L’Avant-Veille de l’hiver 2018

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par La rédaction
4 min

Nouvelles technos : avant le flop, ils auraient dû dire stop

Rendez-vous incontournable des technophiles, le CES de Las Vegas ouvre ses portes demain 9 janvier. Toute la presse spécialisée est du voyage, prête à déambuler trois jours durant dans les allées du salon. Les constructeurs se massent eux aussi, profitant de ce grand raout pour présenter nouveaux produits et autres évolutions technologiques. « Les annonces pleuvent avant même l’ouverture du plus grand salon tech au monde », se réjouit le site 01net, qui ne cache pas un certain enthousiasme. « On vous dit tout ! », lance la rédaction.

RÉ-VO-LU-TION

S’il est facile de railler les spécialistes qui s’émerveillent devant un nouvel écran plat haute définition ou un processeur d’ordinateur à la pointe du progrès, les salons tels que celui de Las Vegas donnent un aperçu des usages du futur. Sur les stands, les exposants tentent d’imaginer les outils qui nous sembleront incontournables dans les années qui viennent. Quand on sait que les 18-24 ans consultent en moyenne leur téléphone portable 50 fois par jour, mieux vaut éviter de minorer l’impact de ces joujoux technologiques dans nos vies.

Pour parvenir à bouleverser les usages ou à se distinguer de la concurrence, les fabricants d’équipement high-tech investissent massivement dans la recherche et développement. Si certains ingénieurs ont bouleversé nos modes de vie en inventant les smartphones, d’autres ont travaillé avec moins de réussite. Derrière chaque success-story se cache en effet une myriade d’échecs, de paris ratés et de flops en tous genres. Autant de prémonitions loupées qui nous incitent à la prudence au moment de découvrir un nouveau gadget prédit comme révolutionnaire.

Théoriquement, elle apprenait de vous et s’améliorait en temps réel

Des grandes marques qui se targuent aujourd’hui d’avoir conquis le monde – ou presque -, n’ont pas toujours connu la gloire. Parmi elles, Apple, dont le Newton fut l’un des échecs les plus retentissants. Décrit en mai 2017 par le site Mashable comme un « ancêtre méconnu de l’iPad », cette tablette électronique, sortie en mai 1992, n’a jamais trouvé son public, malgré « sept modèles différents » et de nombreuses fonctionnalités. « L’appareil bénéficiait d’un capteur infrarouge, ce qui veut dire que vous pouviez envoyer des e-mails et des messages sans fil. La tablette reconnaissait aussi votre écriture. Théoriquement, elle apprenait de vous et s’améliorait en temps réel. » Son écran « atroce » et sa lenteur auront fini d’enterrer sa carrière commerciale, lui valant même de devenir un sujet de moquerie dans un épisode des Simpsons.

Au panthéon des plantages, les Google Glass figurent, elles aussi, en bonne place. Ces lunettes connectées et reliées aux nombreux services du géant américain n’ont jamais été la manne commerciale tant espérée, essuyant une flopée de critiques de la part des défenseurs de la vie privée. Que les jeunes start-ups se rassurent, les « gros » aussi peuvent connaître des ratés.

Une peintre en figurine réalise un tableau sur l'écran d'un smartphone.
Il faut souvent échouer avant de réaliser un chef-d'œuvre... (Illustration CC-BY JD Hancock)

Recette magique

Existe-t-il une formule infaillible, gage de réussite et d’avenir assuré pour une invention ? Non, sans le moindre doute. Dans le monde des nouvelles technologies (comme au Loto), on observe néanmoins que seuls ceux qui tentent se donnent une chance de connaître le succès. « Il est admis, dans le milieu industriel, que de sept à neuf innovations sur dix sont des échecs », assure le sémioticien Bernard Darras, cité par le CNRS. « Le ou les produits qui survivent financent le développement des autres », poursuit le chercheur.

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Il est compliqué de considérer le Newton comme un échec total

Dans le cas d’Apple, l’expérience du Newton n’aura pas été vaine. Si cette tablette n’a pas trouvé son public au début des années 1990, elle a posé les jalons de ce qu’est devenu l’iPad deux décennies plus tard. Ce dernier lui a emprunté son concept, mais aussi une partie de ses fonctionnalités remises au goût du jour et optimisées (envois sans fil, carnet d’adresse électronique…). « En voyant les choses de cette façon, il est compliqué de considérer le Newton comme un échec total », relativisait Mashable.

S’ils rivalisent de concepts novateurs, les plus malins des concepteurs n’ont jusqu’à présent jamais prédit avec certitude l’adhésion du public et des consommateurs. Tout au plus parviennent-ils à aiguiser leur flair pour répondre aux attentes ou – mieux encore -, à en créer de nouvelles. « Pourquoi certaines technologies font-elles un flop ? », s’interrogeait en 2010 l’historien des idées Richard Robert. Sans livrer de jugement définitif, il explique toutefois qu’une idée en train de germer ne peut grandir et se développer que lorsqu’elle rencontre des aspirations de la société. « Qu’est ce que les gens font aujourd’hui ? Qu’est-ce qu’ils imaginent ? Quelle est la tendance actuelle dans le roman ? Qu’est-ce qui se passe lorsque les gens échangent entre eux, et dans quelle mesure ceci peut-il inspirer notre propre produit et le rendre plus attrayant dans ce vaste monde ? » À ses yeux, trouver une réponse à ces questions donne de bonnes pistes pour imaginer un produit novateur.

N’oublions pas, enfin, que pour tirer le gros lot, la chance et le hasard peuvent donner corps à un projet et faire germer une idée. Avant de créer Facebook, Mark Zuckerberg avait notamment créé un site permettant d’attribuer une note aux étudiantes de son université, un carton immédiat qui lui a valu un conseil de discipline suite aux plaintes déposées par ses camarades d’amphi. L’entrepreneur, alors inconnu du grand public, avait vu dans cet épisode houleux la preuve qu’un site comme Facebook, basé sur les relations sociales, avait de l’avenir. Un signe prémonitoire qui l’a guidé durant les mois qui suivirent, esquissant les contours du mastodonte et incontournable Facebook tel que nous le connaissons aujourd’hui. Du côté de Vegas, les grands noms de la high-tech seront nombreux à prier leur bonne étoile. Dans la ville du jeu et du casino, reste pour eux à espérer que l’avenir ne se jouera pas à la roulette russe.

Thomas Deszpot 

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