L’Avant-Veille de l’hiver 2017

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par La rédaction
4 min

L’improbable recette islandaise pour combattre la crise

L’annonce a eu lieu hier, dimanche 12 mars, c’est la fin du contrôle des capitaux en Islande. Introduite suite à la crise de 2008, qui a frappé l’île de plein fouet, cette règle restreignait de manière drastique les investissements étrangers dans le pays. Inversement, échanger des couronnes islandaises contre d’autres devises devenait un calvaire pour tous les Islandais.

Mis en place pour stabiliser la monnaie et par ricochet, l’économie, les contrôles rendaient difficiles les échanges internationaux pour l’île. Aux yeux du ministre de l’Économie, ce retrait du contrôle – dès le 14 mars – « représente l’aboutissement du retour de l’Islande sur les marchés financiers internationaux ».

L’on est parfois tenté de nous comparer à l’Islande – souvent présentée comme étant courageuse puisqu’elle a laissé ses banques couler et sa monnaie se déprécier. Seulement, un article du Washington Post, traduit par Courrier International en janvier 2012, semble nuancer la possibilité de comparaison.

Une situation à rebours de la planète

Pendant qu’Europe et États-Unis « commençaient à se débattre avec les retombées de la crise financière mondiale de 2008, ce minuscule pays a vécu un véritable désastre », recontextualise Brady Dennis, le journaliste du Washington Post. Qui enchaîne avec un constat lapidaire : l’île a fait ce que les autres n’ont pas fait. Le pays « a laissé ses plus grandes banques déposer le bilan […]. Il a également fait ce que les pays d’Europe pris au piège de dettes colossales et enchaînés par l’euro ne peuvent pas faire : il a maintenu la couronne islandaise à un niveau faible ».

Le résultat ? Les exportations ont été galvanisées et le tourisme s’en est trouvé plus attractif. Le tout, certes, au détriment d’une inflation plus que galopante. Et, en 2012, au moment où le Washington Post publie son article, le chômage a baissé, les touristes affluent et la croissance est repartie à la hausse. Une aubaine pour le pays et ses 320 000 habitants, qui reviennent de loin. Avaient-il LA recette ?

CC BY tiffany terry
CC BY tiffany terry
On devenait millionnaire du jour au lendemain. Un vrai rêve

« Au cours de la décennie qui a précédé le krach, l’Islande s’était métamorphosée. Autrefois dépendante de la pêche, elle s’était transformée en un riche centre financier », rappelle le journal. Les Trente glorieuses islandaises se sont notamment matérialisées par un enrichissement quasi miraculeux. Heimir Hanneson, membre du conseil étudiant de l’Université d’Islande se souvient : « On allait à la fac, on faisait des études de commerce, on devenait millionnaire du jour au lendemain. Un vrai rêve. Et, pendant quelques années, ç’a été la réalité. »

Partout les investissements étaient nombreux et tout le monde s’endettait. Jusqu’au jour où, la crise arrivant presqu’au galop, « les investisseurs réclamèrent soudain leur argent. Les trois plus grandes banques islandaises, qui avaient enflé au point d’atteindre dix fois la taille du PIB du pays, se retrouvèrent fauchées ». Impossible de les renflouer pour l’État, qui les a laissées couler. La chute de la couronne islandaise et l’inflation, assorties d’un nombre de licenciements conséquent ont alors marqué la fin du chapitre 1. Le reste – garantie du dépôt des Islandais par l’État, création de nouvelles banques, refus de rembourser les investisseurs étrangers, contrôle des capitaux -, acheva de faire entrer l’Islande dans une nouvelle ère, celle du tout-petit-pays-courageux qui a refusé de payer ses dettes. Et qui s’en est sorti.

L'impossible réplication

Mais « l’expérience islandaise, née dans des circonstances particulières, n’est peut-être pas reproductible ailleurs », souligne le journaliste. Si la chute des banques s’est cruellement manifestée sur l’île comme ailleurs, « cela n’a rien à voir avec le naufrage planétaire qui se serait probablement produit si les États-Unis avaient laissé sombrer des sociétés comme Citigroup ». La valeur de leur monnaie a permis d’exporter et d’attirer le touriste.

L’expérience islandaise n’est peut-être pas reproductible ailleurs

Seulement, « les États en difficulté de la zone euro, comme la Grèce et le Portugal, n’ont pas la possibilité de laisser fluctuer leurs devises ». Et en-dehors de la réussite financière, « la crise a laissé des traces dans la psyché nationale, et les habitants en viennent à se poser des questions existentielles, s’interrogeant non seulement sur les moyens de retrouver la stabilité financière mais aussi sur le genre de société qu’ils souhaitent désormais ». Des traces que la crise a sans doute laissées au centuple dans d’autres pays, comme l’Espagne, le Portugal et la Grèce. Reste que ceux-ci, tout autant touristiques et tout autant exportateurs, ne disposent pas des mêmes ingrédients, au grand dam de leurs habitants.

Le long reportage du Washington Post, tout en nuances, est à lire sur le site de Courrier international.

Claire Berthelemy 

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