L’Avant-Veille de l’hiver 2017

Après l’automne, place à l’hiver et à son lot de marronniers : en amont de la campagne présidentielle qui s’annonce, certains sujets restent d’actualité alors qu’on les croyait définitivement clos. À commencer par l’homophobie dont font preuve certains hommes politiques.

par La rédaction
3 min

Réunion de crise face aux attaques de requins

Alors qu’il pratiquait le bodyboard au large des côtes de La Réunion, un jeune homme de 26 ans, attaqué par un requin, a perdu la vie ce 21 février. Il évoluait dans un secteur non équipé de filets anti-squales, où les activités nautiques sont prohibées. Cet accident porte le chiffre des attaques à 20 depuis 2011 dont 8 mortelles.

Le requin, ennemi public numéro un

Ce nouveau décès pourrait raviver des tensions à La Réunion, où défenseurs de l’environnement et partisans de campagnes d’abattage s’opposent depuis de longues années. Imprévisibles, dangereux, furtifs, les requins-tigres et bouledogues souffrent désormais d’une bien terne réputation, poussant une partie de la population à réclamer des mesures radicales pour protéger surfeurs et baigneurs. Des réactions qui attristent Aymeric Bein, cofondateur de l’association Shark Angels France. En août 2012, il livrait alors au site Maxisciences son point de vue sur la situation et sur les réponses apportées par les pouvoirs publics.

À La Réunion, des populations de requins séjournent chaque année. (Illustration CC BY-SA VillageHero)
Nous savions que le débat requin allait être relancé

Quelques jours plus tôt, en réponse aux attaques qui avaient touché l’île, une campagne de « prélèvement scientifique » avait été décidée. En substance, elle consistait à pêcher 20 squales pour les disséquer en laboratoire. Une décision qui a suscité « l’exaspération et la déception » chez ce défenseur de l’environnement. « Lorsque nous avons appris la mort d’Alexandre Rassiga [surfeur tué en juillet 2012], nous savions que le débat requin allait être relancé », assure Aymeric Bein au site scientifique. Face à la répétition de ces événements tragiques, il était persuadé « que la situation deviendrait explosive et que les conséquences risquaient d’être catastrophiques », poursuit-il.

À la journaliste qui l’interroge, il explique par ailleurs que la dimension scientifique des prélèvements le laisse perplexe. Il s’agit surtout à ses yeux d’un prétexte : « Il y a aussi un objectif officieux, selon nous, c’est d’organiser une battue sous couvert scientifique afin d’amadouer les surfeurs et pêcheurs en colère », lance Aymeric Bein à Maxisciences. « Cependant, tout scientifique compétent sait qu’un si petit nombre d’échantillons n’aura aucune validité scientifique. Cette battue est purement et simplement inutile. »

Un mystère à éclaircir

Prélever quelques requins, dresser des filets, multiplier les discours de prévention… Face aux attaques, les autorités réunionnaises tentent par tous les moyens de prévenir les risques. Et d’éviter que le tourisme pâtisse d’un climat de peur généralisé. « Les décisions sont souvent prises, malheureusement, sous le coup de la rapidité, des pressions, des enjeux économiques », regrette Aymeric Bein au cours de cette interview.

Sans doute faudra-t-il mieux comprendre le comportement des requins pour éviter les accidents à l’avenir. Les raisons de ces attaques restent en effet floues à l’heure actuelle. Pollution du littoral, agressivité des squales durant leur période de reproduction, présence d’une réserve marine ou de fermes piscicoles, les hypothèses sont nombreuses. À défaut d’éclairer les causes de ce phénomène, ce nouveau décès relance aujourd’hui ce que d’aucuns nomment la « crise requin ». Un débat de société autant que serpent de mer.

Retrouvez en intégralité l’interview d’Aymeric Bein sur le site Maxisciences.

Thomas Deszpot 

Précédent
Suivant

Enquêtes, retours, explications, promenez-vous sur L'Imprévu