L’Avant-Veille de l’hiver 2018

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par La rédaction
3 min

Catastrophes naturelles : des coûts qui explosent

Alors que Météo France annonce encore 23 départements en vigilance orange, dont 11 pour inondations, 18 départements étaient déclarés en état de catastrophe naturelle la semaine dernière pour des évènements climatiques ayant eu lieu entre 2016 et 2018. Un Graal pour les sinistrés, dont les indemnisations dépendent du qualificatif. Cette reconnaissance est une condition sine qua non côté assurance pour déclencher les procédures exceptionnelles.

Avec la Seine, la Marne, l’Yonne et la Saône en crue, Emmanuel Macron déclarait mardi que la procédure allait être accélérée. Mercredi, la secrétaire d’État à la transition écologique, Brune Poirson, insistait sur la nécessité d’attendre la décrue. Le jeudi, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb relançait de dix, annonçant au Sénat sa volonté d’accélérer la procédure, avant même d’avoir en main le bilan. Une cacophonie qui rappelle les conclusions des députés une poignée de mois après le passage de la tempête Xynthia.

Une mobilisation rapide des assureurs

Fin février 2010, des vents violents associés à de fortes marées ravageaient le littoral en Charente-Maritime, dans les Côtes-d’Armor et en Vendée. 59 personnes avaient péri. Établissant un rapport d’information sur les enseignements à tirer de Xynthia, des députés avaient rencontré Bernard Spitz, président de la Fédération française des sociétés d’assurance (FFSA). Ce dernier racontait par le menu l’arrivée rapide sur le terrain d’au moins 500 experts. « Au total, 92 000 dossiers ont été recensés par la Fédération à la suite de la tempête Xynthia : au 19 avril, 70 % des sinistrés avaient fait l’objet d’une visite et 37 % des dossiers ont été clôturés », précisaient les parlementaires. Qui ajoutaient que des contacts avaient insisté auprès de la préfecture sur la nécessaire accélération de la procédure.

Boulogne lors de la crue de 1910, illustration CC By Oliver Broadbent
Boulogne lors de la crue de 1910, illustration CC By Oliver Broadbent

Point positif, mais insuffisant pour les auteurs du rapport, qui proposaient alors, outre de mieux définir les zones dites « noires » ou « zones d’extrême danger », de réfléchir à une meilleure délimitation des catastrophes naturelles. « La mission suggère qu’un collège scientifique indépendant redéfinisse clairement la liste de celles-ci pour que les victimes soient plus justement dédommagées par leurs assurances », racontait Le Parisien. Une manière également d’éviter que ces personnes sinistrées vivent dans l’inquiétude jusqu’aux conclusions des experts et des autorités. Les députés à l’origine du rapport de juin 2010 affichent des regrets : « Les catastrophes naturelles ne sont pas délimitées » , tancent-ils, « […] le régime gagnerait à ce que les risques soient mieux déterminés, afin de ne pas être amené à couvrir des risques mal définis. »

Les catastrophes naturelles ne sont pas délimitées

La définition légale de la catastrophe naturelle ? Un phénomène découlant de « l’intensité anormale d’un agent naturel », fixé par la loi de 1982. « Une formulation floue qui laisse une grande latitude d’interprétation aux pouvoirs publics », observait Libération. Le quotidien précisait : « En pratique, l’état de catastrophe naturelle est déclaré, dans la plupart des cas, lors d’inondations (58%) ou des sécheresses (37%). Des phénomènes météo qui peuvent se reproduire régulièrement dans certains territoires. C’est cette régularité qui les rend non ­assurables pour les compagnies d’assurance : leur répétition rendrait les indemnisations trop coûteuses. »

Une facture salée qui risque de s'alourdir

L’ardoise de Xynthia, évaluée à 1,2 milliard d’euros à l’origine, a été relevée à 1,5 milliard : 800 millions pour les sinistres causés par le vent, 700 millions pour les inondations. Contre 6,9 milliards pour les deux tempêtes de décembre 1999. Même si elle est moins lourde que celles de 1999, la facture reste salée une fois qu’est activé l’état de catastrophe naturelle. Moins de trois jours après le passage de la tempête Xynthia le 1er mars 2010, la Charente-Maritime, la Vendée, les Deux-Sèvres et la Vienne obtenaient l’arrêté leur reconnaissant de l’état de catastrophe naturelle. Le 11 mars, c’était au tour de la Gironde et de la Loire Atlantique de pouvoir lancer les indemnisations de leurs assurés. Un soulagement pour les victimes dont les frais peuvent grimper rapidement.

Alors que l’année 2017 a été particulièrement dévastatrice à travers le monde, les experts s’alarment déjà du coût porté par les assurés en cas de futures catastrophes. La majeure partie s’accorde à dire qu’elles incombent au changement climatique. La Fédération française des assurances interrogée par France 2 chiffrait « le coût des dommages liés aux aléas climatiques [d’ici 2040, NDLR] » au double de la facture d’aujourd’hui. De quoi faire exploser les montants des primes.

Claire Berthelemy 

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