L’Avant-Veille de l’hiver 2017

Après l’automne, place à l’hiver et à son lot de marronniers : en amont de la campagne présidentielle qui s’annonce, certains sujets restent d’actualité alors qu’on les croyait définitivement clos. À commencer par l’homophobie dont font preuve certains hommes politiques.

par La rédaction
3 min

L'(Ama)zone d’ombre derrière 1 500 CDI à pourvoir

La nouvelle vient de tomber : Amazon veut créer 1 500 CDI d’ici la fin 2017. Une aubaine pour les régions sévèrement touchées par le chômage dans lesquelles la marque installe ses entrepôts. Du Nord à la Drôme en passant par la Somme, les postes à pourvoir se font de plus en plus rares.

Dans un communiqué transmis aux rédactions (et repris dans les grandes lignes), le groupe se réjouit par ailleurs d’employer déjà 4 000 personnes à travers le pays. Amazon vise ainsi, selon son directeur des opés’ France, « des ingénieurs, diplômés d’écoles de commerce et jeunes diplômés », mais aussi des « personnes recherchant des postes non qualifiés et souhaitant se former sur le terrain ». À dispatcher entre le nouvel entrepôt dans la Somme, Clichy dans des bureaux, les autres entrepôts et l’ouverture d’un data center. À deux mois de la présidentielle française, l’annonce est de bon augure.

Seulement, une archive de Libération relativise l’enthousiasme ambiant. Elle relate les conditions de travail dans un « centre de distribution ». En décembre 2013, le quotidien national laissait la parole à une ex-employée d’Amazon. Intérimaire, Amélie — dont le prénom a été modifié par Libé —, a travaillé quelques semaines dans la Drôme, au sein de l’entrepôt de Montélimar.

Des salariés fliqués et infantilisés

Quand la fin de l’année approche, Amazon fait appel à des armées d’intérimaires dans ces territoires : si les contrats manquent, peu importent leurs conditions et leur durée, ils sont saisis. Et chez Amazon, le travail est organisé à la minute. « Les managers qui sont derrière leur ordinateur savent en temps réel, grâce à ces outils, où se trouve un livre, sur quel chariot il a été enregistré, quel intérimaire pousse le chariot, où il se déplace dans l’entrepôt, à quelle heure il s’est mis au travail en scannant son code-barres personnel, quelle a été la durée exacte de sa pause, et combien d’articles il ‘picke’ par heure », raconte Amélie, fliquée sur chaque mètre parcouru.

Un chat mécontent dans un carton Amazon
Amazon cat / Flickr CC by Stephen Woods

Le suivi (minutieux) en temps réel n’est pas la seule particularité du travail chez Amazon. Amélie fait aussi part de l’incitation à avoir de « bons comportements » : le discours d’accueil, tenu tous les matins à 5h50, « au moment de la prise de poste », sert à la fois à exhorter à la performance, et à la fois « à donner des conseils sur le rythme de vie à avoir lorsqu’on travaille chez Amazon ». Un salarié reposé est un salarié productif dans les entrepôts.

Carotte du CDI ou amour de la compétition

Les intérimaires débarquent par centaines, sont briefés, et, surtout, alors que le chômage dans certains secteurs atteint les 12 %, peuvent difficilement refuser le cadeau qu’il leur est fait. Le discours d’arrivée à destination de ces novices est clair : « ‘Les salariés qui sont aujourd’hui embauchés en CDI ont commencé comme vous, en intérim. Si vous vous montrez productifs, et que vous avez un bon comportement, vous avez peut-être un avenir chez Amazon.’ »

La promesse d’un job pérenne n’est pas seule responsable de la concurrence qui fait rage entre les travailleurs des entrepôts. Certains « veulent battre des records, ‘comme ça, pour la performance’, et la reconnaissance qui va avec », confie Amélie à Libé.

Peu importe la pression, peu importe l’ambiance « à la méfiance », peu importe la surveillance continue des salariés, Amazon offre 1500 CDI sur l’année 2017 à travers le territoire.

L’ensemble du témoignage d’Amélie est à lire ou relire sur Libération.

Claire Berthelemy

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