L’Avant-Veille de l’hiver 2018

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par La rédaction
4 min

En maisons de retraite, les salariés aussi démunis que les retraités

Rien ne va plus pour les 7 258 maisons de retraites médicalisées, mieux connues sous le nom d’« EHPAD ». À l’appel de toutes les organisations syndicales, de l’Association des directeurs d’établissements et de services à domicile, les accompagnants de personnes âgées sont en grève ce mardi. Ils dénoncent l’aggravation de leurs conditions de travail et la dégradation des soins prodigués aux 728 000 personnes de plus de 75 ans abritées et soignées dans ces établissements.

Au cœur des critiques : le manque de moyens humains et financiers déployés par le ministère de la Santé, alors même que le personnel se trouve confronté à des résidents de plus en plus âgés et de moins en moins autonomes. En septembre dernier, une mission parlementaire s’alarmait des conséquences désastreuses du manque de moyens sur le personnel d’aides-soignant(e)s. Accidents du travail, burn-out, explosion de l’absentéisme… Les maux sont profonds et nombreux.

Selon la FHF (Fédération hospitalière de France), cette situation pourrait encore empirer avec la réforme de la tarification initiée en 2017 par le précédent gouvernement. Elle devrait avoir pour conséquence une baisse de 200 millions d’euros des dotations annuelles allouées aux maisons de retraite publiques. L’annonce faite la semaine dernière par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, d’augmenter de 50 millions d’euros le budget alloué à ces établissements, n’aura pas suffi à endiguer un mouvement de protestation qui se prolonge désormais en ligne, avec l’apparition, la semaine dernière, du hashtag #Balancetonhosto, et la multiplication des témoignages de personnels hospitaliers à bout de nerfs.

Raffarin dans le pétrin...

Aux yeux des aides soignants et autres infirmier(e)s, la réaction de la ministre de la Santé face à cette crise se montre à l’image des politiques publiques menées depuis trente ans pour faire face au vieillissement de la population : sans ambition. Les promesses et les plans n’ont pourtant pas manqué depuis août 2003, année qui restera toujours associée aux 15 000 victimes de la canicule. Un épisode douloureux qui aura servi de tragique révélateur des conditions dans lesquelles une partie de nos aînés vivent leurs dernières années.

Un groupe de personnes âgées assises sur un banc
Au cœur des critiques du personnel soignant : le manque de moyens humains (CC-BY Gabriel Rocha)

À mesure que la chaleur persistait, une réaction politique digne de l’onde de choc provoquée par les milliers de décès s’imposait. Elle n’a d’ailleurs pas tardé, puisque quelques mois plus tard, Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre, s’emparait de la problématique de la dépendance des personnes âgées pour lancer le plan «Vieillissement et solidarités ». Prévu pour se déployer sur trois ans, entre 2004 et 2007, il préconisait, entre autres, le recrutement de 15 000 personnels soignants supplémentaires et la création de places nouvelles en EHPAD. Des mesures nécessaires, mais encore insuffisantes.

... De Villepin pas serein

Devant l’échec du précédent plan, Dominique de Villepin – successeur de Jean-Pierre Raffarin à Matignon -, confie deux ans plus tard à son ministre de la Santé Philippe Bas le soin de piloter un nouveau plan « grand âge ». En mai 2006, il s’agit, déjà, d’une réponse au personnel des EHPAD, qui réclame en priorité une hausse des effectifs pour faire face à la part croissante de personnes âgées en perte d’autonomie.

Une plongée dans les archives de L’Humanité illustre clairement l’incapacité des pouvoirs publics à prendre la mesure du manque de moyens humains déployés dans les maisons de retraite. Le plan « grand âge », rappelle le journal, promet que d’ici à 2012, les établissements accueillant les personnes âgées très dépendantes disposent « du même taux d’encadrement que les foyers d’accueil médicalisé pour personnes handicapées », soit « environ un professionnel pour une personne très dépendante ».

Déjà président de l’ADEPHPA, l’Association des directeurs de maisons de retraites, Pascal Champvert se montre « prudent » quand surviennent les annonces gouvernementales. Au journaliste de L’Humanité qui l’interroge, il souligne « incontestablement des choses positives », « des intentions qui vont dans le bon sens », mais attend de voir si elles seront « concrétisées très rapidement ».

Sa prudence semble de bon aloi, puisque l’ambition affichée par Dominique de Villepin ne résiste pas à l’épreuve des faits. Huit ans plus tard, en 2014, le taux d’encadrement des personnes en situation de forte dépendance [nombre de soignants par résident, NDLR] n’est que de 0,59 pour l’ensemble des EHPAD, et de 0,64 pour les EHPAD accueillant des personnes en situation de handicap. Très loin, donc, de l’objectif promis par l’ancien premier ministre en 2006.

Deux ans plus tard, en 2016, ce taux est resté stable, à 0,59, mais les inégalités entre maisons de retraite vont croissantes. Sans surprises, la promesse d’un taux d’encadrement plus élevé est remplie pour les EHPAD de grande taille, et rattachés à des établissements de santé. Ceux-ci sont majoritairement situés en milieu urbain. Le bilan est nettement moins glorieux dans les plus petites structures, majoritaires en zone rurale.

Un mince espoir surgit pourtant avec les conclusions rendues en septembre dernier dans le cadre de la mission parlementaire réalisée dans des délais très resserrés par la députée Monique Iborra. Celles-ci invitent à « l’instauration d’une norme minimale d’encadrement », comme c’est déjà le cas dans certains pays européens. Une solution qui satisferait autant les usagers des services, de plus en plus mécontents de la qualité de prise en charge, que le personnel soignant.

Elena Scappaticci 

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