pro qui font s’agacer les responsables logements de la Capitale. Jean-Yves Mano interrogé par Zyneb Drief est clair : « Ce phénomène a des conséquences graves pour les Parisiens (…) On a une diminution de l’offre locative liée à cela et une hausse des prix à l’acquisition compte tenu du rendement attendu pour une location meublée saisonnière. »

Dans une ville comme Paris, alors que le logement est un point central des politiques – quasi insoluble ? – le tourisme et Airbnb sont une zone de crispation.

Pourtant, grincer des dents et mettre en place certaines mesures n’a pas l’air d’adoucir les relations ni de faire évoluer favorablement la location ponctuelle vers une VRAIE location ponctuelle. On dirait que, même depuis que la taxe de séjour est prélevée, même depuis que les contrôles (erratiques) se sont renforcés, on peut toujours louer en dehors des clous, son logement social ou ses multiples propriétés localisées dans tout Paris.

L’archive de Rue89 est accessible sur le site du Nouvel Obs.

Claire Berthelemy 

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