L’Avant-Veille de l’hiver 2017

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par La rédaction
3 min

Baupin soulagé, les victimes « désabusées »

Il n’a pas hésité à se réjouir que « son innocence soit prouvée ». Le député écologiste Denis Baupin avait été accusé d’agressions et harcèlements à caractère sexuel et appels téléphoniques malveillants par huit femmes en mai 2016. Ce lundi, l’enquête préliminaire a été classée sans suite. La raison ? Les faits dénoncés sont tout à fait « susceptibles d’être qualifiés pénalement », mais ils « sont prescrits », a expliqué le Parquet de Paris.

En matière d’agression sexuelle ou de viol, mieux vaut donc se presser si l’on veut un jour avoir la « chance » de voir son bourreau puni pour ses actes. Car, malgré des délais de prescription récemment modifiés, la justice continue d’avoir la mémoire trop courte pour les victimes. Une amnésie qui touche aussi ces dernières. Parfois jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Un sablier
Victime d'une agression sexuelle ? Attention, votre temps est compté. (Illustration Domaine public)

L'amnésie comme bouclier

En décembre 2013, Libération évoquait le cas de Cécile*, victime d’un viol à l’âge de cinq ans. Cette agression, elle « ne s’en est souvenue que trente-deux ans plus tard, à 37 ans », rapporte le quotidien. L’arrivée en 2008 d’une nouvelle collègue, ressemblant comme deux gouttes d’eau à une amie d’enfance, fait ressurgir une flopée de souvenirs dans sa mémoire. Jusqu’aux images de « Jeannot », cousin éloigné de la famille, et de « son poignet avec sa gourmette, son bras, son slip rayé », raconte Cécile. Plus de 30 ans après, elle vient de se souvenir que, durant l’été 1977, elle a subi des abus sexuels.

Les victimes parlent très tardivement (plus de vingt-cinq ans après les faits pour 22% d’entre elles)

L’amnésie dont a souffert la jeune femme serait loin de représenter une exception. Isabelle Aubry, la fondatrice de l’Association internationale des victimes de l’inceste (AIVI) indique à l’époque à Libé qu’elle est très souvent contactée par des personnes ayant oublié tout ou partie de leurs agressions. Un mécanisme de protection qui « [explique] que les victimes parlent très tardivement (plus de vingt-cinq ans après les faits pour 22% d’entre elles, selon un sondage de l’AIVI) », poursuit la journaliste Ondine Millot.

Porter plainte, Cécile le fait pour sa reconstruction. « Cela n’a rien à voir avec un travail sur soi, et cela ne s’y substitue pas », insiste-t-elle. « Anorexie, boulimie, impossibilité d’établir des relations intimes. Personne, même pas moi, n’a compris ce que mon corps criait. » Suivie par un psychiatre, Cécile a besoin que son agression soit reconnue par un tribunal pour qu’enfin des mots, et surtout une peine, soient mis sur les troubles dont elle a souffert toute sa vie. Mais une troisième juridiction, la Cour de cassation, vient de la débouter en ce mois de décembre 2013.

Si après des années de déni, Cécile ne pourra plus jamais oublier l’agression qu’elle a subie, la justice n’aura pas ce problème. Aujourd’hui, c’est Denis Baupin que le délai de prescription vient soulager — en 2016, il n’était que de trois ans dans le cadre d’une agression sexuelle. Les quatre plaintes pour diffamation déposées par le député à l’encontre de ses victimes seront-elles également jetées aux oubliettes ?

*Le prénom a été modifié. 

Retrouvez l’article de Libération en intégralité sur son site.

Zoé Baillet  

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